"Le processus, parce que l’ETA l’a voulu ainsi, est rompu", a annoncé le numéro deux du parti socialiste, José Blanco, lors d’une conférence de presse. "La volonté de dialogue de l’ETA est enterrée sous les décombres de Batajas", a-t-il insisté tout en ajoutant: "avec de la violence il n’y a pas de dialogue". Le responsable de l’organisation du PSOE a donc durci le ton par rapport aux déclarations réalisées par le chef du gouvernement, José Luis Rodríguez Zapatero, qui n’avait parlé que de "suspension" [lire notre édition d’hier]. Ces propos avaient été qualifiés hier matin d’"erreur absolue" par le secrétaire à la communication du Parti Populaire, Gabriel Elorriaga, interviewé à la radio épiscopale Cope. Pour le gouvernement "rien n’a changé", a-t-il critiqué: "M. Zapatero maintient son invitation à la négociation" avec l’ETA.
Le président du PP, Mariano Rajoy, avait déjà durement critiqué dimanche le chef du gouvernement socialiste. "La réponse ne peut pas être: Je suspends la négociation. Mais elle devrait être: je romps avec l’ETA, j’applique la loi avec tous les partis et tous les Espagnols, et je vais livrer cette bataille", avait-il lancé.
Certes, la pression de la droite a joué dans cette rectification du tir qui s’est produite à la direction du PSOE. Mais les pressions internes ont également joué. En effet, au sein de cette formation il existe aussi des voix discordantes à propos du processus entamé par le chef socialiste. Le quotidien El País, proche du PSOE en est un exemple. Depuis le début du processus, la ligne éditoriale de ce quotidien de référence en Espagne ne s’est pas montrée très enthousiaste sur le chemin entrepris par le président espagnol.
Hier, ce journal donnait des pistes sur ce que José Blanco allait annoncer à la presse au cours de la journée: "Après l’attentat de l’ETA, Zapatero estime que le processus de fin du terrorisme par le dialogue est liquidé".
Un autre processus
En parlant samedi de "suspension", le chef du gouvernement a "beaucoup pesé son expression pour bien signifier que la rupture était le fait des terroristes et non celui du gouvernement", selon El País. "Si les circonstances changeaient totalement dans le futur, il pourrait y avoir un autre processus, mais ce ne sera pas le même", ajoutait ce quotidien citant une "source gouvernementale".Mais cette nouvelle tentative serait basée "sur une nouvelle résolution" du Parlement. Le processus en cours reposait sur une résolution du Parlement qui avait en mai 2005 autorisé l’exécutif à entamer un dialogue avec l'ETA si l’organisation armée manifestait sa claire intention de renoncer à la violence. Le numéro deux du PSOE a annoncé également hier que le ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, allait rencontrer "toutes les forces politiques pour chercher des initiatives communes qui nous conduisent à une unité d’action face au terrorisme".
Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue le soir, Alfredo Pérez Rubalcaba a confirmé qu’il avait déjà contacté les porte-parole des groupes parlementaires et qu’il allait les rencontrer un par un à partir de mardi prochain, en commençant par celui du Parti Populaire pour chercher une "stratégie commune" face à la nouvelle donne. Le ministre a également corroboré l’annonce de José Blanco. Si la droite "veut que l’on dise que le processus est rompu, évidemment qu’il est rompu, qu’il est liquidé, évidemment qu’il est liquidé, qu'il est terminé, évidemment qu’il est terminé", a-t-il déclaré. Il a également corroboré l’annonce de José Blanco. "C’est l’ETAqui a rompu, liquidé et mis un terme au processus de paix. Une fois ceci éclairci, ce serait fantastique de nous mettre tous au travail pour mettre fin à la violence en Espagne", a-t-il dit en référence à la politique hostile du PP.
Mais le Parti populaire a jugé cette réaction insuffisante. Le secrétaire des libertés publiques du PP, Ignacio Astarloa, a exigé que José Luis Rodríguez Zapatero fasse "une déclaration formelle de rupture du processus", et a déploré que le ministre de l’Intérieur n’entame pas immédiatement sa consultation des partis politiques. "Cela ne nous paraît pas une bonne idée pour la gestion de la crise que nous sommes en train de vivre que soit repoussée jusqu’à la semaine prochaine l’information que doit donner le gouvernement aux forces politiques, et en particulier au Parti populaire", a-t-il déclaré.
Parmi les voix appelant à maintenir ouverte les voies du dialogue, on peut citer celle du ministre basque de la Justice, Joseba Azkarraga (EA) selon qui "il faut continuer à parier sur le dialogue et la négociation".
Le porte-parole d’Esquerra Republicana de Cataluyna, le parti de la gauche catalane, a lui aussi demandé le maintien du dialogue "malgré l’irrationalité de l’ETA". Joan Ridao a regretté l’absence de "gestes" de la part de Madrid, en référence à la demande de rapprochement des prisonniers politiques basques et a estimé que le processus se trouve dans un contexte similaire à celui des négociations entre Londres et l’IRA, quand en 1996 ce dernier a fait exploser un camion piégé au c¦ur de la City de Londres, le centre financier de la capitale.
"La solidarité de la France"
Par ailleurs, selon l’Elysée, le président de la République française s’est entretenu au téléphone avec le chef du gouvernement espagnol pour lui exprimer sa "très ferme condamnation de l’attentat terroriste dont a été victime l’Espagne". Jacques Chirac a également "réitéré la solidarité pleine et entière de la France".