Delta, Oil’s dirty business / de Yorgos Avgeropoulos
Shell coupable
D’aucuns parlent de la malédiction du pétrole. Là c’est encore pire. Les effets des agissements de multinationales des hydrocarbures, dont est richement doté le delta du Niger sont une catastrophe. Si le film du Grec Yorgos Avgeropoulos souffre d’innombrables faiblesses (les mêmes images reviennent tout le temps pour surligner autant de fois des propos, au cas où on n’aurait pas bien compris...), la réalité actuelle qu’il décrit est un cauchemar de Darwin version visqueuse. Pipe-line défectueux déversant directement du pétrole brut dans un des bras du delta d’un des plus importants fleuves du continent, sinistrant complètement toute vie, animale et végétale, pour des populations locales (dont la pêche était l’une des rares ressources), dirigeants locaux corrompus (l’interview du gouverneur local plusieurs fois ministre, détenteur d’une maison avec 300 chambres, grosses bagouzes aux doigts, défendant son intégrité d’homme politique est tragi-comique), pauvreté extrême, absence d’écoles, d’hôpitaux, d’eau potable (la séquence où un homme boit dans un verre un liquide cuivré qui est l’eau du fleuve est particulièrement signifiante)Š Un concentré de ce que peut faire de mieux l’actuelle mondialisation économique.
Un endroit où même Nicolas Hulot aurait du mal à réaliser Ushuaia. Depuis 2006, un groupe armé le MEND pratique le sabotage contre les installations pétrolières (de Shell en particulier) et le kidnapping de blancs travaillant pour ces firmes transnationales. Dans une mise en scène Œà la Corse’ des représentants du MEND fustigent la politique des grandes compagnies qui exploitent leur sous-sol sans aucune contrepartie locale, comme celle du gouvernement central du Niger. Une guérilla qui semble flirter parfois avec du banditisme et dont la naissance est la conséquence d’armes distribuées à des jeunes dés¦uvrés par les notables locaux pour s’assurer leur élection, mais qui ont gardé les armes une fois le scrutin passé... En tout cas, la lutte pacifique des Ongonis, un des peuples indigènes du delta, menée à la fin des années 90 s’était soldée par la condamnation à mort de ses dirigeants. Mais aussi par le départ de Shell de cette partie du delta. En attendant l’exploitation et la pollution continuent. Noir c’est noir.
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