La coopérative Lur Berri se lance dans distribution de maïs OGM
·Lur Berri a décidé d’ouvrir ses portes au maïs-semence OGM, "pour répondre à la demande des agriculteurs"
Après la coopérative Euralis au début du mois, c’est maintenant Lur Berri qui envisage de passer aux OGM. Euralis justifie cette décision en évoquant la loi du marché international et les dégâts des attaques de parasites sur les récoltes ces deux dernières années, la coopérative Lur Berri de son côté, estime qu’elle se doit de répondre à la demande des agriculteurs. "Lur Berri ne va pas Œpousser’ à faire des OGM, en revanche, nous avons des demandes d’agriculteurs et nous allons y répondre". Le président de la coopérative agricole d’Amikuze affirme qu’il n’encourage pas ainsi la culture de maïs génétiquement modifié. Au contraire, selon lui, il s’agit de prendre les précautions nécessaires pour une traçabilité du produit. "Les agriculteurs nous livrent du maïs et, si on ne sait pas qui fait de l’OGM et qui n’en fait pas, on mélange tout dans nos silos" explique Sauveur Urrutiaguer. En décidant de fournir en maïs semence OGM ceux qui en formulent la demande, Lur Berri pourra ainsi entreposer séparément maïs OGM et non-OGM, de cette façon "on ne polluera pas les autres maïs". Pour lui, "si on avait dit, Œon n’en fait pas’, la nature du maïs apporté par les agriculteurs à la coopérative aurait été plus difficile à contrôler"."C’est une histoire de traçabilité" répète-t-il.
"Accompagnement"
Pour Sauveur Urrutiaguer, "il faut accompagner les agriculteurs pour qu’ils respectent le cadre légal de la culture de maïs OGM". Conditions, distances à respecter : à entendre le président de la coopérative, la réglementation en matière de culture OGM est si complexe que les agriculteurs seraient perdus si leur coopérative ne les soutenait pas dans leurs démarches. Pour le moment, les demandes enregistrées par Lur Berri représenteraient moins de 500 hectares. Et ces demandes n’auraient pas été formulées par des agriculteurs du Pays Basque, mais plutôt des Landes, du Béarn ou des Hautes-Pyrénées. "Les agriculteurs qui nous demandent ce type de maïs sont ceux qui rencontrent des problèmes Œparasitaires’, la pirale et la sésamie notamment". Et il ajoute, "Si nous acceptons d’en vendre à certains agriculteurs, c’est aussi pour leur dire dans quelle mesure les OGM sont intéressants et toutes les demandes ne seront pas forcément mises en terre". Le président de la coopérative veut "expliquer" aux agriculteurs "à quoi servent les OGM, contre quoi ils permettent de lutter, pourquoi ils peuvent être nécessaires"... Sauveur Urrutiaguer ne s’inquiète pas quant aux débouchés qui s’offriront à la coopérative qu’il dirige quand celle-ci devra revendre ce maïs OGM. Ce sera l’Espagne. Et le fait que la Communauté Autonome Basque se soit déclarée "zone libre de culture OGM" [lire ci-dessous] tout en adoptant un moratoire de cinq ans sur la commercialisation du maïs OGM ne suscite qu’un éclat de rire du président de Lur Berri qui est aussi l’un des responsables locaux de la FDSEA. "ça fait partie des hypocrisies nationales ou européennes" selon lui, "on peut commercialiser et importer mais on ne peut pas cultiver des OGM en Europe, et c’est une hypocrisie". Et de toute façon, "l’Espagne c’est vaste, il n’y a pas que l’Euskadi à pouvoir nous acheter des maïs OGM". La Navarre alors ? Oui, mais pas seulement. Selon le président de Lur Berri, il est encore trop tôt pour s’avancer sur ce terrain et pour révéler la destination future du maïs OGM qui sera cultivé par ses agriculteurs. Ceux-ci ont jusqu’au début du mois d’avril pour se décider. Lur Berri de son côté, s’approvisionnera chez Pioneer ou chez Monsanto pour le maïs-semence OGM, "les filières habituelles" assure Sauveur Urrutiaguer d’un ton badin. "S’il y a une demande, c’est celle beaucoup plus forte et plus massive des paysans qui ne veulent pas de ces cultures transgéniques au Pays Basque" réagit Michel Berhocoirigoin. Le président d’Euskal Herriko Laborantza Ganbara estime que "des demandes isolées de paysans ne font pas le poids face à l’hostilité générale des paysans à l’utilisation de cultures transgéniques".
"Stratégie d’entreprise"
Pour lui, Lur Berri adopte une "stratégie d’entreprise" en se lançant dans la distribution de maïs OGM.Tout comme Euralis au début du mois.Et ce, juste après les élections à la Chambre d’agriculture "de façon à éviter un débat sur le sujet"."Ils tentent de justifier un processus qu’ils veulent mettre en place depuis longtemps" accuse-t-il."Il n’y a pas de demande spontanée pour ce genre de cultures, Lur Berri ne fait que créer de la demande".Il martèle, "La culture transgénique est une culture totalitaire, elle s’impose à l’autre et il suffit de très peu d’OGMpour que les cultures voisines soient touchées".Par ailleurs, Michel Berhocoirigoin regrette cette "soumission de Lur Berri aux grands groupes"."Les coopératives devraient pouvoir protéger les agriculteurs et les réunir.Au contraire, avec les OGM, ils se soumettent aux grands groupes agroalimentaires". Le fondateur du syndicat agricole basque ELBest formel, "c’est très dangereux d’adopter cette stratégie".Pour lui, "notre seule chance ici, ce sont les Œdémarches qualité’, entretenir un rapport de confiance avec le consommateur, il n’y a pas d’alternative et c’est pour cette raison que la décision de Lur Berri est complètement déplacée."
La Communauté Autonome Basque s’est déclarée "Zone sans culture OGM"
Le gouvernement de la Communauté Autonome Basque a décidé de se déclarer "Zone sans culture OGM" estimant que les organismes génétiquement modifiés "menacent non seulement l’agrobiodiversité, mais aussi la qualité".
Par cette déclaration, l’exécutif basque ‹qui avait déjà décidé de mettre en place un moratoire de cinq ans pour la commercialisation d’aliments élaborés avec des produits génétiquement modifiés‹ s’engage à fixer les protocoles nécessaires pour "empêcher la production des cultures transgéniques destinées à l’alimentation humaine ou animale".
Dernièrement, plusieurs organisations agricoles ainsi que des associations de consommateurs du Pays Basque sud ont lancé des appels aux mairies pour qu’elles se déclarent "Zone sans OGM". Ces organisations soutiennent que des doutes persistent sur la sécurité des OGM et les conséquences que les transgéniques peuvent entraîner sur l’environnement.
Au Pays Basque sud, seule la Navarre permet désormais ce type de cultures transgéniques.
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