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Le JPB > Culture 2007-04-05
En repoussant les limites de P.Larzabal
·L’option théâtre du lycée de Navarre de Garazi présente une recherche autour de la personnalité de ce dramaturge basque

Les élèves de l’option théâtre du lycée de Navarre, sous la direction d’Antton Luku, se sont attelés à une tâche colossale.Non que ces apprentis acteurs n’aient l’habitude de relever des défis importants avec leur metteur en scène, mais il s’agit, dans Larzabal mugaz muga, de repousser de nouvelles limites dans la complexité en tentant de cerner, dans l’¦uvre immense de Piarres Larzabal, sa personnalité, son intimité, et ses fureurs d’écrivain.

Un long travail méthodique auquel se sont livrés les élèves en déroulant leur réflexion sur la vie de cet illustre prêtre qui évoque Zokoa, le soutien aux réfugiés et le théâtre. Chacune de ces activités aurait suffi à emplir une vie. "C’était un homme de convictions toujours le sourire aux lèvresŠ" Au moment de le décrire les gens de sensibilité différente s’accordent tous à dire que c’était un homme "bon".Et alors ?

Pour les amoureux du théâtre, comme pour Antton Luku, il s’agit d’abord de considérer les 120 textes en euskara que Larzabal a écrits.On dit qu’il était assis à la table d’un presbytère toujours plein de monde, et que faisant abstraction des sollicitations environnantes il continuait d’écrire de la manière la plus calme. On lui demandait des textes de tous les coins du Pays Basque. Il ne refusait jamais. Il écrivait. Sur des cahiers d’école. Pour n’importe quelle occasion. Extérieur ou intérieur. Une pièce qui ne serait jouée qu’une fois ou destinée à tourner. Avec cette même constance, il écrivait. 120 pièces, une vingtaine de rôles chacune, certaines ont été jouées des dizaines de fois, comme Herriko Bozak, ou Bordaxuri.En 50 ans ça fait combien de comédiens? et de spectateurs ? Dans ce minuscule Pays Basque.

Théâtre moderne

Larzabal a fait le théâtre moderne du Pays Basque nord. Les acteurs se sont formés sur ces textes, se sont alphabétisés dans la langue, ont appris le théâtre, conscientisé telle ou telle chose, la culture basque mais aussi compris certaine loi de la vie dans ces laboratoires obscurs que sont les répétitions. En vain, les ¦uvres qui ont été sauvées ont été classées, étiquetées. Il y a les comédies des débuts, puis viennent les sujets basques, les ¦uvres sombres, sociales et politiques qui gardent en mémoire les grèves d’Hasparren, ou prédisent les changements sociaux. Mais pour Antton Luku, ce classement est toujours vain. Larzabal est un écrivain politique dès le départ. Ou presque. C’est une parole forte, généreuse et précise, on y entend la musique de l’oralité, elle s’exprime par la voix de dizaines de personnages curieux ou insolites de nos villes, mais on y trouve aussi des portraits de stature solide comme ces maîtresses de maison de grand discernement à côté de leurs maris pleins de défauts.

Un monde. Mais c’est ce même fil que l’on peut suivre des pentes de Larrun au séminaire d’Ustaritz, dans les souvenirs de Pologne ou les dernières années au presbytère de Zokoa. Ce rire continu, rire qui ne raille jamais ses personnages et même les défend tous. Ou presque. On se tromperait lourdement en ne voyant là qu’un théâtre local et hyperréaliste.

Homme de théâtre

Plus qu’un écrivain, Larzabal a été un grand homme de théâtre. Entre toutes les lignes on voit la scène, on imagine les personnages agir, on prévoit la jubilation que la pièce fera naître dans ces dizaines de petites salles, mimesis et catharsis réunies dans ces assemblées qui savaient voir et entendre. En riant. Larzabal est celui qui a synthétisé les deux sources du théâtre basque, les formes traditionnelles populaires et la comédie de patronage que l’église a voulu leur opposer. Il a rendu possible la cohabitation de la prise de parole et du spectacle, a marié la distanciation et l’émotion. Le quotidien évident et l’invisible, ou le devenir, hissés sur la scène simultanément. Mais il ne faut pas oublier que ce théâtre pauvre a donné des images théâtrales intenses et d’une grande modernité. Sans jamais se laisser aller au pédantisme. C’est peut-être pour cela qu’on ne veut pas les voir. Pour Antton Luku, il y a dans cette ¦uvre quelque chose d’éternel et de très basque. Les élèves du lycée de Navarre se sont questionnés : pourquoi Herriko bozak avec ces références vieillottes fonctionne-t-elle toujours aussi bien aujourd’hui ? Parce que les personnages sont toujours crédibles ? Le sujet toujours d’actualité ? C’est désormais ce que l’option théâtre de Garazi voudrait savoir.Les diverses scènes qui seront présentées ce soir et demain soir seront assemblées par des témoignages de compagnons de route de Piarres Larzabal.

Ú Théâtre


 
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