Le mouvement ŒGaur’ a accouché de deux frères tellement gigantesques que les autres membres de cette famille artistique des années 50 et 60 sont restés dans l’ombre de la discrétion, l’ombre projetée par la luminosité des géniaux Jorge Oteiza et Eduardo Chillida. C’est le cas du peintre Juan Antonio Sistiaga, du multidisciplinaire Nestor Basterretxea ou du sculpteur hondarribiar Remigio Mendiburu. Ce dernier, mort en 1990, reçoit cette semaine un hommage de sa ville natale, de sa famille, de ses amis."Revendiquer la figure de Remigio Mendiburu". Voici l’objectif affiché par la municipalité d’Hondarribia qui, lors du 75e anniversaire de la naissance du sculpteur génial, a souhaité récupérer un artiste méconnu. Né en juillet 1931 dans ce petit port de pêche, quelques années plus tard et en raison du soulèvement franquiste, il doit traverser la frontière de la Bidassoa avec sa famille tout comme beaucoup d’autres Basques obligés à prendre la fuite à partir du funeste été 1936.
Dans les années 40, après la Guerre Civile, il progresse dans ses études et très jeune il décide de s’installer à Madrid pour y étudier les Beaux-Arts à la prestigieuse académie de San Fernando. Remigio Mendiburu part ensuite à Barcelone, ville qui vit en ce moment d’après-guerre un phénomène d’avant-garde artistique. Là-bas il rencontre des jeunes artistes qui deviendront quelques décennies plus tard des références mondiales: Miró, Tapiés... En 1958 il quitte Barcelone pour s’installer à Paris où il souhaite connaître de plus près les bases de l’art informel.
Dans les années 60, de retour au Pays Basque, avec d’autres artistes reconnus il fonde le mouvement d’avant-garde artistique ŒGaur’, qui représentera le renouveau de l’art basque dans toutes les disciplines. Dans ce groupe on peut retrouver les sculpteurs Jorge Oteiza et Eduardo Chillida, mais aussi Nestor Basterretxea, ou les peintres Jose Antonio Sistiaga et Rafael Ruiz Balerdi.
Reconnaissance internationale
Pendant ce temps, Remigio Mendiburu expose à Madrid, Barcelone, Paris, Tenerife, Mexico, Venise... Il est sélectionné pour la Biennale de Venise de 1966 et la Triennale de Paris de 1977 et participe à la foire Mille 3 de Chicago en 1984.Même s’il sculpte sur pierre et métal, Remigio Mendiburu est plutôt un artiste du bois.Son amour pour ce matériau, pour l’arbre, est présent dans ses ¦uvres. Dans beaucoup d’entre elles il laisse toute sa place au tronc de l’arbre, dont il respecte les formes, tout en les manipulant. Le bois est en effet le support élémentaire sur lequel Remigio Mendiburu axe son travail.
L’une des ¦uvres les plus emblématiques de Remigio Mendiburu, Txalaparta, est exposée en plein air à proximité du sanctuaire hondarribiar de Guadalupe. Ce n’est pas le seul travail que l’on peut admirer sans entrer dans un musée. Toujours à Hondarribia, au bord de la Bidassoa se cache Txoria. À Saint-Sébastien, au croisement de l’avenue de la Liberté et de la rue des Fueros, une autre sculpture s’accroche à la façade d’un immeuble. Il s’agit de l’ouvrage Herri Txistu Otza, créé en 1975 et dont les 16 mètres de tuyaux en acier représentent le son d’un txistu partant dans l’air.
Toutes les motivations artistiques de Remigio Mendiburu et tout son legs ont été abordés dans le détail lors des conférences qui ont eu lieu cette semaine. Les organisateurs des journées ont par exemple présenté le film Nortasuna réalisé en 1974 par Pedro de la Sota dans la vallée navarraise d’Araitz. Dans ce film c’est l’artiste lui-même qui tente de présenter son travail au spectateur. Ce long-métrage a été suivi de la projection du court-métrage Dunbots, dirigé par Remigio Mendiburu.
Un musée
Jeudi, c’est l’écrivain Carlos Aurtenetxe qui a dessiné le profil de Remigio Mendiburu tout en présentant son dernier livre, Acanto ciego, un parcours poétique du travail de l’artiste hondarribiar. Pour Carlos Aurtenetxe, Remigio Mendiburu est "un mélange de prodige, de beauté et de subordination". Dans ses ¦uvres "habite la poésie" tout comme dans "beaucoup de formes du monde, lesquelles racontent des histoires".Le livre Acanto ciego est une invitation à voyager dans le "monde souterrain de Remigio Mendiburu", mais aussi un héritage ayant "pour but d’éviter que l’ouvrage de Remigio Mendiburu ne tombe pas dans les circuits de l’oubli".
Dans ce même but, la municipalité d’Hondarribia est en train de réfléchir à un projet de musée pour lequel, l’adjoint à la culture Xabier Gezala a réclamé le soutien d’autres institutions. Il faut, selon l’élu, "habiliter un lieu" pour Mendiburu, de préférence dans le vieux quartier de la ville.
Sans doute, un musée serait le meilleur hommage qu’Hondarribia pourrait rendre à l’un de ses fils les plus géniaux.