Festival international des programmes audiovisuels
Une histoire méconnue
Au départ, elle voulait réaliser un documentaire sur l’Afrique comme champ de bataille de la Guerre froide entre les deux Grands, par Etats interposés. Mais au fur et à mesure de son enquête, la réalisatrice franco-égyptienne née à Beyrouth, Jihan El-Tarhi a découvert une histoire méconnue qui a modifié ses projets. Une découverte qu’elle a voulu partager à son tour, a expliqué la réalisatrice également auteure de La maison des Saoud en 2004 et de Histoire d’un suicide : Pierre Bérégovoy en 2001 à Biarritz lors de la présentation de son film. Le rôle et l’action de Cuba en Afrique sont ainsi mis au jour dans un documentaire en deux parties prochainement diffusé sur Arte. Une histoire qui commence en 1960 avec la piteuse expédition du Che au Congo, pressentie comme "foco" à partir duquel diffuser les fameux "deux ou trois Vietnam" envisagés, jusqu’au retrait des troupes cubaines d’Angola fin 89-début 90. Il y a effectivement quelque chose d’épique dans ces interventions cubaines. La petite île aux portes des Etats-Unis est au début des années soixante l’épicentre (et modèle) des luttes révolutionnaires de libération nationale, avec en particulier l’organisation de la Tricontinentale à La Havane. L’heure est encore à l’anticolonialisme, mais aussi à la recherche d’une "réelle indépendance". Des acteurs de premier plan évoquent ces années débutées par l’assassinat du Premier ministre du Congo par un certain Mobutu avec la bénédiction des Etats-Unis et l’aide de l’ONU. La réalisatrice parvient ainsi à recueillir les témoignages allant de l’ancien chef de la CIA à Lépoldville (aujourd’hui Kinshasa), jusqu’aux compagnons du Che au Congo, en passant par d’anciens responsables de l’Union Soviétique ou du Département d’Etat américain, de dirigeants cubains (dont Castro himself) et de leaders africains.
Analyses et anecdotes
Le documentaire particulièrement soigné, mêle avec bonheur analyses et anecdotes. Le récit par un survivant de la poignée de guérilleros envoyés au Congo est un régal. L’abîme les séparant des rebelles lumumbistes en pleine déconfiture (dont un certain Kabila) et finalement inquiets de la présence d’un personnage tel que le Che, est presque comique. La truculence du Castro de l’époque (expliquant notamment que les impérialistes ne peuvent pas croire qu’on puisse intervenir dans un pays sans en vouloir à ses ressources naturelles) ou de son bras droit pour l’Afrique et négociateur en Angola sont des moments où quelques rires ont fusé dans la salle. Pour la réalisatrice, les interventions cubaines ratée au Congo, de façon logistique et finalement triomphante en Guinée-Bissau pour la lutte d’indépendance dirigée par Cabral contre le Portugal, et de façon massive (des dizaines de milliers d’hommes) et durable en Angola au MPLA de Neto puis de Dos Santos ne sont pas des ingérences. Ainsi l’aide militaire est apportée à la demande des mouvements armés de libération dans une perspective anticoloniale ; ce qui sera finalement le cas en 1988 avec l’indépendance de la Namibie par l’évacuation des troupes de l’Afrique du Sud, en plein apartheid, engagées dans la guerre en Angola. En outre, l’action de Cuba n’est pas téléguidée par Moscou : c’est de sa propre initiative, au grand dam de l’URSS, que Cuba s’investit dans le continent noir, comme le confirment d’anciens responsables soviétiques et américains. De là à parler d’épopée ou d’odyssée internationaliste. Les dizaines de milliers de morts de la guerre en Angola, rappelés par de terribles images, tempèrent tout romantisme.
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