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Avant le Fespaco,c’est pas le Fespaco
·Le festival panafricain du film s’ouvre aujourd’ui à Ouagadougou. Ambiance dans les cinémas de la ville
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Direction le centre-ville, autour du marché, près de la mosquée, la foule habituelle des marchands, chalands. Circulation fiévreuse. Le thermomètre affiche trente-cinq, trente-six comme qui rigole. C’est là que se trouve le cinéma le plus central, le Ciné Burkina.Sauf qu’il a fermé ses portes juste après le dernier Fespaco en 2005. Le fonctionnement n’en était plus rentable. Deux ans avant, la gestion de cette salle avait été confiée par l’Etat à une association de cinéastes, l’ARPA, présidée par le réalisateur Idrissa Ouedraogo. Que s’est-il passé alors ? Chacun a sa petite idée : l’arrivée sur le marché des DVD (Œpiratés’) a vidé les salles de ciné d’un public qui peut, désormais, choisir son programme sans quitter son fauteuil.L’état de la salle s’était dégradé au point qu’au cours d’une séance les spectateurs médusés auraient vu la tête d’un serpent se dresser entre deux sièges.Certains laissent même entendre qu’il se pourrait que les recettes du ciné ne soient pas toutes parvenues à destinationŠ des bruits ! Ce qui est sûr c’est que l’Etat a repris l’affaire en main. A l’occasion d’une réunion de chantier, toutes portes ouvertes, j’ai pu constater, qu’on changeait tout : sièges, écran, clim, menuiseries, peintures. Le chantier bourdonne. Objectif, rouvrir pour le Fespaco. Ouf !
Le plus grand
Plus loin, le Ciné Neerwaya, le plus grand avec ses 950 places, se porte comme un charme.Le gestionnaire confirme que tout va bien.Bizarre, le phénomène DVD pirates frappe les uns et pas les autres. Prix de l’entrée 1500CFA pour les loges, 1000CFA pour les autres, pas donné. Au programme, ce soir : La Belle, la Brute et le Berger, le dernier film de Boubacar Diallo, qui fait un tabac avec ses films tournés en caméra numérique. Le projecteur vidéo trône dans la salle. Pas mal de monde, ce soir-là, à se régaler de cette truculente comédie. Il y a bien un public de cinéma à Ouaga.
Aux deux cinémas Méliès du Centre culturel français, c’est un autre public.La programmation est variée et reste le rendez-vous des étrangers et surtout des Français de Ouaga. Au programme films français, africains, hommage à Philippe Noiret etc. Ce soir-là une rétrospective des plus anciens films du réalisateur sénégalais Djibril Diop Mambety. Peu de monde dans le petit Méliès de 200 places. Spectateurs à majorité européenne. Une programmation élitiste. Prix du ticket: 1000CFA.L’amphi du grand Méliès à ciel ouvert, 460 places sert aussi de salle de spectacle. Bien assis dans cet amphithéâtre, et la tête dans les étoilesŠ Pendant le Fespaco, projection des docs, discussions, cours de cinéma, débats à tous les étages. Foule et ambiance garanties. Injustement oublié de certains festivaliers le ciné Oubry est dans le même quartier que le ciné Burkina. Une grande salle à ciel ouvert, sièges en fer, 600 places. Le film projeté, Quand les éléphants se battent est constitué des quatre premiers épisodes de la série télé du même nom, sorte de sitcom dans Ouaga 2000, pas inintéressante. Numérique. Sono difficile. Ce soir-là, peu de spectateurs. Prix du ticket : 300 ou 500 FCFA selon la place.
Petite affaire
Ouaga, ville du cinéma, a encore des salles dans chaque quartier. Mais le plus ancien le Rialé, a été démoli en 2005 pour faire place à une résidence hôtelière. Dans cette grande agglomération, 2 à 300 vidéoclubs disséminés. Près de la Cathédrale, c’est un cinéphile fauché, Pouba qui a dû beaucoup "caracoler" auprès des amis pour trouver les fonds. Il gère sa petite affaire, son ciné-club, au cordeau. Un préau recouvert de tôles, des canisses à la place des murs, une petite télé devant une vingtaine de bancs de bois, quatre séances par jour, et des films choisis selon des publics. Jackie Chang, Bollywood pour les femmes, quelquefois des Louis de Funès, les DVD viennent de Lomé, les films américains sont chers. Son coup d’éclat: un Libanais lui avait procuré Le Seigneur des anneaux 6 mois avant sa sortie en Afrique, souvenir ému. Entre deux séances le cinéma est ouvert aux musulmans du quartier qui viennent y prier à l’ombre. La jeune femme de Bouba fabrique des gâteaux à la fraise qui sont vendus en même temps que le billet. Prix d’entrée : 0,50 CFA. Il vivote en rêvant de changer l’écran, les habitants du quartier lui réclament de se mettre aux retransmissions des matches de foot ; il hésite, c’est un ciné ici! Ira-t-il au Fespaco ? Trop cher, dit-il.
Au Fespaco, le cinéma africain cherche sa place dans le monde
La vingtième édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) débute aujourd’hui au Burkina Faso sur le thème : "Cinéma africain et diversité culturelle". Affiches et panneaux l’annoncent en ville, le programme du centre culturel français en donne le menu : compétitions, découvertes, 13e Mica (marché International du Cinéma et de la télévision Africains), rencontres professionnelles, espace jeune public. Le thème principal fera l’objet d’un colloque qui réunira des institutions et organismes ¦uvrant pour la promotion de la diversité culturelle. Selon le délégué général du Fespaco, Baba Hama, la réflexion porte sur l’existence du cinéma africain dans le contexte de mondialisation. Un joli thème pour le plus grand festival consacré à un cinéma africain largement dominé, dépourvu de moyens, mais riche de créativité et d’inventivité. Jusqu’au 7 mars, Le Journal rendra compte de cette richesse depuis la capitale du Burkina Faso, en ébullition pour le septième art tous les deux ans. Dans cette attente, Michèle Solle a pris la température dans les cinémas de la ville pour les lecteurs du JPB.
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