La photo publiée en même temps qu’une interview concédée par le prisonnier au quotidien britannique The Times, montrant de Juana Chaos décharné, avec une sonde dans le nez, et maintenu sur un lit d’hôpital par des bracelets aux poignets et chevilles, a fait le tour du monde en quelques heures.Dans cet entretien, le prisonnier qui a purgé une peine de 20 ans de réclusion, qui devait être remis en liberté voilà deux ans, puis a été condamné à une peine supplémentaire de 12 ans et 10 mois de prison pour la publication de deux tribunes dans le quotidien Gara, a appelé le gouvernement espagnol à reprendre les négociations de paix avec l’ETA. En outre, ce n’est pas le contenu des lettres qui a été incriminé, mais le fait que ce soit Iñaki de Juana Chaos qui les ait écrites. "Une pratique pénale digne du moyen âge" ont regretté des juristes basques et espagnols qui ont pris connaissance du dossier, soulignant l’acharnement dont le prisonnier originaire de Donostia fait l’objet, notamment avec les nouvelles mesures annoncées par l’administration pénitentiaire et l’Audience Nationale.
La détermination du détenu basque Iñaki de Juana Chaos à poursuivre une grève la faim entamée en novembre pour réclamer sa libération représente un casse-tête pour les médecins chargés de le maintenir en vie, ont indiqué hier des sources judiciaires. Les médecins de l’hôpital public de Madrid 12 de Octubre ont demandé à l’Audience nationale, la principale instance pénale espagnole en charge des questions relatives à l’ETA, des clarifications sur un jugement du 25 janvier dans lequel le tribunal avait décidé de maintenir en détention cet ex-membre de l’ETA tout en demandant aux médecins de le garder en vie.
Les médecins en charge du détenu basque ont demandé aux juges de l’Audience de préciser leur injonction du 25 janvier, en particulier d’indiquer s’ils devaient simplement maintenir en vie le prisonnier ou bien aussi lui "éviter des lésions irréversibles".
Ils ont également questionné les juges pour savoir s’ils pouvaient employer la force pour maintenir la sonde gastrique en cas de rébellion du prisonnier.
Les juges ont répondu aux médecins qu’ils devaient assurer non seulement la vie mais aussi "l’intégrité physique du patient" et qu’ils pouvaient user de la "force publique" pour obliger de Juana à suivre les traitements qui le maintiennent en vie.
Toujours en prison
Sans remettre en cause sa décision de garder le militant basque en prison, l’administration pénitentiaire a annoncé l’ouverture d’une enquête pour déterminer les conditions de réalisation de l’interview du Times et pour savoir qui a pris le cliché publié par ce quotidien, repris mardi en Une de l’ensemble de la presse espagnole.Parallèlement, elle a décidé de limiter les visites pour de Juana Chaos, à sa compagne et à ses avocats, alors qu’elles étaient jusqu’à présent autorisées pour un certain nombre de proches.
L’interview du Times a ravivé les critiques du Parti Populaire. Le porte-parole parlementaire du PP, Eduardo Zaplana, a accusé le gouvernement d’avoir "permis" cette interview et a exigé des explications officielles au Parlement du ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba.
Parallèlement, le collectif des prisonniers politiques basques a initié trois semaines de mobilisation dans les prisons pour réclamer leurs droits en tant que prisonniers politiques ainsi que le droit à l’autodétermination pour le Pays Basque.
Après 93 jours de grève de la faim, le recours présenté par la défense d’Iñaki de Juana contre sa condamnation de 12 ans et 10 mois sera examiné jeudi par le tribunal suprême espagnol.