À trois mois des élections municipales et forales, le Parti Populaire a trouvé un filon électoral avec la décision du ministère espagnol de l’Intérieur de concéder le régime de "semi-liberté" au prisonnier basque Iñaki de Juana Chaos. Alors que la vice-présidente du gouvernement affirmait hier que l’exécutif "assume à cent pour cent" les conséquences de cette décision qui "ne plaît pas", le chef du PP, Mariano Rajoy a annoncé des mobilisations pour que "M. Zapatero fasse marche arrière".
"Prochainement je dirai aux Espagnols quand et pourquoi je ferai appel à eux", a affirmé le président du parti conservateur. Mariano Rajoy a accusé le chef du gouvernement de "se cacher" derrière le ministre Alfredo Pérez Rubalcaba, lequel a assumé la veille la décision de transférer Iñaki de Juana Chaos vers un hôpital de Donostia et de le placer sous un régime de "semi-liberté surveillée". M. Zapatero a, selon M. Rajoy, "cédé au chantage des terroristes".
"Jamais nous n’avions cédé à aucun chantage, ni le gouvernement de Suarez, ni celui de Calvo Sotelo, ni celui de González, ni celui d’Aznar" a déclaré le président du PP lors d’un meeting de pré-campagne à Grenade, en Andalousie. "Le gouvernement nous a tous humiliés", a-t-il ajouté.
Avec le discours d’hier, annonçant des "mobilisations" sans préciser de date, le PPa dévoilé ses cartes: exploiter une décision qui, comme le disait María Teresa Fernández de la Vega "ne plaît pas". La vice-présidente du gouvernement a qualifié l’attitude de Mariano Rajoy d’"ignominieuse et d’obscène démocratiquement parlant". Le PSOE est conscient que la décision de rapatrier Iñaki de Juana Chaos n’est pas du tout populaire en Espagne. Mais les socialistes estiment qu’ils ont déjà payé les frais et que le PP sur cette question est en train de tirer ses derniers cartouches. Or, on est loin d’avoir fini d’entendre le nom d’Iñaki de Juana Chaos. Le PPva le prononcer sans cesse d’ici les élections.
Ressusciter le processus
Mais pourquoi le PSOE prend le risque de donner au PP l’opportunité de l’attaquer sur un sujet si polémique? Les déclarations d’il y a quelques jours du président de la Communauté Autonome d’Extremadure peuvent répondre en partie à cette question. "Que ce connard ne crève pas en prison; que cet assassin ne devienne pas un martyr". Les déclarations du secrétaire du Parti Populaire Angel Acebes peuvent également servir de réponse. "M. Zapatero fait tout pour sauver son processus avec les terroristes".
Ce qui est évident c’est que la décision de rapatrier Iñaki de Juana Chaos représente un signe d’apaisement dans un contexte tendu. Que l’objectif ultime de cet apaisement soit de ressusciter le processus de paix ou simplement d’éviter que la situation n’empire, c’est au PSOE d’y répondre.
Le quotidien The Times, qui avait allumé la polémique en Espagne en interviewant Iñaki de Juana Chaos et surtout en diffusant des photographies du prisonnier extrêmement maigre, perfusé, allongé sur son lit et attaché, a dédié hier son éditorial à la mise en "semi-liberté" du militant donostiar. Cette décision crée l’"opportunité de commencer à reconstruire" l’espoir de la mise en place d’un processus de paix au Pays Basque. Le quotidien britannique rappelle que l’attentat du 30 décembre à l’aéroport de Barajas "a fait sauter le consensus sur la possibilité de rechercher une issue négociée après un cessez-le-feu d’un an".
Le journal ajoute que "le mieux que l’on puisse dire de la mise en liberté d’hier c’est qu’elle offre une "opportunité pour commencer à reconstruire ce consensus". À voir si toutes les parties saisissent l’opportunité.