"Il faut relire la page de l’Histoire mais il faut finir par la tourner"
·L’Auditorium Ravel a enregistré le plein pour entendre des réflexions sur l’"Art de la paix"
Vendredi soir, l’Auditorium Ravel n’aurait pu accueillir une seule personne de plus. Les quelque 400 sièges étaient pris pour entendre parler le professeur Jean-Pierre Massias, le vice-président du Parlement européen Gérard Onesta et l’ancien Premier ministre français Michel Rocard. La soirée organisée par Abertzaleen Batasuna sur la question de la paix en Pays Basque a montré, par son succès de participation, que la question interpelle beaucoup de monde au nord de la Bidassoa.
La présence des trois intervenants a montré par ailleurs, que la question basque intéressait aussi en dehors de nos frontières. Cela fait quelques mois que le professeur universitaire et assesseur du Conseil de l’Europe pour les conflits armés Jean-Pierre Massias se rend au Pays Basque pour suivre de près le processus. Cela fait des mois que l’élu Vert Gérard Onesta s’implique directement en ayant participé par exemple à la création au Parlement européen d’un groupe de soutien au processus. Et quant à Michel Rocard, il a avoué ne pas connaître en profondeur la question, mais il n’a pas caché son attachement à ce territoire.
Tous les trois ont mis sur la table des réflexions, des explications sur le déroulement des choses dans les processus de paix, des recettes susceptibles d’être mises en pratiqueŠ Tous les trois ont souligné l’importance du développement de la démocratie comme base principale de la résolution de tout conflit.
Jean-Pierre Massias a commencé par définir trois types de violence dans les conflits: l’une visible à travers la guerre, la torture, la résistance ou la répression, une deuxième structurelle exercée à travers les règles et les législations qui permettent, autorisent ou légitiment la violence, et la troisième, une violence culturelle à travers laquelle chaque partie véhicule à la société des idées péjoratives sur l’adversaire en le traitant d’inhumain ou de sanguinaire.
Les trois ŒR’
Le professeur a par la suite fixé trois étapes dans la résolution des conflits. L’étape de la Réduction de la violence dans laquelle les parties mettent en place une table de dialogue sur la base d’un engagement écartant toutes les agressions. Une phase de Résolution, longue et compliquée qui suppose un changement dans la structure du pays et de la société.Et une troisième étape de Réconciliation, "très importante" pour renouer les liens sociaux, qui ne veut pas dire "le pardon ou l’oubli" mais le passage de la souffrance à un avenir avec davantage de démocratie.
Quant à Gérard Onesta, il a développé les idées avancées quelques heures auparavant lors d’une conférence de presse [lire notre édition de samedi]. Selon l’élu Vert, cinq ingrédients sont indispensables pour faire la paix en Pays Basque: que les armes se taisent, le dialogue sans exclusions, pas d’a priori sur le résultat du processus, l’approbation de la société, et enfin la médiation internationale.
Parlementaires "hilares"
Lors de son allocution, le député européen a fortement dénoncé l’attentat de Barajas mais a aussi critiqué l’attitude du PP et les parlementaires "hilares" qu’il a croisés à Strasbourg le lendemain. Gérard Onesta a avoué que l’attentat a fait du mal au travail de l’intergroupe parlementaire de soutien au processus, du coup "moins enthousiaste", mais il a assuré que le Friendship est toujours "déterminé". Gérard Onesta a par ailleurs critiqué la justice espagnole, notamment son "côte tatillon", d’une "imbécillité extraordinaire".
L’ancien Premier ministre Michel Rocard a souscrit les réflexions des deux intervenants qui l’ont précédé mais l’artisan des accords de Nouméa en Kanakie s’est montré assez sceptique quant à la médiation internationale, laquelle n’est efficace que si les deux parties la sollicitent.
En admettant qu’il n’est pas un expert de la question basque, l’ancien chef du gouvernement socialiste a quand même suggéré quatre ingrédients pour mener à bien un processus de paix. D’abord, de la patience. Ensuite, maintenir les phases préliminaires de la négociation au secret. En troisième, ne pas tomber dans la tentation de remplacer les acteurs ayant le pouvoir décisionnel. Et quatrième, en s’adressant au "camp dominant": que victoire n’est pas égale à paix et que l’humiliation de l’adversaire ne peut jamais être une bonne issue pour un conflit.
"Dans tout conflit la première victime est l’intelligence" a lancé Michel Rocard qui a ajouté que "les vrais ennemis ne sont pas ceux qui brandissent les armes mais ceux qui parlent de la paix et maintiennent les exigences qui ne permettent pas de la faire".
En évoquant d’autres conflits comme celui d’Afrique du sud, les trois intervenants sont tombés d’accord sur le fait qu’"il faut relire la page de l’Histoire mais il faut finir par la tourner". Regarder en avant sans pour autant oublier.
Le Pays Basque nord devrait négocier son statut directement avec Paris, selon Michel Rocard
À un moment du débat, l’ancien Premier ministre socialiste a avoué que François Mitterrand avait commis une "erreur" en n’ayant pas tenu sa parole sur la création d’un Département basque. Cela dit, selon Michel Rocard, l’institution départementale est une collectivité territoriale qui n’a quasiment pas de compétences sauf "les voiries et le social", qui n’est pas adaptée aux besoins actuels et dont le résultat est un "foutoir qui ne marche pas". Raison pour laquelle l’ancien chef du gouvernement français a tout simplement prôné sa disparition. "Il faudrait le supprimer", a-t-il carrément lancé, qualifiant cette institution d’"assiette sans compétences". S’adressant à ceux qui revendiquent la création d’un département, Michel Rocard a suggéré de regarder le contenu de l’assiette plutôt que son style. L’ex-Premier ministre est allé plus loin en estimant que la meilleure formule pour l’avenir des trois provinces du Pays Basque nord serait de négocier son Contrat de Plan directement avec Paris.
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