Que la fête commence !
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«Difficile de ne pas comparer la rencontre de demain après-midi (Bayonne-Lyon, 17h45 Jean Dauger, Eurosport) avec la grande épopée de l’Aviron Bayonnais en 2003-2004. Surtout parce que, comme à l’époque, les Basques s’apprêtent à organiser la grande fête du football à Bayonne. Un jour à part, où le ballon rond prend le dessus sur son homologue ovale, le temps d’un week-end, et ce, même si le leader du Top 14, le Stade Français débarque sur la Côte basque ce soir. Depuis le tirage au sort qui a opposé Lyonnais et Basques en 32e de finale de la Coupe de France, les dirigeants de l’Aviron Bayonnais font des pieds et des mains pour réussir "leur fête". Au-delà du côté sportif, car comme le confirmait Manu Merin, un président heureux ces jours-ci, "le sportif, on le sait, est très aléatoire. Il ne dépend pas seulement de nous". Effectivement, le sportif ne dépend pas uniquement des hommes d’Alain Pochat. Et pour cause, quand on affronte une des meilleures équipes d’Europe, forcément, la balle n’est pas toujours dans notre camp. Que ce soit l’Aviron ou n’importe quel adversaire. Car les Lyonnais dominent. Pour autant, pas question de galvauder la plus belle affiche de la saison. On l’a dit et redit tout au long de la semaine dans les bureaux de l’Aviron, demain sera la fête à Bayonne, aux joueurs d’en profiter au même niveau que les supporteurs. Profiter de l’instant présent, tel a été le message de l’entraîneur à ses poulains. Alors, certes, le rêve est permis, mais il reste un rêve. D’autant que les Lyonnais se présenteront à Bayonne avec toute leur artillerie lourde. Sans connaître les titulaires, peu importe, l’OL a du lourd. Maigre consolation, il n’y aura pas Carew. L’attaquant norvégien, malade, est forfait. Houiller a retenu un groupe de 23 joueurs pour une mise au vert prolongée, une liste dont ne fait pas partie Carew "pour ne pas prendre le risque d’une contagion", selon Houllier. En revanche, les trois autres attaquants blessés avant la trêve, Fred, Karim Benzema et Sylvain Wiltord figurent sur la liste. Mine de rien, le coach lyonnais respecte l’adversaire à sa juste valeur : "Bayonne est une équipe de Coupe. Elle va s’élever au-dessus de son niveau général. Nous prenons bien sûr ce match très au sérieux. Nous avons supervisé cette équipe et nous l’avons présentée au groupe. Le terrain ? Nous nous adapterons à toutes les situations. Pas question de se chercher des excuses". C’est clair et net. Plus de places assises, on se dirige vers les
"guichets fermés"
Pour la deuxième journée consécutive, non pas au siège de l’Aviron Bayonnais, mais à Jean Dauger cette fois-ci, les guichets du stade bayonnais ont été pris d’assaut jeudi matin par les supporteurs bleu et blanc. Résultat des courses, il ne reste plus de places assises pour la rencontre de demain: "Tout est parti très vite" explique le trésorier, "il n’y a plus de grandes tribunes, de petites tribunes ni de gradins, il ne reste plus que des places en pelouse et pesage". Les retardataires sont donc avertis, les derniers billets seront mis en vente ce matin, mais tout laisse prédire que la rencontre devrait se disputer à guichets fermés. À savoir devant 13 500 supporteurs. "C’est exact", confirme-t-on du côté de l’Aviron. "Un peu moins que la capacité du stade pour les matches de rugby. Si au rugby on peut rentrer un peu plus de 14 000 personnes, le règlement du football nous permet d’utiliser que 90 % des places debout. Si à cela on ajoute le millier d’invitations que l’on aura, on devrait retrouver entre 13 000 et 135000 personnes dimanche à Jean Dauger". Bref, comme le club de Manu Marin l’avait souhaité, une véritable fête du football à Bayonne. Car c’est de cela aussi qu’il s’agit pour une journée comme celle-là. La suite des événements appartient aux joueurs. Poussés par un Jean Dauger plein à craquer, cela pourrait les métamorphoser. Cela sera-t-il suffisant ?
