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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2007-03-14
Txomin PEILLEN / Ecrivain
Du choix à la censure

I l est normal qu’un éditeur tienne compte des tendances et orientations de ses publications, toutefois, lorsque des auteurs sont rejetés comme ils le furent et le sont pour des raisons de morale ou d’opinion politique, du choix à l’ostracisme idéologique l’espace n’est pas grand, et cela produit le rejet d’écrivains qui se révéleront parmi les plus grands de leur siècle. Dans le cas du poète d’extrême-droite, Jon Mirande, dont, malgré l’acceptation de certains écrivains religieux basques du sud (N.Etxaniz, S.Mitxelena, L.Villasante, J.Zaitegi), les poèmes furent maudits en Pays Basque français et empêchés d’être publiés, au nom de la morale, par des chrétiens de "goche" tels les ecclésiastiques français Lafitte et Chabagno, qui poussèrent avec l’aide de leurs amis bien-pensants vindicatifs, leur haine jusqu’à l’écarter de l’Euskalsaindua de l’époque. Ils réussirent dans un premier temps et Mirande cessa d’écrire. Le grand censeur franchiman Lafitte déclara en français :"nous avons perdu le plus grand d’entre nous". La censure des Basques m’inspira une recherche mais de dégoût, je l’abandonnai. Je décrivis, notamment, comment une dénonciation de J.L. Davant comme marxiste par l’intégriste Y. Oñativia l’empêcha de publier un livre d’agronomie censuré par les franquistes. C’était du temps de la censura previa, mais, quand elle fut supprimée la censure a posteriori ­bien pratiquée en France­ la remplaça. Deux livres de poèmes de Josean Artze furent dénoncés par un ecclésiastique basque sous diverses accusations. L’auteur fut innocenté après traduction des textes.

Il y a d’autres manières plus hypocrites de censurer : un romancier basque confia, en présence de témoin, le dernier exemplaire de son texte pourvu de la censura previa à R. Saizarbitoria et I. Sarasola. Le père Lino Akesolo de son côté, leur adressa pour l’éditorial Lur, la traduction en espagnol et l’auteur une préface en basque. Ils prétendirent n’avoir jamais rien reçu. Incurie peut-être, censure sûrement. Perdre un article est moins grave, mais lorsque le responsable d’une revue scientifique basque se permet de perdre un de mes textes sur papier et sa disquette à deux reprises, on peut penser à une incurie, mais, en même temps, était organisé à Bayonne un séminaire sur le sujet et les thèses de deux élucubrateurs allemands, thèses que je rejetais dans mon article et j’observais que l’on avait omis de m’inviter à cet hommage. Après trois ans de patience cet article, en français, perdit toute portée et la censure déguisée fut réussie.

Le respect du travail de recherche ne brille pas dans les milieux de plumes. Ainsi, d’un livre confié pour la parution à Urkizu, cet individu "fusilla" deux textes inédits qu’il publia en son nom et laissa le livre dormir. Hélas, de telles m¦urs de requins ne sont pas rares dans d’autres pays, cela ne justifie rien chez nous. Que dire des traducteurs, tradittori, tel Gil Bera, avec le roman Haur Besoetakoa de Mirande? Le texte basque est basé sur une aventure vécue par un ami de Mirande que j’ai connu ? Aussi, est-il écrit à la troisième personne, Gil Bera le donne en espagnol à la première personne, comme s’il s’agissait d’autobiographie. Pas plus de chance avec un poète de qualité Felipe Juaristi qui n’a pas résisté à "adapter" les poèmes de Mirande en castillan. Ainsi, sans compter les morceaux de phrases ajoutées, le titre "A mon ex-Dieu", devient Al Dios del lugar, Au dieu local (sic). "Jo eta moztu", traduit cercenar de raiz, la dure phrase "Erran dute hitz hau Œertzo’" est trahie, y ellos me han pegado con insultos y desnuestos (resic) ; "argizagia begi makur" devient la luna inclinaba su único ojo polifemo; enfin "bihotz hotzean elhurmin" traduit, como una estatua de nieve me hallaba dispuesto ; dans le poème "ilun nabarrez" une phrase entière est ajoutée desde lejos, más lejos que el sol le tout dans un style emphatique étranger au texte basque que dire des écrits détruits ou séquestrés par la famille? Que dire de la thèse d’un défunt exécré, séquestrée pour ne pas la publier? Que toutes ces pratiques se passent dans une littérature, si riche, comme la française dans les cas de Gide, Sartre et bien d’autres est moins grave que dans notre petite et plus récente littérature où elle peut faire des dégâts. Assez d’autocensure et d’hypocrisie les écrivains basques ont droit à un minimum de respect et de liberté.


 
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