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Le JPB > Sujet à la une 2007-01-12
La Scène de pays joue son acte de naissance
·La scène de pays Baxe Nafarroa a débuté officiellement avec l’année et suscite de vives discussions dans le canton

Après une longue période de gestation, la Scène de pays Baxe Nafarroa a débuté officiellement avec l’année 2007. Une réalité programmée par la Convention spécifique Pays Basque en 2001 et dont l’acte de naissance devrait être signé ce trimestre selon les termes d’une convention.

C’est à la lumière de cette échéance que le débat s’accroît en Basse-Navarre, mettant pour l’instant de côté les réjouissances saluant l’émergence d’une structure censée "fédérer dans le domaine du spectacle vivant et sur un secteur géographique donné, les efforts des collectivités locales et des opérateurs culturels présents sur la zone".Car c’est aussi dans la diversité des opérateurs culturels et des collectivités locales de Basse-Navarre que naissent les divergences.

Des différends qui ont d’abord l’accent des fables moralistes, toujours les mêmes depuis le Grec Esope, le Latin Phèdre, le Français Jean de Lafontaine, et le Basque d’aujourd’hui : "Des élus et des associations culturelles vivaient plus ou moins en paix sur ce territoire, les premiers se souciant très peu de culture, les seconds étant par conséquent démunis.Une Scène de pays survint, financée par l’État, la Région et le département, et proposa 600 000 euros à l’association Garazikus..."On connaît la querelle qui suivit...

Mais derrière cet enjeu financier conséquent, qui ouvre des perspectives inédites à la Basse Navarre, il y a aussi des rivalités stratégiques, politiques et pour tout dire idéologiques.Au c¦ur de ce tiraillement, l’association Garazikus, sur laquelle s’adosse la Scène de pays est considérée, selon, comme un lieu de redistribution de subventions, un simple lieu de diffusion de spectacles, de financement de projets culturels pour les communes voire d’outil de perforation territorial pour des spectacles culturels "créées hors territoire". Pour couronner le tout, les élus locaux, que le dispositif scène de pays sollicite pour un financement à hauteur de 20%, se sont invités au Conseil d’administration de la structure et huit d’entre eux y siègent désormais, au nom des trois communautés de communes qui constituent le Projet collectif de développement (PCD) Baxe Nafarroa, périmètre d’action de la scène de pays.

Discours rassembleur

Mais, entendu que la Scène de pays a d’abord des missions très précises, définies par la convention spécifique, le responsable de Garazikus, Jean-Yves Ostrowiecki, a pourtant un discours rassembleur : "mettons-nous tous ensemble et travaillons ! La Scène de pays sera ce que nous en ferons".Un appel entendu par les uns, comme l’association musicale Elgarri, ignoré par les autres, comme l’association Orgue en Baigorri qui conserve ainsi son autonomie et ses subventions, pendant que d’autres, comme l’association Haize Berri, sont sur l’expectative.

Cette association, qui gère depuis une vingtaine d’années le centre culturel d’Ostabat, se dit pourtant "prête à participer au projet" mais "à certaines conditions".Pour Haize Berri, il s’agit surtout de "réserver une place particulière à la langue et à la culture basques". Marie-Jeanne Mercapide regrette notamment que la Scène de pays ne définisse pas clairement une politique dans ce sens.Pour Jean-Yves Ostrowiecki, il est "hors de question" d’établir des quotas"."Comment on fait une programmation avec des quotas ?" questionne le responsable de Garazikus en prenant exemple sur la première programmation de l’année : "Au niveau de la diffusion, on est beaucoup plus sur une programmation non basque, mais au niveau des résidences d’artistes, on est en langue basque sur plus de 70%".

Dans le même registre, la salariée de Haize Berri regrette une organisation qui n’augure pas une aide au développement de la culture basque. D’abord, parce que Marie-Jeanne Mercapide estime que la Scène de pays est un "simple outil de diffusion" et n’est en rien "une véritable aide à la production", malgré des résidences d’artistes qui selon elle, "ne suffisent pas à la production".Ensuite parce que dans la diffusion, la Scène de pays distingue "pratique amateur et pratique professionnelle" ce qui, par ricochet, joue contre la production basque, confinée dans un marché culturel plus étroit et rarement capable d’accéder au statut professionnel, en dépit de créations de qualité.

Pour Jean-Yves Ostro, cette question est tranchée puisqu’il explique avoir mené "un gros combat" auprès notamment du Conseil Régional, pour défendre la pratique amateur au sein de la Scène de pays.Mais pour Haize Berri, cela manque tout de même de garanties.

Spectacle vivant

On peut pourtant s’interroger sur l’implication de Haize Berri dans le projet Scène de Pays, dédié exclusivement au spectacle vivant et que Jean-Yves Ostrowiecki rappelle dans le premier numéro de Kulturaldia, bulletin d’information de la Scène de Pays Baxe Nafarroa : "diffusion de spectacles tout public et jeune public, actions de sensibilisation en et hors milieu scolaire, accueil de résidences d’artistes professionnels ou amateurs, et soutiens aux projets de créations amateurs".

Marie-Jeanne Mercapide explique sa position en termes de légitimité des "secteurs artistiques pas pris en compte" dans une structure imposée "sans tenir compte des besoins des acteurs culturels"."Il n’y aura pas de budget pour le reste" estime-t-elle en expliquant avoir "demandé que la Scène de pays ne soit pas que dédiée au spectacle vivant."

"On ne prend pas de subventions à Haize Berri, explique Jean-Yves Ostrowiecki, puisqu’ils n’ont pas de subventions pour le spectacle vivant"."Mais ils peuvent venir avec nous, on prend le risque" ajoute-t-il.

Dans cet élan, Jean-Yves Ostrowiecki définit "ce qu’on veut être"."Une Scène de Pays Baxe Nafarroa" dit-il, "c’est-à-dire dans les deux langues"."Un outil pour que tout le monde s’en serve" résume-t-il.Mais à l’évidence, ce slogan ne rassure pas encore.Du reste, on peut douter des subventions culturelles qui seront allouées aux associations culturelles lorsque l’on constate avec Marie-Jeanne Mercapide que le PCD a fait plus que doubler ses subventions à la Scène de pays et reste encore loin du compte des 20% demandés."On peut difficilement penser que les subventions culturelles augmentent pour les autres" dit-elle.

"Élus et associations culturelles vivaient plus ou moins en paix sur le territoire de Baxe Nafarroa.Une Scène de pays survint..."



Budget de fonctionnement et bénévolat
La Scène de pays Baxe Nafarroa fonctionne officiellement comme telle depuis le début de l’année et présentera samedi un premier spectacle, avec la Compagnie de danse Rêvolution, résultat d’une résidence de création. Pour cette première année, la Scène de Pays n’est pas encore dotée des subventions espérées puisqu’elle est actuellement pourvue d’un budget de 450 000 euros, en raison de "défections sur des projets cette année".A terme, vraisemblablement l’an prochain, la Scène de pays doit être dotée d’un budget de 600 000 euros pour "un fonctionnement raisonnable". L’association compte à ce jour 4,25 salariés et s'appuie sur le bénévolat.Environ 15 résidences sont prévues en 2007 et 40 spectacles.


 
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