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Le JPB > Sujet à la une 2007-01-02
L'explosion à l'aéroport de Madrid révèle un processus en crise
·Le chef du gouvernement espagnol "suspend toutes les initiatives" liées au dialogue avec l'organisation armée basque ETA

"Le processus n'est pas rompu" estime Batasuna tout en ajoutant qu'au contraire il est "plus que jamais nécessaire"

La bombe qui a fait sauter un étage d’un parking de l’aéroport de Madrid samedi matin révèle que le processus de résolution du conflit basque se trouve dans une crise profonde. Neuf mois après l’annonce par l’ETA de la mise en place d’un cessez-le-feu permanent, la voie du dialogue n’a presque pas avancé ni au niveau politique, c’est-à-dire entre les différents partis politiques, ni au niveau technique ou militaire, qui engage l’organisation armée basque et l’Etat espagnol.

Une première réunion était prévue en été, mais finalement la rencontre entre les émissaires de Madrid et les représentants de l’ETA n’a pas eu lieu. Alors que la gauche abertzale tirait sur la sonnette d’alarme annonçant que le processus rentrait dans une crise, le gouvernement espagnol a préféré donner une version plus optimiste de l’état des lieux. Pourtant, la recrudescence de la kale borroka, le vol d’armes à Nîmes au mois d’octobre et surtout l’absence d’une première réunion officielle entre Madrid et l’ETAa forcé l’exécutif de José Luis Rodríguez Zapatero à admettre que la situation était "délicate".

Une situation délicate dont le responsable, aux yeux de la gauche abertzale, n’est autre que José Luis Rodríguez Zapatero à qui il est reproché de ne pas avoir désactivé la Loi sur les Partis politiques ayant servi à l’interdiction de Batasuna, de maintenir le volet répressif tant au niveau policier qu’au niveau judiciaire, de ne pas faire de geste par rapport à la situation des prisonniers politiques basques, et surtout de freiner la constitution de la table de dialogue entre les formations politiques basques.

Déclaration et bombe

Un contact préliminaire en décembre avec des émissaires de l’ETA a permis au gouvernement socialiste de reconduire médiatiquement la situation: la première rencontre officielle aurait lieu au cours du mois de janvier. Vendredi, face aux constants avertissements de la gauche abertzale sur la précarité du processus et sur l’impossibilité de faire avancer les choses, le chef espagnol a souhaité lancer un message d’optimisme à la société: "La situation sera meilleure dans un an" [lire notre édition du samedi 30 décembre 2006].

Le lendemain de ces déclarations, la bombe que l’ETA a fait exploser dans le parking de l’aéroport madrilène de Barajas vient remettre en question les propos optimismes du président Zapatero. Ce n’est pas que le processus n’aille pas bien: le processus ne fonctionne pas du tout.

On pourrait penser qu’en faisant exploser cette voiture piégée l’ETA a rompu le cessez-le-feu décrété en mars, mais en attente d’un communiqué de l’organisation expliquant l’action les analystes estiment qu’il s’agit plutôt d’un "avis" lancé au gouvernement. Cela expliquerait pourquoi il n’y a pas eu de communiqué préalable annonçant la levée de la trêve et donc la reprise des actions armées. Le fait que le commando ait prévenu la police en laissant un délai de plus d’une heure pour permettre l’évacuation du parking fait penser aux analystes que l’organisation ne voulait pas faire de victimes.

L’attentat de samedi serait un message destiné au gouvernement Zapatero pour lui rappeler que le processus n’est pas du tout irréversible et que, même si le cessez-le-feu est maintenu, il pourrait ne plus durer très longtemps.

Mais ce n’est qu’une interprétation. La seule certitude est la riposte du gouvernement, dont le président a ordonné "la suspension de toutes les initiatives liées au développement" du processus de paix avec l’ETA. Au cours d'une conférence de presse à Madrid, José Luis Rodríguez Zapatero a exprimé sa "condamnation la plus énergique de cet attentat" qu’il a jugé "totalement incompatible" avec le "cessez-le-feu permanent" décrété par l’organisation armée le 22 mars. "En conséquence, j’ai ordonné de suspendre toutes les initiatives liées au développement" du dialogue avec l’ETA, a ajouté le présidentZapatero.

La situation du processus de résolution du conflit basque "est bien pire aujourd’hui qu’hier", a-t-il reconnu en faisant référence à ses propos de vendredi.

"La condition pour le dialogue était, et demeure, la volonté sans équivoque de l’ETA de renoncer à la violence", a-t-il souligné, laissant la porte ouverte si, "dans le futur", l’organisation basque faisait preuve de cette volonté. Le chef du gouvernement a exprimé sa "peine" aux personnes affectées par l’explosion, en particulier "aux familles et amis des deux personnes qui ont pu perdre la vie". Il faisait référence à deux ressortissants équatoriens portés disparus dans les décombres du parking du terminal 4 de l’aéroport de Madrid-Barajas. "Aujourd'hui a été un jour difficile", a ajouté le chef socialiste espagnol. "L’acte d’aujourd’hui est le plus inutile, et la plus grande erreur qu’ont pu commettre les terroristes".

Le PP contre-attaque

Ces déclarations du chef du gouvernement espagnol n’ont pas suffi au leader de l’opposition conservatrice, qui a profité de la situation pour contre-attaquer dans le cadre de la lutte médiatique ouverte dans les médias espagnols de droite contre le processus de paix. Mariano Rajoy a demandé à l’exécutif socialiste de "rompre avec l’ETA" et de lui "livrer bataille". "La réponse ne peut pas être: Je suspends une négociation", a déclaré le président du Parti Populaire en Galice, en critiquant l’annonce de "suspension" du processus de paix.

