Festival international des programmes audiovisuels
Un monde presque désespérant
·Les fictions et documentaires présentés au Fipa sont une fenêtre ouverte sur un monde sombre
La souffrance des prostituées cambodgiennes, l’enfer d’un hôpital à Bagdad, les malversations d’une compagnie pétrolière multinationale : les fictions et documentaires présentés au Fipa jusqu’à samedi sont une fenêtre ouverte sur un monde presque désespérant. D’autant plus si l’on considère que parmi ces fictions et documentaires souvent exigeants, peu auront les honneurs de la télévision française notamment au grand regret des organisateurs qui pestent chaque année contre la frilosité des chaînes de l’Hexagone.Pourtant, parmi la centaine de films en compétition cette année, on peut aussi distinguer Le papier ne peut pas envelopper la braise, du Cambodgien Rithy Panh, qui sera diffusé bientôt sur France 3. Pendant plusieurs mois, l’auteur a placé ses caméras dans le taudis qui sert de logement à une dizaine de prostituées cambodgiennes, sous la coupe d’une mère maquerelle. Ce documentaire, plongée au plus profond de la détresse humaine, bénéficie d’un vrai regard de cinéaste, loin de tout apitoiement. L’auteur n’intervient jamais : il se contente de filmer les conversations (parfois insoutenables) des jeunes femmes au repas, apparemment oublieuses de la présence de la caméra. "Quand un homme couche avec moi, il couche avec une morte", murmure l’une d’elles. La prostitution, l’excision (La douleur secrète de la Danoise Mette Knudsen), la peine de mort aux Etats-Unis (Une mort au Texas, des Allemands Thomas et Rena Giefer), Abu Ghraib (La trilogie d’Abu Ghraib de l’Australienne Olivia Rousset) ou le quasi-esclavage des clandestins dans le sud de l’Espagne (El Ejido, la loi du profit du Marocain Jawad Rhalib) composent le tableau d’un monde qui écrase les plus faibles.
Effarement
Et si l’on sourit au début de Comment c’est fait, l’effarement prend vite le dessus: le réalisateur polonais Marcel Lozinski a suivi pendant trois ans un conseiller en communication qui veut prouver que quiconque peut devenir un homme politique en Pologne, dès lors qu’il fait preuve de suffisamment de populisme et de démagogie. Côté fiction, l’heure n’est pas non plus à l’optimisme. Plusieurs ont pour thème le complot, comme L’Etat intérieur, des Britanniques Michael Offer et Daniel Percival, sur la manipulation dont est victime un diplomate britannique. Havarie du Suisse Xavier Koller retrace les sombres machinations d’une compagnie pétrolière internationale. Les Français se penchent sur leur histoire, mais une histoire mal digérée, avec René Bousquet ou le grand arrangement de Laurent Heynemann, avec un Daniel Prévost ambigu à souhait dans le rôle-titre. Parmi les pépites de la sélection figure Bagdad, l’histoire d’un docteur. Un documentaire brut de décoffrage, filmé par un médecin irakien qui a eu l’autorisation de filmer en 2006 aux urgences de l’hôpital Al Yarmouk. La plupart des patients sont des habitants de Bagdad victimes d’attentats à la bombe. Cette visite en enfer est pourtant illuminée par le courage du personnel soignant, des ambulanciers aux infirmières. Au milieu des corps mutilés, le chirurgien Ali, par son humour et sa résistance, redonne foi en l’homme. Loin de ces tumultes, le Japonais Shinichi Ise a suivi pendant 25 ans la vie d’une famille de la banlieue de Yokohama, dont la fille est handicapée mentale. Aristo ("Merci") dépeint avec sensibilité le quotidien d’une famille hors norme et l’amour des parents pour leur enfant.
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