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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2007-04-05
Sylviane Alaux / Conseillère Municipale de Ciboure et Conseillère Régionale d’Aquitaine
Enseignement des langues régionales : de la bonne volonté collective aux moyens

La polémique entretenue depuis quelques semaines sur les mesures en matière d’enseignement du basque, et en langue basque, mérite un éclaircissement.

L’Inspecteur d’Académie des Pyrénées-Atlantiques l’a écrit à l’ensemble des élus locaux: les chiffres bruts démontrent en effet une hausse des moyens pédagogiques qui y sont dédiés.

Toutefois, ces statistiques doivent être examinées à la lumière d’un phénomène indéniable. Je veux parler du ressaisissement depuis le début des années 1990 de la pratique de l’euskara, et de la volonté commune de se réapproprier ce patrimoine qui, comme l’évaluation Pays Basque 2010 l’avait diagnostiqué, menaçait de se perdre.

Les moyens alloués par l’Inspection d’Académie paraissent bien insuffisants pour répondre à la demande croissante d’apprentissage à l’école de la langue basque.

Saluons la forte mobilisation de la société civile, l’engagement de nombreux bénévoles et d’associations, en soutien de l’Education Nationale, des Ikastola et des écoles privées sous contrat d’association avec l’Etat, qui ont inversé la tendance.

Il est aujourd’hui unanimement reconnu que la langue basque doit occuper toute la place qui lui revient de droit.

Dans le sillage de la signature de la convention spécifique Pays Basque et de la création de l’Office Public de la Langue Basque (OPLB), une réelle politique linguistique s’est structurée autour d’un programme d’aide aux opérateurs linguistiques.

Je tiens d’ailleurs à rappeler ici la reconnaissance politique des langues régionales, et à souligner la prise de position de Ségolène Royal pour la signature de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

Cet acte pourrait être le point de départ d’un renouveau de la politique nationale dédiée aux langues régionales, et permettre une clarification de la position française, notamment au regard de sa Constitution, plus particulièrement dans son article II.

L’actuel débat est le résultat d’une mauvaise politique menée par le gouvernement.

La Loi Fillon de 2005, réformant le Code de l’Education, a très mal défini voire ignoré la place de l’enseignement des langues régionales au sein de l’éducation nationale. En instituant le "socle commun de connaissances", elle n’a reconnu que les langues vivantes étrangères, alors que les textes précédents mentionnaient des langues vivantes.

Cette nuance est très pernicieuse: elle enlève tout statut aux langues vivantes "non étrangères", c’est-à-dire les langues régionales.

Cette loi est d’autre part très imprécise quand il s’agit d’organiser leur enseignement: quand l’article 312-10 du Code de l’Education dans sa version initiale prévoyait "un enseignement des langues et cultures régionales [ qui ] peut être dispensé tout au long de la scolarité", le texte de François Fillon y a ajouté "selon des modalités définies par voie de convention entre l’Etat et les collectivités territoriales où ces langues sont en usage". L’absence de précisions sur le contenu de ces conventions a entretenu une ambiguïté que l’on retrouve aujourd’hui dans le flou qui accompagne la préparation de la rentrée 2007.

Ainsi, quand l’OPLB fait des propositions pour une carte de l’enseignement déclinant une programmation annuelle, concertée avec les collectivités locales, en accord avec la convention signée le 26 novembre 2006 entre l’Etat et le Conseil Général, l’administration de l’Education Nationale refuse les ouvertures de sites et créations de postes sollicitées.

Cette mauvaise politique est gravement inopérante car il y a une réelle volonté collective de la population du Pays Basque d’apprendre, de se réapproprier sa langue, et le rôle de l’Education Nationale est d’accompagner ce mouvement.

Elle ne le fait pas, en dépit des récentes augmentations d’effectifs, louables mais insuffisantes. L’offre garantie par le rectorat n’est pas à la hauteur de la demande.

Que ce soit l’Inspection d’Académie ou l’OPLB, la bonne foi des uns et des autres n’est pas à remettre en cause.

En revanche, c’est toute la procédure d’organisation de l’enseignement des langues régionales qui nécessite d’être revue.

Je me rendrai donc de la manière la plus volontaire à la manifestation du 7 avril prochain organisée par Hiru Sareta à Bayonne, car il est nécessaire que l’ensemble des élus locaux pèse de tout son poids, afin de faire émerger une volonté politique qui permettra à chacun de faire vivre notre patrimoine linguistique si riche : l’euskara.


 
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