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Le JPB > Pays Basque 2007-01-04
Batasuna: "le processus n’est pas rompu"

Le processus de résolution du conflit doit aller de l’avant. Voilà le message que Batasuna a lancé à Bayonne et à Donostia au cours de deux conférences de presse à la suite des déclarations de la veille du ministre espagnol de l’Intérieur,selon qui le processus est "liquidé". "De la part de Batasuna, le processus n’est pas rompu" a déclaré Xabi Larralde dans les bureaux bayonnais du parti de la gauche abertzale. "Il reste plus que jamais indispensable", a-t-il souligné tout en confirmant l’engagement de Batasuna pour que la dynamique de dialogue "puisse aller de l’avant".

Joseba Alvarez, responsable des relations internationales de Batasuna, a reconnu sur les ondes de la radio publique Radio Euskadi que l’attentat de Madrid "ne facilite pas le processus", mais qu’il ne faut pas renoncer au dialogue. "On avait conscience en septembre qu’il y avait une crise" et "nous n’avons cessé de le répéter", a-t-il souligné. "Jusqu’en décembre, nous disions que la situation n’était pas favorable mais de là à ce que soit commis un attentat comme celui de Madrid, je crois que personne ne s’y attendait", a déclaré Joseba Alvarez tout en ajoutant "qu’il faudra attendre les explications de l’ETA".

À Donostia, le porte-parole Pernando Barrena, a assuré qu’il n’y a "aucune certitude que le cessez-le-feu soit rompu" étant donné l’absence de communication du groupe armé et a insisté sur la nécessité de donner une impulsion au processus. Pernando Barrena a rappelé que "ce processus a été possible entre autres raisons parce malgré des situations difficiles, autant pour la gauche abertzale que pour le PSOE, nous avons maintenu une voie de dialogue politique". "Celui qui refuse le dialogue refuse la solution", a-t-il ajouté.

Un corps retrouvé

Interrogé sur l’analyse de Batasuna concernant l’attaque de l’ETA, Xabi Larralde a pour sa part évoqué le sort des deux Equatoriens, dont le corps de l’un d’entre eux a été retrouvé hier au soir: "Notre première pensée va aux personnes qui ont été touchées par cet attentat". Le porte-parole de Batasuna a aussi fait part des "préoccupations partagées en Pays Basque par tous les acteurs sociopolitiques " et a évoqué également la "responsabilité du gouvernement français dans cette situation critique".

"Nous n’avons cessé de répéter que ce processus était dans une situation critique. En neuf mois de trêve rien n’a avancé, l’espace de négociation politique qui devait se mettre en place n’a pas la moindre base", a déclaré Xabi Larralde, en soulignant "les mesures de harcèlement" appliquées à l’encontre la gauche abertzale: interdiction d’activité politique, inculpations et emprisonnements des dirigeants de BatasunaŠ "Nous voulons souligner plus particulièrement la responsabilité de l’Etat français vis-à-vis de cette situation critique. Alors que le gouvernement de Madrid a montré "quelques signes" positifs en faveur du processus, "Paris n’a pas bougé le moindre petit doigt, Paris n’a pas bougé d’un iota sa position". Xabi Larralde a cité l’exemple de l’initiative de la plate-forme Batera pour la réalisation d’un référendum, démarche ignorée par les autorités françaises. "Pour Paris le Pays Basque n’existe pas".

La responsabilité de chacun

Le porte-parole de Batasuna a également dénoncé que "les mesures de répression se sont multipliées pendant la trêve", "des peines d’une dureté extrême" ont été prononcées à Paris dont celles à l’encontre de deux avocats. Sans oublier le "harcèlement des militants basques" de la part du gouvernement français, "tel le cas de Filipe Bidart" à qui l’on refuse la libération conditionnelle.

"Nous espérons que chacun des acteurs du Pays Basque fera preuve de responsabilités dans les semaines qui viennent pour réenclencher un dialogue basé sur la confiance" a souhaité Xabi Larralde. "Il faut une réelle volonté pour apporter une solution politique à ce conflit, aussi, dans les jours qui viennent, nous allons solliciter des rencontres avec des acteurs sociopolitiques du Pays Basque et nous allons envoyer un message au gouvernement français où nous demanderons un changement de sa position à l’égard du Pays Basque".

