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Le JPB > Culture 2007-01-05
2007, l’odyssée de l’espèce aux Chimères
·Le théâtre des Chimères déroulera en trois actes son "cycle d’interrogations" pour cerner l’identité de l’espèce humaine

Bonne année et pour la santé, on n’est plus trop sûr.En 2007, l’odyssée de l’espèce se poursuit au théâtre des Chimères avec trois nouveaux actes.Une quête méthodique et implacable, à l’affût de l’Homme.Une traque pour cerner l’identité de l’espèce humaine et l’interroger dans ce qu’elle a de plus sombre, dans ses pulsions, ses comportements déviants, ses défoulements ou ses refoulements.

Après, notamment, une recherche sur les Troubles obsessionnels compulsifs et un Mamie mémoire qui évoque la maladie d’Alzeihmer et se répétera pendant plusieurs saisons, l’année qui débute au théâtre des Chimères poursuivra ce "cycle d’interrogations", de dépistage des attitudes borderlines et surtout de pistage dans les plates-bandes de Shakespeare, dans les sanctuaires d’Anton Tchekhov, dans les camps retranchés d’Édouard Bond et jusque dans les chasses gardées de Sigmund Freud.Bonne année 2007, on va bien rigoler dans les réserves giboyeuses de l’instinct humain.Et pour la santé, on attend les premières expérimentations.

Expérimentation

Avec une rigueur presque médicale, le meneur des Chimères, le docteur Jean-Marie Broucaret, va commencer ses expérimentations comme il se doit quand on a passé avec brio les premiers tests de laboratoire.La prochaine étape concerne donc les grands singes et leurs systèmes de communication, si semblables à celui des humains, qu’ils pourraient en révéler les angles morts.La méthode est simple : puisqu’il s’agit de s’interroger sur la nature humaine, il convient d’abord de prendre en exemple les singes les plus semblables à l’homme.Bonobos, chimpanzés, gorilles et orangs-outangs seront ensuite plongés sans vergogne dans le royaume de l’intrigue de William Shakespeare.C’est dans ce cadre humain et noueux qu’ils devront se débattre, avec leurs sens aigus de la politique, mais aussi de la destruction, de l’autodestruction et finalement de la réconciliation."Par exemple, les bonobos font l’amour pour désamorcer les conflits" s’amuse Jean-Marie Broucaret en prédiction des dissensions qui ne manquent jamais de diviser les personnages shakespeariens.

Pour singer ces grands semblables, il conviendra d’abord de "les rejoindre sur un plan physique" selon les souhaits de Jean-Marie Broucaret. A charge notamment de deux stagiaires qui, dans le cadre d’un Groupement d’Employeurs pour l’Insertion et la Qualification initié cette année par les Chimères, présenteront un État de travail de cette expérience pour le Mai du théâtre d’Hendaye (lire aussi ci-contre).

Pour Jean-Marie Broucaret, comme pour Sigmund Freud en son temps, il s’agit de porter réflexion sur la faculté des hommes à dominer leurs pulsions de destruction. "Que nous apprennent ces grands singes sur nous-mêmes?" questionne Jean-Marie Broucaret.

Sans doute ces pulsions "instinctuelles" que révélait ce bon vieux Freud, et le refoulement qui les contiennent tant bien que mal dans la censure morale.Pulsion de vie et pulsion de mort."Quel est l’avenir de l’humanité si l’homme n’apprend pas à faire des contre-feux ?" s’interroge le metteur en scène des Chimères comme un prolongement à cette réflexion. "Quelle est la définition de l’espèce ?" "Est-ce que c’est la peine de dire Œmort au fascisme’ si on ne s’interroge pas sur l’identité de l’homme ?" "Peut-on échapper au déterminisme ?" Comme pour Freud, la réponse aux questions de Broucaret est sans doute dans la culture.

Société basque

Cette réflexion autour de la pulsion de destruction des hommes, se poursuivra dans une nouvelle création des Chimères, dans la dramaturgie guerrière et contemporaine d’Edouard Bond.L’auteur de La trame cachée a justement quelques idées sur l’art dramatique, depuis l’origine du théâtre, sa nécessité pour l’être humain, depuis les premiers efforts conscients du nouveau né.On est encore sur la piste de Sigmund.Sauf que, dans l’idée de Broucaret, ce travail sur le dramaturge anglais servira de prolongement à une réflexion sur la société basque.Une transposition qui, comme dans le cas du Cercle de craie caucasien de Bertolt Brecht, se fera en langue basque, avec des comédiens des deux côtés de la frontière. Une idée née bien avant que le processus de paix ne reçoive un coup de canif mais dont l’actualité peut aussi éclairer le théâtre de Bond, et vice-versa.

Enfin, et toujours dans ce même "cycle d’interrogations", Les Chimères s’attaqueront à l’alcoolisme et à l’addiction en adaptant le tragi-comique de la pièce Oncle Vania d’après Anton Tchekhov.Encore une façon de chercher les clés de l’identité dans un comportement déviant. Une bonne année en perspective.Et la santé surtout...



Les Chimères dans l’insertion
Le théâtre des Chimères a décidé de former, avec le TNT et la Compagnie Gilbert Tiberghin de Bordeaux, et le groupe Merci de Toulouse, un Groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (GEIQ). Il s’agit de se regrouper pour proposer à des stagiaires rémunérés, de recevoir une formation pratique dans ces entreprises partenaires.Une façon de répondre aux attentes des jeunes comédiens qui sortent du Conservatoire et sont le plus souvent contraints à l’exil ou à créer leur propre compagnie, faute de travail.Les sept stagiaires évolueront dans les trois compagnies durant toute l’année, comme dans un lieu d’insertion professionnelle, ce qui leur permettra également de cumuler des expériences variées.Une façon d’entrer dans la réalité pratique d’une Compagnie, en mêlant les expériences.



Une saison pleine de reprises
Il faut croire que la dernière création des Chimères, Mamie mémoire, d’après le roman d’Hervé Jaouen, a reçu de bons échos auprès des programmateurs. La troupe basque s’apprête à la jouer pendant deux ou trois saisons. Une reprise longue qui risque de mettre du beurre dans les épinards du théâtre des Chimères. D’autant que le Cercle de craie caucasien, adaptation en basque de la pièce de Bertolt Brecht, reprendra la route pour la saison 2007/2008. Elle est déjà programmée à Narbonne, Nîmes, Tarbes, La Rochelle et sera vraisemblablement rejouée au Pays Basque nord ainsi qu’au Pays Basque sud.


 
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