« Je veux que les joueurs en profitent »
Alain POCHAT |
Entraîneur de l’Aviron Bayonnais Football
Parmi le staff bayonnais lors de l'épopée de 2003-2004, Alain Pochat
est aujourd'hui au premier plan de l'événement. Plus que jamais, l'entraîneur de
l'Aviron touche du doigt la difficulté du challenge. Pour autant le coach
souhaite que ses joueurs en profitent sans perdre de vue qu'il existe un après
Lyon. La saison n'est pas encore terminée.
Vous avez vécu l'épopée Coupe de France en 2003-2004 un peu en
arrière, vous êtes cette fois-ci au premier plan, comment vous le vivez
?
C'est une très belle aventure pour tout le monde, le club, la ville,
mais surtout les joueurs qui méritent d'être là car c'est grâce à leur travail
depuis le début de la saison. On a effectivement essayé de bien travailler
depuis le mois de juillet sur certains aspects collectifs et ils en récoltent
aujourd'hui les fruits. Puis il ne faut pas oublier qu'on a eu une part de
chance, on aurait pu aller à Pontivy en Bretagne et à la place nous avons les
Lyonnais à domicile, c'est plus porteur.
On a parlé cette semaine de récompense, vous le ressentez comme
cela ?
Certaines personnes du club pensent effectivement que la roue a tourné,
dans ce sens, c'est vrai que les gens qui n'ont pas été jugés à leur véritable
valeur trouvent aujourd'hui une certaine récompense.
Personnellement Alain Pochat est au centre de toutes les
attentions. Vu l'engouement suscité par cette rencontre, comment l'avez-vous
vécu ?
C'est vrai que c'est un tourbillon. On n'est pas trop prêt parce que
tout est arrivé très vite. Il y a eu le tirage et derrière, ça c'est affolé un
peu. Pour moi, le but de jeu est de rester centrer sur ce que j'ai à faire sur
le plan sportif, sur ma tâche d'entraîneur et non pas de m'éparpiller trop sur
des éléments externes. La difficulté est justement de se dire qu'il y a un après
Lyon. C'est-à-dire que nous travaillons sur la durée, sur le championnat
jusqu'au mois de mai, à savoir la préparation physique etc. Sans compter que le
projet ne s'arrête par là. Avec le président, nous avons essayé de mettre
quelque chose en place pour travailler sur 2-3 saisons parce qu'on sait très
bien qu'un entraîneur c'est quand même éphémère...
Côté sportif, simplement, battre Lyon est-ce possible ?
Si l'on regarde à froid, on se dit "non c'est vraiment impossible" car
vu l'armada qu'il y a en face que ce soit l'équipe bis ou même la troisième
équipe, c'est que du lourd, que des bons joueurs à tous les postes, c'est
souvent doublé et triplé. Il y a souvent des internationaux qui ont un vécu
extraordinaire. Ils le prouvent depuis quelques championnats, en Ligue 1 mais
aussi en Ligue des champions, c'est une des meilleures équipes européennes...
Cela dit, nous on est là pour vendre cher notre peau, de ne pas être ridicule,
de pas prendre une claque, et essayer de les contrarier au maximum. Ça paraît
compliqué, mais il faut rentrer sur un terrain pour gagner le match ou du moins
pour être le plus performant possible. Il faut ensuite tenir compte de certains
paramètres, d'avoir 13 000 personnes qui poussent derrière, un terrain pas
forcément en bon état qui va les mettre en difficulté... On verra comment ça se
passe.
Pour gagner Lyon il suffit donc de...
D'être très performant individuellement et collectivement, être à 200%
sur tous les ballons, bien en place tactiquement, essayer de gérer au mieux
toutes les individualités en face, les harceler constamment...
Et que les Lyonnais ne soient pas bons...
Ce n'est pas "être bon" ou pas, mais eux sont sur une phase de reprise.
