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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2007-01-06
François MAITIA / Vice-président du Conseil régional d’Aquitaine et Conseiller Général PS de Garazi
Et maintenant, l’impasse ?

La rupture était possible pendant les discussions. Les discussions seront-elles possibles pendant la rupture ? Toute personne de bon sens ne peut se résoudre à l’impasse.

Voici quelques jours encore, dans une capitale européenne, rien ne laissait présager qu’ETA romprait de façon spectaculaire, meurtrière et hautement condamnable, un processus qu’il avait souhaité, le conduisant d’un cessez-le-feu à des négociations. Certes les signes de réarmement étaient des signaux d’alerte. Ecorchant la confiance suspicieuse naturellement compréhensible qu’il convient d’avoir vis-à-vis de celui qui discute avec vous en pointant quasiment son arme, tout en indiquant que désormais il ne s’en servira pas.

Les socialistes espagnols et singulièrement, le chef du gouvernement, ont pris des risques politiques en entamant un processus de discussions directes. En le faisant entériner par le Parlement, en obtenant le soutien de la France, des autres pays européens, puis des différentes instances de la Communauté. Il fallait le faire et j’éprouve de l’admiration pour Zapatero de l’avoir fait. C’est le contraire qui aurait été critiquable. Il l’a fait au nom de la volonté majoritaire du peuple espagnol qui en a assez de cette situation et qui a été maintes fois meurtri et ensanglanté. Au nom des Basques aussi qui aspirent à la paix et à la tranquillité. Au nom de tous ceux qui souffrent depuis tant d’années. ETA se rend-il compte du courage de cet homme ? Proche des socialistes d’Euskadi, j’ai partagé leur puissant désir d’en finir avec la plaie ouverte du terrorisme basque, leur enthousiasme aussi, perceptible dans l’immense espoir qu’ils mettaient dans le mouvement que susciteraient les énergies démocratiques enfin totalement libérées. Basque, Français, Européen, et au fond tout simplement citoyen, je me sens particulièrement concerné. Mais cette partie se joue d’abord et avant tout en Espagne. Je ne me sens donc ni un observateur distant, ni un acteur pressé.

Sans le silence complet des armes, rien n’est possible. Car au bout du processus, de quoi s’agit-il, si ce n’est renforcer encore la démocratie et par ce moyen uniquement, assurer la paix et la prospérité des peuples, de France, d’Espagne, mais aussi le destin des Basques. Cet arrêt complet des attentats est indispensable. Il est le signe nécessaire que quelque chose bouge. Il requiert donc forcément du temps et ne peut admettre pendant ce temps aucune entorse ni de forte, ni de faible intensité. Il faudra donc à ETA d’autres signes qu’un attentat comme celui de Madrid pour évoquer la sincérité de son engagement! S’il a fait cela pour montrer qu’il en était capable, c’est stupide, car tout le monde le savait et personne n’en doutait.

Trois questions sont évoquées qui auraient servi de prétexte à la reprise de la violence : le maintien durant les discussions de la légalité répressive envers le terrorisme, la légalisation du Parti des forces radicales et la territorialité.

Autant j’avais déploré en son temps, -c’était à l’époque d’Aznar- qu’on arrêtât en France les négociateurs d’ETA de retour de Suisse, autant il est impérieux de tout faire pour cibler les tentations de reprise de la violence qui sans cela donnerait un sentiment d’impunité particulièrement inopportun. Que des candidats d’un parti des forces radicales, sous le nom de Batasuna ou sous un autre nom puissent se présenter aux suffrages de leurs concitoyens, ne me semble pas une incongruité. Dès lors qu’ils ne se livrent pas à l’apologie de la violence ou autres visées condamnées par les principes fondateurs de la démocratie. Quant à la territorialité, elle est l’affaire des citoyens et des partis dans lesquels ils se reconnaissent. On peut simplement considérer que pour aussi intéressante qu’elle soit, cette question, pour l’heure, a une faible maturité.

Il y a aussi la question des prisonniers. Depuis de nombreuses années, je partage le sentiment de tous ceux qui, à titre humanitaire, acceptent aisément l’idée qu’il conviendrait qu’ils fussent rapprochés de leurs familles. Afin de ne pas ajouter de la vengeance à une privation de liberté normale mais toujours douloureuse pour eux-mêmes et leurs entourages. Cette question était dans le dialogue ; il est dommage que les débats aient été si longs.

Les fils du dialogue sont plus faciles à rompre qu’à nouer ou à renouer. Fallait-il discuter ? Oui. Faudra-t-il tenter à nouveau ? Certainement. Forcément. Mais chat échaudé craint l’eau froide. Et la précipitation est mauvaise conseillère.


 
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