Jean-Guy TALAMONI / Porte-Parole de Corsica-Nazione
Les temps seront durs pour nous, mais gageons qu´ils le seront également pour nos adversaires
C ette fois-ci, le leader du mouvement nationaliste corse est bien arrivé au Pays Basque. Quelques minutes avant le meeting de Batasuna à Ustaritz, le JPB a pu le rencontrer pour évoquer la situation politique en Corse et les relations entre les différents mouvements "des peuples sous tutelle de l’Etat français". Lors du meeting, Jean-Guy Talamoni a pris la parole pour dire que la France n’envisage à ce jour aucun dialogue avec la Corse estimant que "seul un rapport de force politique peut permettre de voir un avenir meilleur pour nos enfants". Un rapport à l’Etat que les Basques et les Corses souhaitent mettre en place en renforçant leurs liens. "Les temps qui viendront seront difficiles pour nos peuples, mais gageons qu’ils le seront également pour notre adversaire. Nous allons gagner, parce que nous avons raison. Parce que nous n’avons pas de leçon de moral à recevoir par ceux qui nous volent nos terres ou mettent nos compatriotes en prison" a-t-il lancé.
Quel est le message que vous êtes venu porter au Pays Basque?
Tout d’abord un message d’amitié pour le peuple basque, pour les abertzale et notamment pour Batasuna avec qui nous gardons des relations permanentes depuis plusieurs années maintenant. Un message d’espoir né notamment de la déclaration de Corti l’été dernier. Une déclaration où les différents peuples sous tutelle de la France demandons que nos droits soient reconnus. Dorénavant ce que nous disons nous le disons ensemble. Et nous nous adressons ensemble aux responsables français pour leur dire qu’il faudra abandonner la voie actuelle et permettre à nos peuples de retrouver leurs droits nationaux et de permettre une émancipation nationale.
Après plusieurs tentatives de dialogue, la situation semble bloquée en Corse...
Il est vrai que la situation actuelle en Corse est peu réjouissante. Parce que Paris espère résoudre le problème corse par la voie policière et militaire. Mais bien évidemment ça ne sera pas possible de trouver une solution par ce biais-là. Pour Paris dialoguer avec la Corse n’est pas à l’ordre du jour. Il y a donc une situation qui se tend avec un certain nombre d’attentats et un grand nombre d’arrestations
Y a-t-il une lueur d’espoir pour que cette situation évolue ?
L’espoir demeure ne serait-ce que par la lutte qui suscite l’espoir. Nous sommes tout à fait disponibles pour dialoguer dès que l’occasion se présentera. Mais Paris n’en veut pas, Paris s’y refuse obstinément. Il semble donc que seule la lutte soit susceptible de créer des rapports de force politiques pour changer les choses.
Est-ce qu’une autre attitude peut être attendue de la part de la France qui ne reconnaît pas le peuple basque et le peuple corse ?
Nous, nous pensons qu’à un moment ou à un autre il y aura à Paris des responsables plus clairvoyants qui décideront de traiter ces problèmes par d’autres voies que par des voies répressives. Il y a eu des tentatives aussi bien par la gauche que par la droite, qui n’ont pas été couronnées de succès.
Le processus de Matignon lancé avec Lionel Jospin s’était heurté au premier tour des présidentielles...
Il est vrai que là nous avons été très près de réussir. 44 élus sur 51 de l’Assemblée, des élus de tous les bords politiques, s’étaient montrés favorables à une évolution de la situation. Ce processus avait connu des périodes de crise, comme il y a des périodes de crise dans tous les processus. La question des prisonniers fut traitée, de manière imparfaite puisque les gestes que l’on attendait n’arrivaient pas, ce qui nous avait amenés à durcir le ton à un moment, et même à suspendre notre soutien au processus à certains moments. C’était un processus qui avait vocation à être repris à un moment ou à un autre. Mais Lionel Jospin n’étant pas parvenu à passer le premier tour des élections présidentielles, le processus de paix n’a pu aller de l’avant.
Nicolas Sarkozy a également tenté sa chance...
Avec la droite au pouvoir, il a engagé une nouvelle démarche. Mais il a voulu tout reprendre à zéro pour des raisons politiciennes. Et là, il a fait plusieurs erreurs dont celle de s’adresser aux conseillers généraux, qui pourtant étaient destinés à disparaître dans le cadre de l’évolution institutionnelle. Ainsi ces élus ont fait le maximum pour parasiter cette démarche. Il y a eu par la suite d’autres erreurs, notamment le moment choisi pour couronner ce processus par référendum. C’était un moment où il y avait une forte tension sociale par rapport à la réforme du régime des retraites. Et cette tension sociale a eu des conséquences négatives sur le référendum, puisque les Corses ont profité de cette occasion pour sanctionner le gouvernement alors que la question posée concernait l’évolution des institutions de la Corse. Il y a eu également une fraude massive dans le Nord de la Corse. Tout cela a contribué à faire gagner le Non de quelques voix , même si tous les sondages d’opinion démontraient que 65 à 70% des Corses soutenaient le processus depuis un an. Aujourd’hui, on nous dit qu’il est question de ne rien bouger. Nous, nous disons que la Corse ne va pas bien, que la situation est catastrophique, et que seule une démarche audacieuse peu nous sortir de cette situation.
Il faudra donc attendre l’élection du nouveau chef d’état et du nouveau gouvernement ?
Les prochaines élections auront des conséquences importantes sur l’ensemble de nos peuples. Mais pour l’instant au vu de ce que disent les candidats favoris des sondages, aujourd’hui nous n’avons pas de déclaration qui nous incite à l’optimisme, si ce n’est l’optimisme de notre propre volonté et de la lutte.
Pouvons-nous nous attendre à une initiative commune de la part des signataires de la déclaration de Corti ?
Nous allons continuer à travailler ensemble pour donner corps à cette déclaration...
Avec une candidature commune aux différents peuples aux prochaines présidentielles ?
Ce n’est pas l’option qui a été retenue pour l’instant.
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