Ils vont se préparer pour être au top pour les mois de mars-avril pour la Ligue
des champions. Puis il y un autre fait. Comme nous l'avons connu quand nous
avons affronté un plus petit, inconsciemment, on n'est moins concerné, on pense
que ça va venir tout seul... On l'a connu récemment à Blagnac dans un bourbier
où c'est très compliqué de faire du jeu. Cela dit, Lyon c'est encore plus que
Guingamp, Bordeaux ou PSG en 2004. C'est carrément une autre dimension. Il faut
donc se laisser rêver, que les joueurs arrivent sur le terrain et n'aient pas
peur de mal faire parce qu'on va jouer devant 13 000 personnes, devant sa
famille. Il faut qu'ils arrivent sereins et qu'ils croient qu'ils peuvent faire
quelque chose. Même si, à la fin de la rencontre, on a perdu, ce qui paraît
logique, il faut que les joueurs rentrent sur le terrain avec cette petite
flamme qui fait qu'on y croit.
Justement comment croyez-vous que le groupe va réagir à toute
cette pression ?
C'est un groupe sain et solidaire qui depuis le début de la saison a le
goût de l'effort. On a essayé d'inculquer l'esprit collectif, de faire
comprendre qu'un groupe senior ce n'est pas 14 joueurs le week-end, mais 40
seniors parce qu'on travaille vraiment avec tout le monde, même avec ceux qui
seront avec la DH ce week-end. Je pense donc que les joueurs vont s'unir dans
l'effort, même si ça va mal et ça sera bénéfique pour la suite.
Tactiquement, comment vous abordez le match ?
On a travaillé plusieurs secteurs, le défensif bien sûr, collectivement
essayer de faire un bloc compact en laissant peu d'espace dans notre dos, ne pas
aller les chercher trop haut car on se mettrait en danger dans la mesure où ils
ont la capacité de jouer long et court. Les Lyonnais ont des joueurs qui vont
très vite dans les couloirs, il faudra donc être rationnel tout en étant
agressif sur chaque zone sur le porteur du ballon. Le travail offensif est plus
dirigé sur les attaques rapides c'est-à-dire que quand il y aura un contre à
jouer, il faudra le faire à fond dans la mesure où il ne devrait y en avoir
beaucoup.
Les 20 premières minutes seront importantes ?
Absolument, si on prend 2 buts d'entrée, le match sera plombé. Eux, ils
essayeront de démarrer plein pot pour se mettre rapidement à l'abri, ils vont
pousser, or, si nous arrivons à maintenir le 0-0 dans les 20 premières minutes
ce sera un bon point pour nous.
Que craignez-vous le plus chez les Lyonnais ?
Il n'y a qu'à voir les statistiques, 45 % des buts de Lyon arrivent des
coups de pied arrêtés. C'est ensuite un collectif, beaucoup de joueurs en
mouvement, des garçons comme Malouda, Govou, Wiltord... Il y a beaucoup de
qualités. Et malgré tout, quand il y a un joueur de la trempe de Juninho sur la
pelouse, si jamais il y est, il a beaucoup d'influence sur le jeu des Lyonnais.
S'il pouvait rester au Brésil ça m'arrangerait.
Il faut aussi penser à l'après Lyon, ce match ne risque-t-il
pas de briser la dynamique du championnat ?
Je ne le pense pas, je ne l'espère pas du moins. Ça peut être une
expérience enrichissante. On va serrer les boulons face à une des meilleures
équipes d'Europe, les joueurs vont peut-être découvrir des ressources qu'ils
n'avaient pas encore imaginées jusque-là. Je me souviens que l'année de l'épopée
de Coupe en arrivant en 8e, après des rencontres difficiles souvent
doublées de prolongations, physiquement c'était très éprouvant et malgré tout,
le groupe avait su rebondir par la suite puisque nous avions obtenu la montée en
National. Ça peut être bénéfique et ça vient aussi du discours que l'on tient où
on a toujours mis en avant la cohésion du groupe sans mettre personne en avant.
Il n'y a pas de stars.
Olatz IDOATE
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