René Bousquet ou le grand arrangement / de Laurent Heynemann
La morgue des grands commis
Si chez les Anglo-Saxons on fait des fictions d’anticipation sur l’assassinat du Président des Etats-Unis, en France il faut plus de 50 ans pour parler des choses qui fâchent. Si la Collaboration ou la guerre d’Algérie,... inspirent désormais nombre de fictions et de documentaires, rares sont ceux consacrés à la complaisance, et surtout la continuité, dont ont bénéficié nombre de grands commis de l’Etat. Cela est particulièrement bien montré dans cette fiction dont la diffusion à venir sur Arte devrait avoir quelques échos consacrée à Bousquet. Daniel Prévost interprète de manière convaincante cet homme sûr de lui-même, qui n’aurait fait qu’obéir et limiter les atrocités allemandes, bénéficiant de solides appuis, ayant poursuivi sa carrière dans la banque Indo-suez. Jusqu’à ce que le scandale le rattrape à partir de 1978 pour se traduire au début des années 90 par une inculpation pour crime contre l’humanité. L’amitié indéfectible de Mitterrand qui scandalisa à l’époque, entre autres réseaux cultivés par l’ancien organisateur de la rafle du Vel’d’hiv, facilitant cette longévité. Le procès n’aura jamais lieu. Bousquet est assassiné. Le dossier est rouvert par Laurent Heynemann qui a notamment recours à des mises en scène presque théâtrales, avec des apartés de figures de l’époque qui font part de leurs analyses au (télé)spectateur, en cours de récit et d’action. Tout cela contribue à donner une consistance aux ambiguïtés bien françaises, aux petits et grands arrangements d’après guerre pour assurer (une fois encore) la continuité de l’Etat, loin d’une simple condamnation morale. Celui qui était surnommé le Eichmann français avait effectivement tout de la banalité du mal cher à Hanna Arendt, rien de diabolique, et beaucoup de la morgue des élites administratives.
|