Mademoiselle Werner et ses confidences
·La pièce, mise en scène par Didier Jousse, fait la part belle à la vision singulière que porte son personnage sur la vie
Mademoiselle Werner se met à nu. Et sur scène qui plus est. Au beau milieu de son public, au théâtre des Ecuries de Baroja, aujourd’hui et jusqu’à vendredi, à partir de 21h, dans une pièce mise en scène par Didier Jousse de la Digital compagnie. Mademoiselle Wermer se dévoile, se confie et fait partager son regard atypique sur "les choses de la vie".Le noir est pesant. Quelques vieilles toiles et rideaux en lambeaux offrent, au décor, cet aspect de chambre à princesse ayant dépassé la date de péremption... pour être "consumée" par le romantisme. La musique, soignée, mêle à la solennité de ses notes quelques sonorités de clavecin qui transportent dans un autre temps. Difficile de savoir lequel. Mademoiselle Wermer est intemporelle.
Un mal-être évident
Elle erre, balançant ses bras avec légèreté, dans une insouciance qui cache difficilement un mal-être évident. A la candeur des rires se mêlent des soupirs d’inquiétude. Les premières paroles captivent déjà l’auditoire et ouvrent les portes d’un monde dans lequel réalité et imaginaire se perdent dans un monologue passionnant.Le texte original est du Bordelais Claude Bourgeyx. Le personnage, campé par Anne-Marie Lafeu, est passé entre les mains de Didier Jousse. Robe de mariée, un air de Mylène Farmer "talquée" à souhait, et un grain de folie douce que le metteur en scène confesse avoir ajouté. "On ne sait jamais si les histoires qu’elle raconte sont le fruit de son imagination ou bien tout à fait réelles", explique-t-il. Sûrement un peu à la frontière des deux. Ce qui est sûr, c’est que Mademoiselle Werner, dont le charisme doit énormément à la voix et à l’interprétation de sa comédienne, est dans l’attente. Elle attend d’ailleurs beaucoup de la vie. Alors elle parle, seule. Se rend-elle compte qu’à deux pas d’elle, dans l’intimité de la pénombre qui lui fait face, un public l’observe ? Rien n’est moins sûr, tant le personnage paraît sonder délicieusement les tréfonds de ses pensées. Et sa vie défile, rythmée par une bande-son travaillée pour faire écho à ses attitudes, et signée Lionel Dupont. "J’accorde une grande place aux sonorités, confie Didier Jousse. La musique devient ici comme un second acteur". Il faut dire que celle-ci, bien que retouchée pour l’occasion, a accompagné quelques réalisations du cinéaste Tim Burton. Rien que ça. Un peu plus d’une heure de représentation, donc. Ça laisse amplement le temps au public de se faire une idée sur cette Mademoiselle Wermer théâtralisée, au teint blafard, qui tranche d’ailleurs avec l’héroïne des textes de Claude Bourgeyx. Pour ceux que les comparaisons passionnent, une lecture de la production originelle par l’auteur est d’ailleurs prévue demain, 17h30, à la Médiathèque d’Anglet. Une confrontation "thérapeutique" pour la "folle Wermer" qui associe la passion pour les comédies noires et romantiques du metteur en scène, à la création brute de l’auteur. A ausculter avec curiosité. · Mademoiselle Werner, par la Digital
compagnie Aujourd’hui et jusqu’à vendredi, 21h, aux Ecuries de Baroja d’Anglet. 10 et 7 €. Lecture de l’ouuvre originale de Claude Bourgeyx, mercredi, 17h à la Médiathèque.
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