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Le JPB > Culture 2007-02-24
CRITIQUE
Le grand Pan prend la tangente
Mauléon- Batekmila poursuit son voyage. Un voyage dans les contes et légendes du Pays Basque, imaginé par l’Institut culturel basque et mis en scène par Pascale Danièle Lacombe qui mène cette fois comédiens, chanteurs et danseurs à Mauléon. Les Souletins verront ce soir, à 21h, dans la salle Maule Baïtha de Mauléon, une version épurée de la création originale, débarrassée des moments métaphoriques du Ballet Biarritz Junior, telle que présentée il y a peu au théâtre de Bayonne. Le spectacle croise les langues du Pays Basque comme les danses, les musiques, les chants et les contes. Un chanteur, un danseur et neuf comédiens créent les décors des histoires de villageois, de rois, de laminak, de Basajaun ou encore de Erensuge en un florilège de tableaux poétiques et burlesques.

Batekmila ne prend personne en traître : "on va tout mélanger !" déclarent joyeusement les personnages en ouverture : les histoires, les genres, les langues (basque et français avec un peu d’espagnol). Joué, chanté, dansé, le spectacle est dramatique, comique et poétique. Les contes ont la partie belle : neuf comédiens les enchaînent et les manipulent avec énergie, passant du burlesque à l’allégorie, enchaînant les saynètes où se percutent références légendaires et sketches contemporains.

Belle mise en scène de Pascale Daniel-Lacombe, jeu dynamique des acteursŠ Le spectacle pourrait être une réussite. Il n’en est rien et le malaise est là. Tout se passe comme si la volonté collective était trop grande pour nos petits sens. Certes les beaux moments pullulent. Mais la plupart du temps, nous sommes noyés par le flot des paroles multilingues, parasités par d’incessantes ruptures de rythme et de ton où la dérision ressemble à un alibiŠ Bref, une débauche d’énergie, qui souffre moins d’un manque de maîtrise que d’un excès de désir.

Comme ces rencontres, parfois, où l’on ne demande qu’à être sous le charme d’une amitié naissante et que tout est gâché par l’assiduité de la personne : les gestes volubiles, les yeux sans repos, la parole incontinenteŠ Même les silences deviennent faux et l’on s’efface, car Narcisse guette les c¦urs trop pleins.

Tout exprimer

Que veut exprimer ce spectacle ? Tout. C’est revendiqué, y compris dans le titre. D’où l’interlude, récurrent, qui a fonction de contrepoint cyclique à l’enchaînement fougueux du spectacle. C’est un duo, où dialoguent le musicien Beñat Achiary et le danseur Gaël Domenger. Les chants et les percussions mêlent le Pays Basque à l’Afrique ; la danse fond les gestuelles. Tout est là pour poser, reposer, mais surtout rappeler sensuellement le propos : nous sommes ici dans une cérémonie profane faisant la fête à un chamanisme des temps modernes.

Univers symbolique

Sous l’intrigue et les archétypes, pas de thème, mais un univers symbolique. Dramatique, comique ou lyrique, l’univers de Batekmila plonge dans celui de la pastorale, dont l’âme basque est proche. Non pas la codification souletine : il s’agit d’un fond culturel commun, traitant de l’union des hommes et de la nature, dont traitent les plus grands créateurs basques, Oteiza et Atxaga.

Bref, le Grand Pan est par là. Mais où exactement ? Le choix a été fait de traiter ce sujet, s’il en est un, par une forme de même nature, c’est-à-dire totalisatrice. Le parti pris esthétique est donc symboliste, source de la contradiction : envie de tout, présence de peu. Peut-être ce "tout mélanger" est-il issu d’un choix défensif. Conçue en 2005, Batekmila est une création de l’Institut culturel basque, dont l’équipe a orchestré les nombreuses collaborations. Premier grand chantier de la structure dans le cadre de ses nouvelles missions de production et de diffusion du spectacle vivant, l’¦uvre devient porte-parole d’artistes et de professionnels proposant une alternative à la démocratie culturelle façon Malraux (une Tour Eiffel dans chaque canton).

Bref, derrière le volontarisme de l’¦uvre, peut-être y a-t-il l’immensité d’un enjeu culturel, où la culture basque a beaucoup à gagner, mais aussi beaucoup à perdre. Dans ce cadre où choisir est un exercice périlleux, faut-il parler de demi-échec artistique ou de demi-victoire culturelle ? Pour la culture, le temps le dira. Pour le reste, Batekmila nous parle de Batekmila.


 
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