Batasuna a confirmé qu’il présentera le 27 janvier au cours d’un meeting politique similaire à celui d’Anoeta en novembre 2004 qui avait rendu possible le début du processus sa proposition pour les trois provinces basques du nord qui se trouvent sur le territoire de l’Etat français. Selon Xabi Larralde, il s’agit d’un "message solennel au gouvernement français pour qu’il change d’attitude vis-à-vis du Pays Basque et reconnaisse son identité". "Nous ne pouvons permettre un nouveau cycle basé sur la négation" a-t-il dit. Cette proposition vise à "fixer les minima garants d’une reconnaissance et d’un respect de la part de la France" en partant "des réalités actuelles".

La rupture du processus, "le pire scénario"

La confirmation de la rupture du processus serait le "pire scénario possible" pour Batasuna. Jean-Claude Aguerre, membre du Bureau National, estime que le processus doit aller de l’avant pour ne pas tomber dans une période "sombre".

Une période d’absence de dialogue qui serait marquée par de nouvelles actions de l’ETA, par une prolongation de l’interdiction des activités politiques de Batasuna en Espagne, par une détérioration des conditions de détention des prisonniers, par des nouvelles mesures répressives... Une période qui ne serait qu’un retour en arrière. "C’est pour éviter ce scénario qu’il faut préserver le processus", a-t-il insisté. "Nous y avons tous intérêt".



Paris refuse de commenter l’arrêt du processus de paix
Le ministère des Affaires étrangères s’est abstenu de commenter la rupture du processus annoncée par les autorités espagnoles après l’attentat de Barajas. "S’agissant de la décision du gouvernement espagnol de mettre un terme au processus engagé avec l’ETA, elle relève d’une question de politique intérieure et d’une appréciation souveraine des autorités espagnoles. Elle n’appelle donc pas de commentaire de notre part", a déclaré à la presse le porte-parole du Quai d’Orsay, Jean-Baptiste Mattéi. Il a rappelé que le président Jacques Chirac avait réaffirmé mardi, dans un entretien avec le chef du gouvernement espagnol la "solidarité de la France avec l’Espagne".

À Bayonne, le secrétaire fédéral PS à l’antenne de Bayonne, Pierre Favraud, a tenu à préciser que "c’est l’ETA qui a enterré le processus de paix". Il a condamné l’attentat, réalisé parce que l’ETA "n’a pas obtenu la négociation de l’ensemble de ces revendications".

Les "points d’achoppement" sont selon Pierre Favraud, citant comme source la presse espagnole, "l’intégration de la Navarre et du Pays Basque français au processus ; soyons sérieux, il n’est pas envisageable d’intégrer des territoires qui ne se sentent pas concernés".

Le dirigeant socialiste s’est dit par ailleurs "étonné" de "certains silences". Il a cité les maires Jean Grenet, Didier Borotra et Robert Villenave ‹"seraient-ils gênés par leurs alliances municipales"‹, ainsi que le parti Abertzaleen Batasuna, dont Pierre Favraud ne doute pas qu’"il condamnera" l’attentat. À la différence de Batasuna qui "n’a pas condamné" et qui se situe "en dehors du périmètre de la démocratie".

Pour le PNB, "malgré l’attentat survenu à l'aéroport de Barajas, le chemin vers la paix doit être repris". Les nationalistes estiment que l’ETA est "l’unique responsable de cet attentat probablement mortel à condamner sans aucune réserve" et ajoutent que "le dialogue doit se poursuivre afin de promouvoir un scénario de paix plus complexe à réaliser que les actes de violence".

Eusko Alkartasuna Iparralde a pour sa part dénoncé ces "agissements criminels" de l’ETA qui "n’aident pas le processus de paix et de normalisation". Au contraire, ils "renforcent la position d’un puissant PP et de ses alliés divers toujours opposés à quelque dialogue que ce soit sur le fond du problème basque". EA a souligné que la mise en place de la "table des négociations au moins entre tous les partis politiques démocratiques est plus que jamais indispensable".


 
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