Africa Paradis, drame de l’immigration à l’envers
·Présentée au Fespaco, cette fiction sort aujourd’hui dans l’hexagone
Manifestation de sans-papiers européens, centres de rétention pour clandestins blancs en Afrique... Africa Paradis, du réalisateur béninois Sylvestre Amoussou, en compétition au festival du cinéma de Ouagadougou, est une dénonciation par l’absurde du drame de l’immigration.Le film sort également aujourd’hui dans les salles de l’hexagone. Dans son premier long-métrage, projeté dimanche à la 20e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), le cinéaste dépeint une Europe sombrant dans la misère et une Afrique prospère. Conséquence, dans son "paradis noir", le drame de l’immigration est illustré sens dessus dessous : on y voit un enseignant anglais chauffeur d’un ministre africain, des ouvriers blancs travaillant au noir, des éboueurs français soumis à des contrôles d’identité dans une ville africaine.Dans ce scénario, les nouveaux Etats-Unis d’Afrique qui viennent de voir le jour sont pris d’assaut par les chômeurs européens, ce qui n’est pas sans exacerber un certain racisme anti-blancs sur le continent noir. Fuyant la misère en France et son taux de chômage proche de 60%, après avoir tenté en vain d’obtenir un visa, Olivier, un ingénieur en informatique joué par Stéphane Roux, et Pauline, une institutrice incarnée par Charlotte Vermeil, finissent de rejoindre l’Eldorado africain grâce à une filière clandestine. Mais d’emblée, ils sont arrêtés et placés dans un centre de rétention, en l’attente de leur reconduite à la frontière.
L’enfer et le paradis
Olivier réussit à s’évader et entame une vie de clandestin. Employée comme femme de ménage, Pauline tombe, elle, amoureuse d’un député local, joué par le réalisateur du film Sylvestre Amoussou, au moment où celui-ci se bat pour la régularisation de tous les sans-papiers européens. "Le paradis ici et l’enfer là-bas, j’aurais bien aimé voir ça!", s’exclame Nastou, une spectatrice burkinabé venue voir le film au Ciné Neerwaya, dans la capitale du Burkina Faso devenue jusqu’au 3 mars celle du septième art africain. "Mais en attendant, la réalité est tout autre en Afrique", nuance Ouédraogo, son mari.Pour le réalisateur, ce film qui se veut utopique doit "véhiculer l’amitié et l’amour entre les peuples". "Il s’agit de mettre les projecteurs sur le racisme, la xénophobie et l’intolérance", a expliqué lundi Sylvestre Amoussou sur les ondes de la radio publique burkinabé. Symbole de cette réalité renversée, Africa Paradis a été tourné au Sénégal, l’un des pays d’Afrique les plus touchés par le fléau de l’émigration, dont les plages sont le point de départ quotidien de pirogues surchargées de jeunes prêts à traverser les périls de l’océan pour atteindre l’Europe.
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