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Le JPB > Pays Basque 2007-02-24
« C’est des gens comme tout le monde »
Les jeunes du CEF d’Hendaye ont reçu hier la visite de deux ministres, Michèle Alliot-Marie et Pascal Clément. Le garde des Sceaux a plaidé pour une deuxième chance en faveur de ceux qui "un jour ont commis une bêtise"

Enclavé au bord de la Bidassoa, à côté des ponts internationaux qui ont vu passer des milliers de clandestins tout au long de leur histoire, le Centre Educatif Fermé Txingudi d’Hendaye a été officiellement inauguré hier en présence du Garde desSceaux Pascal Clément et de la ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie. Trois ans après sa mise en place, et en pleine pré-campagne électorale, les représentants de l’Etat ont souhaité valoriser le travail réalisé dans ce type d’établissement auprès des "jeunes délinquants récidivistes", des clandestins d’une société beaucoup trop individualiste qui n’a pas su leur offrir des repères.

Parce qu’il s’agit de gens comme tout le monde qui "un jour ont commis une bêtise", a souligné Pascal Clément après avoir visité les installations en compagnie de Michèle Alliot-Marie. Sous la responsabilité de l’association Philae, qui emploie sur ce site 25 professionnels éducateurs, psychologues, professeurs d’écoles, etc. le CEF Txingudi peut accueillir jusqu’à dix mineurs. Depuis son ouverture en décembre 2003, ces installations ont accueilli en tout 56 jeunes âgés de 16 à 18 ans.

Trois ans d’activité que le ministre de la Justice a qualifiés de "très très positifs". L’évaluation conduite par le ministère de la Justice fait apparaître que 62% des mineurs accueillis en CEF ne récidivent pas.

"Les CEF constituent une alternative particulièrement efficace à l’incarcération" a souligné le garde des Sceaux, selon lequel ces structures proposent aux jeunes d’abord une "pause" dans leur vie délictueuse et puis une "rupture". "Il y a quelques années personne n’y croyait aux CEF. Aujourd’hui ça fait l’unanimité, personne ne les conteste".

Jean Teuma, directeur départemental de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), a reconnu que le prix à payer par l’administration est élevé, "440 euros par jour et par adolescent", mais qu’il se justifie par l’objectif du placement: éviter l’incarcération d’un jeune.

Le problème de la démotivation

L’originalité du Centre Educatif Fermé d’Hendaye réside dans son orientation vers les métiers de la mer et l’intérêt des nombreux partenaires qu’il a suscité, parmi lesquels une cinquantaine d’employeurs ainsi que la mairie. Une quinzaine de jeunes sont passés par les services de la mairie, notamment pour des travaux de menuiserie, a précisé Kotte Ecenarro. "L’expérience est positive et dans certains cas, exceptionnelle", souligne-t-il tout en écartant l’épouvantail de la délinquance. "Nous n’avons pas de problème de ce type", insiste-t-il.

Selon le maire hendaiar, le principal problème de ces jeunes est la "démotivation". "Le plus difficile est de les motiver. Pour le reste, ça se passe très très bien. L’expérience est positive", ajoute le maire pour qui "réinsertion" est le mot à retenir.

À quelques mètres, les jeunes du CEF d’Hendaye regardent les ministres lancer des discours devant les caméras de télévision. Jean [le vrai prénom est modifié pour sauvegarder l’anonymat] n’a que 16 ans. Il est originaire de Seine-et-Marne. Cela fait un peu plus de six mois qu’il est dans ce centre. Une expérience qu’il qualifie de positive. "Cela se passe bien", lance-t-il avec un grand sourire.

Sauf que la vie de tous les jours est un peu routinière: se lever à 8h, petit-déjeuner, travail, déjeuner, activités au centre, dînerŠ Quant au travail, Jean a choisi le métier de boucher. Il pourra apprendre chez un artisan local durant les six mois qui lui restent. "Je ne sais pas encore si je travaillerai à Bayonne ou à Saint-Jean-de-Luz". Peu importe. Le principal est d’apprendre pour essayer de trouver un boulot chez lui, en Seine-et-Marne. Parce que Jean se sent à l’aise au Pays Basque, mais il aimerait retourner dans sa ville d’origine, là où il grandissait jusqu’à ce que la vie lui tende un piège.

Pierre, un autre jeune qui séjourne depuis deux mois à Txingudi, juge également l’expérience positive: "Quand on sort d’ici, on a quelque chose entre les mains", assure-t-il, évoquant les initiations aux métiers du bâtiment, de la gestion des espaces verts et de la restauration.

"J’aimerais passer un CAP de soudeur", explique le jeune homme de 17 ans, originaire des Deux-Sèvres, qui a déjà fait quatre mois de prison "pour des problèmes de violence", mais qui "réfléchit sur [sa] vie" et travaille désormais avec un ferrailleur, espérant rester au Pays Basque à sa sortie, en juin.

Pour l’instant ces jeunes devront poursuivre leur vie "routinière", bouleversée dans la journée d’hier par la visite des représentants de l’Etat. Interrogés sur la présence des ministres de la Justice et de la Défense, les jeunes ont constaté d’un sourire que "c’est des gens comme tout le monde".


 
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