Alors que son ministre de l’Intérieur affirmait mardi que le processus de résolution du conflit basque était "liquidé", le chef du gouvernement espagnol a laissé entrouverte la porte du dialogue lors de la visite qu’il a faite sur les lieux du sinistre qui a coûté la vie à deux ressortissants équatoriens. Au pied du terminal 4 de l’aéroport international de Barajas, complètement détruit samedi matin par une voiture piégée de l’ETA, José Luis Rodríguez Zapatero s’est déclaré "plus que jamais" déterminé à en "finir avec la violence".Après cet attentat "tellement grave", "mon énergie et ma détermination pour assister à la fin de la violence, pour parvenir à la paix sont aujourd’hui, si c’est possible, encore plus grandes", a déclaré le président. "Rien ni personne, ni ce que nous avons souffert le 30 décembre, ne peut avoir le droit de priver les Espagnols d’une vie sans bombes et sans violences", a ajouté M. Zapatero laissant entendre qu’il ne fermera pas totalement la porte du processus de dialogue.
"Et j’ai la ferme conviction que nous allons y parvenir", a-t-il poursuivi, assurant qu’il ne lui manquerait "ni l’énergie ni la détermination" pour atteindre l’objectif de la paix. "J’espère que dans ce but, nous pourrons compter sur le concours de tous les citoyens et de tous les partis politiques", a ajouté le chef du gouvernement.
M. Rodríguez Zapatero avait annoncé samedi, au soir de l’explosion, "la suspension de toutes les initiatives" liées au processus de paix, c’est-à-dire la négociation gouvernement-ETA ainsi que la voie de dialogue entre les partis politiques y compris Batasuna. Mais, conformément à ce que réclamait le Parti Populaire, le ministre de l’Intérieur Alfredo Perez Rubalcaba était allé plus loin en mettant un terme officiel et clair au processus. Il est "rompu, liquidé, terminé", avait-il annoncé.
Coup de semonce
Les propos d’hier du chef du gouvernement, plus ambigus, laissent penser qu’il est encore possible de ressusciter le processus ou de mettre en marche un nouveau processus dans les mois qui viennent. Le cabinet Zapatero réfléchit à l’hypothèse selon laquelle l’attentat de l’ETA visait plus à lancer un coup de semonce au gouvernement socialiste qu’à torpiller le processus.M. Rodríguez Zapatero prévoit de se rendre devant le Congrès pour informer les députés des détails de l’attentat et aussi pour s’expliquer sur sa stratégie antiterroriste. La déclaration du leader socialiste "n’est pas imminente", soulignait-on au Palais de la Moncloa, résidence gouvernementale. José Luis Rodríguez Zapatero souhaiterait "disposer des informations les plus complètes pour bien expliquer ce qui s’est passé".
Entre-temps, à côté de ce message ambigu, le chef de l’exécutif a adressé à la société espagnole un autre message plus concret en avertissant que la justice poursuivra sans relâche "les auteurs de cet attentat criminel et atroce". "Ce sont les règles de l’Etat de droit, les règles de la démocratie et de la loi" et "la justice est une voie fondamentale pour parvenir à la paix et à la fin de la violence", a-t-il dit.
"L’ETA a choisi le pire des chemins possibles". Mais "elle ne va rien obtenir" de cette façon, "car la démocratie ne se laisse pas intimider, aucune des institutions démocratiques ne se laisse intimider, et encore moins le gouvernement", a-t-il martelé lors de cette déclaration solennelle réalisée quelques heures après la découverte du corps d’un des ressortissants équatoriens disparus.
Batasuna a transmis hier ses condoléances à la famille de Carlos Alonso Palate, qui dormait dans sa voiture lorsque l’explosion s’est produite. La formation de la gauche abertzale a "regretté profondément" la perte d’une vie humaine et a partagé son "engagement déterminé avec l’effort collectif que nous tous devons réaliser pour que des telles situations aussi dramatiques ne se reproduisent plus". Batasuna a enfin insisté sur la nécessité d’impulser "un processus de solution porteur d’une paix juste et durable".
Les pompiers madrilènes cherchaient toujours hier soir le corps de Diego Armando Estacio, le deuxième Equatorien porté disparu. Des rassemblements ont été organisés au Pays Basque sud à l’appel du gouvernement de Vitoria-Gasteiz et de l’association des communesEudel.