Ramuntxo GARBISU / Briscous
Sarkozy en plein dans le MIL
Sans doute est-ce possible de considérer la déclaration de Nicolas Sarkozy sur la possible création d’un "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" comme un simple appel du pied en direction du Front National. Plus qu’une dérive ou une provocation, ce discours sur les valeurs de la nation n’est pourtant pas opposé à la nature de l’UMP, trouvant ses racines au sein même du parti gaulliste : ce 12 mars dernier, dans l’ombre de la Croix de Lorraine du Mémorial de Caen, plus d’un sympathisant du MIL aura pu y entendre le rappel des troupesŠ
En retrait de la façade présentable de l’UMP, le Mouvement Initiative et Liberté (MIL) revendique depuis le début des années 80 un gaullisme "actif", s'adressant via un affichage sauvage ou par Internet "à tous ceux qui veulent s'engager dans une action sérieuse sans se contenter de slogans", nourri du rappel de "la grandeur multimillénaire du pays face aux dangers qui menacent notre civilisation, contre le magma d'une humanité indifférenciée qui renierait les structures les plus essentielles comme la famille et la nation". Né comme le Grenouille de Suskind dans la puanteur, ici celle de la décomposition du Service d’Action Civique après la tuerie d’Auriol en 1981, le MIL pioche dans son SAC ce qui se fait de mieux dans la droite la plus douteuse : Pierre Debizet resta Président d’une structure à l’autre, suivi de son ex-trésorier Jacques Godfrain, de Jacques Foccart, le Mr Françafrique de De Gaulle connu pour son implication dans de nombreux coups d'État en Afrique durant les années 1960, ou encore Robert Pandraud, qui n’épargna ni ses efforts ni les coups de matraque sur Malik Oussekine pour conduire la réforme du Code de la Nationalité. Lors des discussions au coin du feu, on y aborde des thèmes comme la Famille ("formée depuis la nuit des temps à partir de l'union d'un homme et d'une femme") ou la Nation ("qui ne doit pas être un ensemble hétérogène, multiculturel, refusant d'adopter le mode de vie national"), ainsi que le danger lié au socialisme, après que, en 1985, Pierre Debizet l’eut comparé au sida.
Si l’on y compte bon nombre de militaires très correctement décorés et quelques valeurs sûres de la droite comme Jean Tibéri ou Hughes Martin (nommé membre d’honneur du MIL après avoir accepté de rendre son fauteuil de Maire à Alain Juppé qui en avait besoin pour les Bordelais), on y trouve aussi Eric Raoult, membre du Bureau Politique de l’UMP qui, à l’Assemblée Nationale en janvier 2007, proposa de maintenir la peine de mort "lorsque l’existence même de la Nation est menacée". Sans succès.
Si les joyeux membres de ce groupe de pression ne font pas partie des premiers cercles, ils n’eurent que plus de joie à entendre ce slogan désormais célèbre, "La France ? Aimez-la ou quittezlà !", qui ornait modestement leurs affiches en 1991, puis en 1997, en 2003 et 2005, mais sans connaître le même succès que Nicolas Sarkozy en juin 2006. Il est vrai que, même s’il s’y fit plus discret cette année, le candidat de l’UMP, accompagné de ses plus proches lieutenants, prit l’habitude d’assister aux traditionnelles Conventions annuelles du MIL. De véritables "assemblées participatives" où il exposa dès 2002 son "Dire ce qu'on va faire, faire ce qu'on a dit" et pu y écouter les interventions sur des thèmes comme "La Sécurité, première des libertés", "le patriotisme économique" (repris en 2006 par de Villepin), "l'identité française". Ou encore découvrir (sans doute dans un beau moment de ferveur collective) les nouvelles affiches du MIL (Croix de Lorraine à gauche, caractères bleu roi à droite, en ce moment, vous pouvez en voir du côté de Castorama à Anglet, ou sur des panneaux de chantier provisoire sur Bayonne), riches de slogans toujours explicites : "Le tchador ou la France, il faut choisir", et autres "Être français, ça se mérite".
Il est assez difficile à imaginer qu’un homme comme Nicolas Sarkozy (lui qui, en 2003, s’est tant battu contre le racolage passif, n’est-ce pas ?) ait pu s’abaisser au seul but de s’attirer les faveurs de l’extrême-droite. Non. Ce "ministère de l'immigration et de l'identité nationale" est directement inspiré d’une intervention de Robert Pandraud, exposée en 1986 lors d’une réunion, à Londres, des ministres de l’intérieur de la CEE sur le contrôle de l’immigration clandestine : une proposition battue en brèche quelques mois plus tard par Jacques Chirac, alors Premier Ministre, qui lui préféra une Commission du Code de la Nationalité.
Juste quelques heures avant l’officialisation du retrait du Président de la République, cette déclaration de Nicolas Sarkozy, plus encore qu’une "rupture tranquille" , a des relents tenaces de "Nuit des longs couteaux"Š
|