La Scène Nationale présente au théâtre de Bayonne, jusqu’à demain soir, Les Géants de la montagne de l’Italien Luigi Pirandello (1867-1936) dans une nouvelle mise en scène de Laurent Laffargue, qui joue bien sur l’imaginaire en action dans ce chef-d’¦uvre du "théâtre sur le théâtre".
Ultime pièce, inachevée, du dramaturge sicilien, Les Géants de la montagne demeure relativement rare dans l’hexagone, où elle a fait l’objet d’une mise en scène marquante de l’Italien Giorgio Strehler, en 1967, au Théâtre de l’Odéon. Pourtant, par son propos même, qui tend un miroir à la fois enthousiaste et cruel au monde du théâtre, l’¦uvre suscite beaucoup d’envie chez les metteurs en scène.
Dans cette ¦uvre testamentaire, dont il situe l’action tout près de son village natal, Pirandello revient, en les sublimant avec infinie tendresse, aux thèmes fondamentaux de son ¦uvre de romancier et de dramaturge. A savoir : les frontières incertaines du réel et de l’imaginaire et les rapports complexes que les artistes entretiennent avec le monde dans lequel ils vivent et auquel ils destinent leurs ¦uvres. On ne peut pas aimer le théâtre et rester insensible aux Géants de la montagne.
Laurent Laffargue, un amoureux du théâtre classique (Molière, Marivaux, Shakespeare...) comme des dramaturgies modernes (Bertolt Brecht, Edward Bond), est de ceux-là. Pour sa dix-septième mise en scène de théâtre, il a choisi de situer le lieu de vie du poète Coltrone et de ses amis mendiants dans un squat, avec bouches d’égouts fumantes et sièges de voiture en guise de fauteuils, à l’écart de ces puissants géants de la montagne qui donnent à l’¦uvre son titre mais qu’on ne voit pas. Ces derniers font peser une lourde menace sur des artistes qui rêvent de réenchanter le monde.Dans ce récit de voyage de comédiens, danseurs et magiciens à la dérive, qui espèrent rallumer les étoiles et trouver un Eldorado, Luigi Pirandello raconte avec une tendresse déchirante la grandeur et la misère quotidienne du travail théâtral. Il valorise le choix que font chaque soir, les aventuriers de la scène, de s’exposer, corps et âmes, au désir ou au refus, aux huées ou aux caresses du public, en posant les questions de l’existence de la poésie dans le monde moderne et des rapports complexes entre l’artiste et le monde, entre le réel et l’imaginaire.
Une troupe ayant sa noblesse il y a, au centre de l’¦uvre, une comtesse exaltée mais qui erre désormais en haillons, à la recherche d’un théâtre pour y donner sa pièce, vient à la rencontre de ce monde à la marge, bien caractérisé par Laurent Laffargue et sa costumière Nathalie Prats. Dans la nouvelle traduction de Jean-Paul Manganaro, Hervé Pierre campe avec truculence ce Coltrone qui a choisi de se faire turc après avoir constaté la faillite de "la poésie dans la chrétienté", préfère les fantômes aux corps, et se fait le maître d’une cérémonie aux frontières du réel et de l’illusion. La lecture de Laurent Laffargue s’épanouit particulièrement dans le troisième acte, qui invite comédiens et spectateurs à s’abandonner joyeusement aux rêves de l’enfance, entre quilles et pantins.
Théâtre
Les géants de la montagne de Pirandello. Mise en scène, Laurent Laffargue.Compagnie du Soleil bleu.Théâtre de Bayonne.mardi 13 et mercredi 14 février, 20h30. Tarifs de 9 à 24 euros. Tél.05 59 59 07 27.