Le Conseil Départemental de l’Education Nationale, CDEN, entérinant les décisions pour la carte scolaire de la rentrée prochaine s’est déroulé hier à l’Inspection Académique de Pau. Ce conseil présidé par le préfet du département et auquel assistaient l’inspection académique et les syndicats de parents d’élèves a rendu dans l’après-midi ces résultats qui dans la grande majorité sont conformes aux premières décisions du Comité Technique Paritaire, CTP, qui s’était tenu le 27 janvier dernier. Au bout de quatre heures d’échanges vifs sur la situation du département. Tour à tour, les syndicats enseignants, la FCPE, les élus (maires, conseillers généraux et régionaux) ont dénoncé unanimement et fermement le manque de moyens et d’ambition pour l’école publique dans le pays et dans le département.
Pas assez de moyens
La FSU a donc proposé le vote du v¦u suivant : "le CDEN des Pyrénées-Atlantiques, réuni le 6 février 2007, s’oppose fermement au retrait de 7 postes d’enseignants pour les écoles du département. Pour un Service Public d’Education Nationale ambitieux, nous revendiquons des moyens supplémentaires qui prennent en compte les besoins des populations et les réalités territoriales et culturelles de notre département." Un v¦u qui a été voté à l’unanimité par les membres du CDEN.Comme à l’occasion du CTP qui avait lieu aussi à Pau, beaucoup de parents d’élèves des écoles, concernées par d’éventuelles suppressions de postes d’enseignants, s’étaient donné rendez-vous devant les grilles de l’Inspection académique pour tenter, dans une ultime action, d’infléchir la décision du Conseil les concernant. Ils étaient donc près de 200 à crier eux aussi leur désaccord sur la politique actuelle qui tend à réduire les moyens pour les écoles publiques entraînant une baisse de la qualité de l’enseignement. Beaucoup de ces parents d’élèves venaient d’établissements bilingues, et notamment du Pays Basque. Car les prévisions de suppressions du CTP concernaient particulièrement le bilinguisme basque. Malgré tout ce tintamarre, les oreilles académiques sont restées sourdes et seules quelques écoles tirent leurs épingles du jeu et voient la décision de fermetures de postes annulée. C’est le cas d’Anglet Larrebat en maternelle, Bayonne Malégarie maternelle, Saint-Jean-Pied-de-Port élémentaire bilingue et Tardets. Concernant Saint-Palais maternelle, Ainhoa bilingue et Anglet Briand, le CDEN a décidé d’un blocage de la décision, ce qui revient pour l’instant à une annulation de la suppression.
Une maigre consolation
Concernant les autres établissements concernés, soit la décision de départ est validée soit la perte d’un poste est réduite à un demi-poste. Ainsi Ustaritz Arrauntz, Saint-Pierre-d’Irube Quieta, Anglet Herriot maternelle, Irissary, Bayonne Ferry élémentaire, Moncayolle, Itxassou et Hendaye Boulaert voient "leur peine" réduite. Pour ces écoles, qui étaient toutes au c¦ur des manifestations ces derniers quinze jours, le sentiment reste partagé entre la satisfaction d’avoir évité le pire et la déception de voir quand même leur école perdre en qualité d’enseignement avec la perte d’un demi-poste. La question principale est maintenant, de savoir si le mouvement contestataire, qui s’était répandu comme une vague sur tout le Pays Basque pour connaître son apogée lors de deux manifestations, samedi dernier à Bayonne et Garazi, va se poursuivre au-delà de cette décision du CDEN.Il semblerait pour l’instant que nombre de parents d’élèves vont continuer leur action sous une forme différente, fatigués qu’ils sont après 15 jours de protestation continue. "Nous nous sommes rendu compte que nous pouvions ensemble (Ikas bi, FCPE, non affiliés) faire des actions et ainsi avoir plus d’impact. Nous allons essayer de poursuivre sur cette voie, et tenter de faire passer le message d’une façon différente à l’Inspection académique," explique un parent d’élève. Les occupations et autres rassemblements sont donc sans doute terminés pour une grande partie des écoles, même s’il n’est pas exclu que deux ou trois "foyers de résistance" perdurent.
La carte scolaire n’a pas fini pour autant de faire parler d’elle cette semaine. Deux rendez-vous devraient apporter du nouveau. Le premier sera la déclaration que fera sur le sujet Max Brisson, Président de l’Office Public de la Langue Basque jeudi après-midi. Un discours particulièrement attendu au regard des décisions de l’Académie concernant les établissements publics bilingues. Un deuxième rendez-vous sera la visite du Délégué Départemental de l’Education Nationale, DDEN, dans certaines écoles. Une visite dans le but d’expliquer aux parents d’élèves et aux enseignants les raisons des décisions prises. On sait d’ores et déjà que le Délégué sera à 18h30 à l’école des Joncaux d’Hendaye.
"C’est pareil tous les ans,
c’est énervant !"
Sur le front depuis près de quinze jours, les parents
ont poursuivi la mobilisation jusqu’à devant les grilles de la préfecture hier
matin. "L’an dernier, nous n’étions pas venus pour rien, cette année non plus
j’espère", avançait en milieu de matinée une maman de l’école de Bidarray. Le
village bas-navarrais n’aura pas eu autant de chance cette année puisque la
suppression des deux demi-postes était confirmée quelques minutes plus tard.
"C’est le même problème tous les ans. Là c’est la troisième année pour nous.
C’est vraiment énervant", lançait Anne-Marie Sabarots, autre parent d’élève de
Bidarray. "Nous devons penser à d’autres formes d’actions, l’occupation d’école
est quelque chose de très lourd, nous devons unir nos efforts avec les autres
écoles", avançait-elle.
Toute la matinée, les 150 parents et enfants mobilisés
devant la préfecture ont usé sans interruption de leurs sifflets et cloches pour
faire entendre leur colère. Les écoles d’Ainhoa, de Sare, de St-Palais, de
Bidarray, d’Irissarry et d’Hendaye avaient fait le déplacement. "Nous voulons
garder notre maître", "lan postuak atxiki" ou "parents en colère" habillaient
les banderoles et pancartes des manifestants.
"Ils font des calculs mathématiques par ordinateur au
lieu de voir les écoles cas par cas", commentait de son côté Marie-Josée Garcia,
maman à l’école des Joncaux d’Hendaye, un établissement qui a multiplié les
actions depuis dix jours. "Chez nous, 70% des élèves sont hispanophones, ils ne
parlent pas français. Et on nous enlève un poste de français en entier. C’est
énorme", estime la mère d’élève. "Cela ne va pas faire avancer les autres non
plus. C’est un vrai problème", a-t-elle ajouté.