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Le JPB > Culture 2007-01-30
Score Russe
·Le Palmarès du vingtième Fipa confirme l’émergence des réalisateurs russes

De l’avis général, c’est un beau palmarès qui a clos samedi soir la vingtième édition du FIPA. Un palmarès qu’auraient pu pronostiquer les habitués de cette démonstration d’exigence, de sujets difficiles, voire politiquement incorrects et qui confirme également l’émergence des réalisateurs russes qu’avait déjà soulignée l’édition passée. Presque un score soviétique pour la Russie qui a raflé 5 des 22 prix avec les films Franz + Polina de Mikhaïl Segal, V kruge pervom (Le Premier cercle) de Gleb Panfilov et Master i Margarita de Vladimir Bortko.

Un palmarès qui confirme un regain d’intérêt pour l’histoire récente, en fiction ou en documentaire et qui selon les responsables du Fipa, répond à une demande des spectateurs.Ainsi Franz + Polina, Fipa d’or dans la catégorie fiction, met en scène les représailles, en 1943, de l’armée allemande contre les populations de Biélorussie.Avec toutefois l’inattendu qui complique ce scénario, lorsqu’au lieu d’exterminer les gens, les SS deviennent leurs hôtes, sympathiques et serviables. Côté séries et feuilletons, la série russe V kruge pervom (Le Premier cercle) revient également sur une histoire proche et douloureuse, celle du régime de Staline et empoche le Fipa d’or.

Proche et moyen Orient

Dans son ensemble, l’image que reflète le Fipa est celle d’un monde désenchanté où les guerres et les conflits larvés se succèdent, comme celui du proche et moyen Orient, cadre de deux films très remarqués au Fipa.Dans ce registre, le film français de Stéphane Marchetti et Alexis Monchovet, Rafah, chronique d’une ville dans la bande de Gaza, genre de portrait intime d’une petite cité bouleversée par les dernières actualités, a cumulé trois prix : le Fipa d’or de la catégorie Grands reportages et faits de sociétés, le prix Michel Mitrani qui récompense l’audace d’une première ou d’une deuxième ¦uvre, et le prix du jeune jury européen.Dans cette foulée, le Fipa d’or de la catégorie Musique et spectacle a été attribué à Knowledge is the beginning où Paul Smaczny filme le travail de Daniel Barenboim et son célèbre orchestre multiculturel et multiethnique en faveur de la paix dans cette région du monde.

Dans la catégorie Documentaires de création et essais le jury a semblé regretter que "l’investigation journalistique prenne le pas sur le regard singulier de l’auteur".C’est sans doute pour cela qu’il a choisi une ¦uvre loin des formats, le délicat Le papier ne peut pas envelopper la braise, sur la vie de prostituées cambodgiennes.Parmi la trentaine de pays en compétition cette année, la cérémonie de clôture a été marquée par une histoire belge.La RTBF a été copieusement sifflée pour avoir interdit la diffusion du docu fiction d’anticipation Tout ça ne nous rendra pas la Belgique.Le délégué général du Fipa, qui "déplorait" cet état de fait, a cependant ravi la salle comble de la Gare du Midi en projetant le succulent Raffaele Mastroianni, profession : voleur, film belge signé de la même équipe de Tout ça ne nous rendra pas le Congo.



Une frontière floue entre documentaire et fiction
Frédérique PRIS

La télévision est revenue ces derniers mois sur des pans de notre histoire récente, via des fictions comprenant des images d’archives, comme le film The Death of a president qui ouvrait mardi le XXe FIPA. Un mélange des genres revendiqué par les réalisateurs mais qui est parfois source d’ambiguïtés pour le téléspectateur. "Le mélange des archives et de la fiction permet une confrontation entre la vie publique et la vie réelle", a estimé le réalisateur Bernard Stora, lors d’un débat organisé vendredi au FIPA.

Son film Le grand Charles (diffusé en mars 2006 sur France 2), qui retrace la traversée du désert du général de Gaulle de 1946 à 1958, débute par des images d’archives du général accompagné de sa femme et de son aide de camp sur une plage d’Irlande en 1969. "Que se disaient-ils ? Seule une fiction, mais une fiction Œvraisemblable’, permet d’apporter une réponse", déclare Bernard Stora. La manipulation de l’archive est bien évidemment possible, reconnaît-il. C’est à l’auteur de faire preuve de "responsabilité" et d’"honnêteté", sans nier sa subjectivité, ajoute-t-il. William Karel, auteur de documentaires, qualifie sa première fiction Poison d’avril (diffusé le 19 janvier 2007 sur Arte) de "documentaire dans lequel j’ai injecté des comédiens". Poison d’avril revient sur les cinq dernières semaines de la campagne présidentielle d’avril 2002, à travers la rédaction d’une chaîne de télévision. Le film comprend de nombreuses images d’archives montrant les candidats pendant la campagne. Pour ces deux films, le téléspectateur peut clairement visualiser le va-et-vient entre les images d’archives et les scènes de fiction jouées par des comédiens. Mais l’édition spéciale du journal télévisé diffusé le 13 décembre sur la chaîne de télévision belge RTBF, relatant la partition de la Belgique, avait tous les attributs de la réalité : interviews de véritables hommes politiques, analyses de politologues, comptes-rendus de journalistes, reportages... Il s’agissait pourtant d’un canular (lire le JPB du samedi 27 janvier).

Cette émission avait pour but de provoquer "un électrochoc" dans l’opinion publique, explique Philippe Dutilleul, journaliste à la RTBF. "Nous voulions montrer ce que signifierait concrètement" la séparation entre la Flandre et la Wallonie, régulièrement évoquée par certains hommes politiques. Mais pour François Jost, professeur d’histoire à la Sorbonne Paris III, "le téléspectateur a été piégé". "Le but était d’entretenir la confusion alors que l’on sait que la différence entre la réalité et la fiction est structurante", s’insurge-t-il. Quant aux indices permettant de comprendre qu’il s’agissait d’un faux documentaire, François Jost estime que le téléspectateur, sous le coup de l’émotion, n’était pas en état de les déceler. "Il s’agissait de réveiller la conscience des gens", se défend Philippe Dutilleul. Au vu de l’ampleur des réactions (des milliers de messages adressés à la RTBF et des débats acharnés à travers le pays), cette émission a fait ¦uvre de "démocratie participative", estime le journaliste. Pour Bernard Stora, ce genre sert avant tout à "enrichir notre connaissance". Les films situés "à la frontière indéfinissable de la fiction et du documentaire" permettent de "revisiter" les événements réels "en essayant de mieux les comprendre". Que ces ¦uvres "relèvent du documentaire ou de la fiction, cela n’est pas un souci", estime-t-il.


 
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