Bains, soins, repas, pose de broches, baignade, les animaux sauvages qui transitent par le centre Hegalaldia sont au centre de toutes les attentions des deux animateurs du lieu. Après des débuts chez un particulier à Uhart-Cize, l’association s’est installée dans un lieu isolé d’Ustaritz. Ici les conditions sont optimales. "Il y a 42 centres en France, nous sommes dans les trois premiers. Nous sommes aussi l’un des deux seuls centres qui peuvent accueillir toutes les espèces, la réglementation étant très stricte à ce sujet", explique Stéphan Mauray, l’un des deux responsables de Hegalaldia.Si le centre de sauvegarde de la faune sauvage fonctionne depuis plusieurs mois maintenant, c’est mercredi qu’il a été officiellement inauguré. Les personnes présentes ont donc eu le privilège d’une visite du lieu. "C’est vraiment exceptionnel car nous ne sommes pas ici dans un zoo. Ce lieu est fait pour soigner et réhabiliter la faune sauvage, il ne se visite pas", a précisé le responsable.
Les visiteurs ont aussi eu le privilège d’assister au lâcher d’un faucon crécerelle et d’un faucon émerillon resté plus de deux mois en volière. Les deux volatiles se sont immédiatement élancés avant de se poser sur un arbre un peu plus loin. "Ils doivent prendre connaissance du lieu", explique Stephan Mauray.
Un peu plus loin, c’est l’heure des exercices de thalassothérapie pour les deux Guillemots de Troil en séjour à la clinique de la faune sauvage. Comme tous les oiseaux marins qui séjournent à Hegalaldia, ils sont arrivés mazoutés ou couverts d’huile alimentaire. Deux bénévoles les plongent dans l’une des trois grandes piscines du centre pour qu’ils restructurent leur plumage.
"Quand on les lave, on déstructure le plumage et les oiseaux ne sont donc pas capables de nager de suite", indique le responsable du centre. Ils ont donc droit à des exercices de nage chaque jour. D’ailleurs l’un d’entre eux se jette sur le petit promontoire prévu à cet effet à l’intérieur de la piscine. "Il a senti que l’eau est rentrée entre ses plumes et sa chair, donc il sort de l’eau", expliquent les experts. Il faut trois à quatre jours après un lavage pour que l’oiseau redevienne étanche. Parfois on leur plonge aussi des petits poissons au fond de l’eau pour leur santé morale, car le lavage génère un fort stress chez les oiseaux marins. La chaîne de soins doit se réaliser en dix jours. Les oiseaux marins sont les plus fragiles à soigner, ils nécessitent beaucoup de manipulations. C’est avec eux que le centre compte "le plus de casse" en ne parvenant à en sauver que 50 à 60%.
En tout, une cinquantaine d’oiseaux mazoutés ont été soignés à Hegalaldia cette année, les trois quarts ont été recueillis entre janvier et mars.
"Dès qu’il y a du vent d’ouest, on récupère à coup sûr des oiseaux mazoutés. En effet, par temps de tempête, il n’y a pas de surveillance douanière, les nuages empêchent aussi le travail des satellites, donc tout le monde nettoie ses cuves", affirme Stephan Mauray.
En plus de la pollution due aux dégazages, les responsables du centre doivent faire face à un nouveau mal ces derniers temps. "Nous avons de plus en plus d’oiseaux atteints de botulisme, c’est une bactérie des eaux chaudes. Cette année, ça a duré six mois. Le réchauffement des eaux pose ce problème, la bactérie s’y développe rapidement" expliquent-ils.
Si le centre héberge actuellement des tortues, un goéland, un fouette-queue, s’il recueille de plus en plus de mammifères type écureuils, hérissons voire des animaux sauvages que les gens ont voulu domestiquer tels des serpents, lézards, perroquets, c’est quand même les soins aux rapaces qui ont fait la notoriété de Hegalaldia.
Du fond de la volière de 50 mètres où ils sont perchés sur des branches, trois vautours fauves, un milan noir et une buse variable regardent calmement les personnes qui défilent là-bas devant la porte pour les entrevoir le temps d’une seconde. Dans les trois volières de 26 mètres, se reposent également des buses, des faucons crécerelles ou des chouettes hulottes. La plupart ont été victimes de collisions avec des voitures ou des baies vitrées. Tous ont d’abord été soignés dans des box individuels avant d’être placés là. Un vétérinaire ostéopathe, deux vétérinaires sachant opérer et poser des broches travaillent bénévolement avec Hegalaldia.
L’objectif de l’association est que tous ses patients (ils étaient 500 en 2006, recueillis dans tout le sud Aquitaine et même en Ariège pour certains vautours) réintègrent leur milieu. S’agissant des vautours, beaucoup iront repeupler, via des programmes officiels de réintroduction, des régions de France (Verdon, Vercors) ou d’Italie. "On ne garde pas d’animaux éclopés à vie dans le centre, ce n’est pas possible", déclare Hegalaldia. Ceux qui ne pourront jamais retrouver leurs moyens sont donc euthanasiés.
Les gestesà faire età ne pas faire
Un animal blessé ne se traite pas de n’importe quelle manière. Avant de les acheminer jusqu’au centre Hegalaldia, chacun doit prendre quelques précautions. En premier lieu, il faut attraper l’animal avec une couverture ou un vêtement. Il est préconisé de lui couvrir la tête et si c’est un oiseau, de lui plaquer les ailes le long du corps. Il faut ensuite le placer dans un carton percé de trous et contacter au plus vite le centre Hegalaldia pour que le transfert de l’animal soit organisé ensemble.
En revanche, il ne faut en aucun cas mettre l’animal dans les bras d’un enfant, qui pourrait être blessé par une réaction de l’animal sauvage. Hors de question non plus de montrer l’animal à tous les curieux, un animal blessé pouvant être cardiaque et mourir avec le stress. Enfin, il ne faut pas le forcer à boire ou à manger ni lui faire de soins.
Les responsables d’Hegalaldia rappellent que la plupart des animaux sont protégés par la loi et que leur détention par des particuliers est interdite.