Cette réponse "devrait être: je romps avec l'ETA, j'applique la loi avec tous les partis et tous les Espagnols, et je vais livrer cette bataille", a estimé Mariano Rajoy à Pontevedra, à l’issue d’un rassemblement silencieux pour condamner l’attentat de Madrid. Le chef de la droite espagnole a demandé au gouvernement de "revenir à la raison et au sens commun". Mariano Rajoy a ainsi repris l’idée qu’il avait lancée samedi lorsqu’il était interrogé sur l’explosion de Barajas: "mettre fin à tout contact avec l’organisation terroriste ETA, arrêter toute négociation avec ses membres et revenir à la force de l’Etat de droit".

Les médias conservateurs critiquaient le fait que le président Zapatero ait laissé la porte entrouverte à une reprise future des négociations avec l’organisation armée en n’annonçant qu’une "suspension" et non une rupture totale du processus de dialogue avec l’ETA.

"L’ETA est la seule responsable de la rupture de la trêve", a déclaré pour sa part Josu Jon Imaz, le président du PNV). Il a stigmatisé l’attitude d’Arnaldo Otegi pour n’avoir pas condamné l’attentat de Barajas.

Pour le dialogue

Pour le maire socialiste de Donostia,Odon Elorza, "ce n’est pas le moment de faire un pas en arrière, ce n’est pas l’heure des faiblesses". "C’est le moment de renforcer la démocratie et de continuer à penser que même si la situation actuelle est difficile, il faudra construire la paix entre tous", a-t-il ajouté en référence à la nécessité du dialogue.

L’ETA "a rendu amère cette fin d’année", mais "ne nous a pas ôté l’espoir", a pour sa part estimé le lehendakari Juan José Ibarrexte faisant appel au dialogue entre toutes les forces politiques y compris la gauche abertzale.

Le gouvernement basque avait indiqué samedi ne pas vouloir considérer la trêve de l’ETA comme rompue. "Le gouvernement basque ne peut et ne veut pas considérer comme rompu le processus de paix", a déclaré sa porte-parole, Miren Azkarate, lors d’une conférence de presse à Donostia-Saint-Sébastien.

Mais "s’il y a des bombes, il n’y pas de trêve et s’il y a trêve, il ne peut y avoir de bombes", a-t-elle ajouté tout en annonçant que Juan José Ibarretxe convoquerait dans les prochains jours un conseil politique pour "analyser la situation et adopter les mesures nécessaires".



Une autre bombe risque d’exploser
La bombe qui a explosé samedi à Barajas n’est pas la seule à bouleverser et à mettre en danger le processus de résolution du conflit. Il y en a au moins une autre: le prisonnier politique Iñaki de Juana Chaos. En grève de la faim pour dénoncer sa condamnation à treize ans de prison pour deux tribunes libres, ce militant arrive aujourd’hui à sa 57e journée de jeûne.

Les médecins ont déjà prévenu sa famille du risque qu’il encourt, car son état de santé est très délicat [lire notre édition de samedi dernier]. Il ne faut pas oublier que lorsque ce Donostiar est entré en grève de la faim il venait tout juste de finir un jeûne de deux mois.

Très affaibli, attaché au lit de l’unité de Nutrition de l’hôpital madrilène Doce de Octubre, Iñaki de Juana Chaos peut être victime d’un malaise cardiaque. Et si jamais cette grève de la faim tourne mal, l’onde expansive peut finir par démolir les piliers de ce processus basque déjà très affaibli.

L’exécutif espagnol a le temps de désactiver cette bombe en appliquant une mesure de grâce sur ce prisonnier qui avait déjà purgé sa peine avant d’être mis en examen pour deux lettres d’opinion diffusées dans la presse.



Le processus de paix n’est pas rompu, selon Batasuna
Le processus de résolution du conflit basque "n’est pas rompu", a affirmé samedi le leader de Batasuna, Arnaldo Otegi, accompagné de Xabi Larralde, Joseba Permach et Jone Goirizelaia. "Le processus n’est pas rompu. C’est quelque chose que nous voulons dire avec la clarté la plus absolue", a déclaré Arnaldo Otegi lors d’une conférence de presse à Donostia-Saint-Sébastien, jugeant au contraire qu’il était "plus nécessaire que jamais".

Arnaldo Otegi a par ailleurs exprimé "au nom de la gauche abertzale" sa "solidarité avec toutes les personnes touchées" par l’explosion et a fait part de sa préoccupation. Le leader de Batasuna a rappelé le contexte dans lequel cet attentat a eu lieu, un contexte dans lequel le gouvernement espagnol n’a pas pris ses responsabilités. Car l’exécutif de Madrid "n’a fait aucun geste", notamment dans le domaine pénitentiaire, pour le rapprochement des prisonniers politiques et la mise en liberté de ceux qui ont accompli leurs peines ou sont atteints de maladies graves. Arnaldo Otegi a évoqué le cas dramatique d’Iñaki de Juana Chaos, en grève de la faim depuis le 7 novembre dernier [Lire par ailleurs]. Le leader de la gauche abertzale a rappelé qu’il avait lancé ces derniers mois de multiples avertissements sur les "graves blocages" du processus en raison, d’un "manque d’engagement et de volonté" de la part du gouvernement Zapatero. Il a toutefois insisté sur le fait que l’attentat ne signifie nullement un "retour au scénario d’avant le 24 mars", quand le "cessez-le-feu permanent" annoncé par l’ETA deux jours auparavant était entré en vigueur.

Arnaldo Otegi a par ailleurs annoncé de "nouvelles initiatives" de la gauche abertzale pour tenter de relancer le dialogue.


 
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