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Le JPB > Pays Basque 2006-12-30
La "maison des abattoirs", le nouvel abrides sans domicile et des travailleurs pauvres
·Ouverte le 15 décembre la nouvelle structure remplit correctement sa fonction mais le problème du logement reste entier

La "maison des abattoirs", appelée aussi "centre du Lazaret", est la nouvelle structure d’accueil des sans-abri qui leur offre un toit pour la nuit. Le centre fonctionne à plein régime depuis son ouverture le 15 décembre dernier.

Située dans le quartier de Blancpignon, la maison et le personnel qui s’en occupe ont vécu les sept derniers jours comme à l’accoutumée, sans hausse ni baisse particulière concernant le nombre de personnes à la recherche d’un lit et d’un endroit chaud. Pourtant le niveau 2 du plan grand froid avait été déclenché vendredi avant de revenir au niveau 1 ce mardi. Et du côté du Pays Basque sud, un sans domicile a été retrouvé mort de froid à Donostia (voir encadré).

Christian Murat, responsable du centre à Blancpignon, nous donne son avis sur la situation actuelle du centre, "tous les soirs, depuis le 15 décembre, nous accueillons 20 personnes, hommes et femmes, à la "maison des abattoirs", plus huit que l’on monte à Emmaüs. On arrive à loger tout le monde. Nous n’avons jusqu’à présent refusé personne." Christian Murat ajoute, concernant plus spécifiquement le dispositif grand froid, "que le préfet décide de passer à tel ou tel niveau ne change rien. Ce n’est pas parce qu’on revient au niveau 1 que nous allons refuser du monde et laisser 10 lits inoccupés sous prétexte qu’on les garde pour le cas ou l’on passerait au niveau 2. On a un nombre de lits et si on doit tous les utiliser, on les utilise...quel que soit le niveau du plan hivernal".

Fréquentation stable

Sur la fréquentation du centre, comme on l’a vu, les chiffres sont stables depuis le début, ce qui n’est pas le cas à quelques kilomètres de là en Pays Basque sud, ou ces derniers jours ont été témoins d’une augmentation significative des personnes sans abri en difficulté à cause du froid. "À Bayonne, on ne sent pas cet afflux supplémentaire de personnes", précise Christian Murat.

C’est la première année de fonctionnement de la "maison des abattoirs", ce sont même ses premiers jours de fonctionnement, puisque la maison a ouvert ses portes le 15 décembre. Aux dires de son responsable ce nouveau lieu a contribué à un mieux-être, "autant l’an dernier quand nous étions dans notre cabane de chantier les gars étaient sous tension. Aujourd’hui dans la maison, personne n’a envie de "foutre le bordel". Tous respectent le lieu. Un local qui accueille enfin dignement les sans domicile."

Les SDF médiatiques

Le problème des SDF s’invite depuis le début de la semaine dans le débat public avec l’action menée par l’association les Enfants de Don Quichotte. Ils ont en effet installé avec fracas médiatique des centaines de tentes le long du canal Saint Martin à Paris pour loger les SDF. À la suite de cette action, la ministre déléguée à la Cohésion sociale Catherine Vautrin a annoncé mercredi l'extension des horaires d'ouverture des centres d'accueil d'urgence pour les SDF et le quadruplement dans les mois qui viennent du nombre de places en hébergement de "stabilisation".

Même si Bayonne est toujours aussi loin de Paris, cela n’empêche pas Christian Murat d’avoir son avis sur tout ce "ramdam" médiatique autour du problème des SDF, "même si je suis 100% avec l’association Don Quichotte, je déplore qu’avec tout ce bruit médiatique autour on reste dans le superficiel. On oublie les 100000 personnes qui logent dehors en France, on n’en parle plus. Concernant les annonces de Mme Vautrin, si elle possède le carnet de chèques, banco. Je lui rappelle qu’ici à Bayonne nous n’ouvrons que le soir, car nous n’avons pas les travailleurs sociaux nécessaires pour assurer l’accueil en journée. La Maison des abattoirs coûte 80000 euros actuellement en frais de fonctionnement. Si Mme Vautrin est prête à financer le double, je prends." Christian Murat veut, au travers de cette déclaration, attiré l’attention sur le problème du logement en rappelant la situation absurde de certaines personnes qui travaillent sans pouvoir se loger.

Travailleurs pauvres

Des travailleurs pauvres qui ne sont pas absents au Pays Basque "comme cette aide-soignante de Cambo qui gagne 1000 euros par mois, et qui ne trouve pas de logement. Elle est obligée de dormir dans un camping avec son enfant. Une gamine qui se retrouve seule le week-end au camping, quand sa mère part au travail", ou encore "ces deux personnes que nous devions réveiller ce matin au centre car ils travaillent tôt la journée".

La seule accalmie à venir pour toutes ces personnes au devenir précaire viendra sans doute du ciel. Météo France prévoit en effet un redoux qui devrait permettre à tous les mal logés, du moins au Pays Basque de passer un "réveillon" du nouvel an sans souffrir du froid.



Un sans-abri meurt de froid à Donostia
Francisco Barrena, est mort de froid le 15 décembre dernier à Saint-Sébastien après avoir passé dans la rue plusieurs nuits dans un froid intense. C’est un bénévole du secrétariat Social Diocésain Justice et paix de Donostia, Ramón Balenziaga, qui amena avec sa voiture particulière le SDF à l’hôpital sans qu’auparavant aucun service d’urgence ne soit venu le récupérer pour l’évacuer vers un endroit protégé du froid. Des services que Balenziaga avait pourtant alertés sur le cas de Barrena. La nuit du 14 au 15 décembre, Barrena refusa d’aller dans un centre. Préoccupé par le fait qu’il pouvait mourir, Balenziaga alla lui rendre visite vers 5h du matin. Il le trouva allongé sur un banc public, faible et immobile, parlant d’une voix à peine audible. Balenziaga emmena alors Francisco à l’hôpital de Donostia avec sa voiture particulière. Il fut admis souffrant d’hypothermie, d’hypoglycémie et d’hypotension. Alors qu’il semblait récupérer, Francisco eut un arrêt cardiaque à 10h du matin. L’équipe médicale réussira à le réanimer, sans pour autant sortir l’homme de son inconscience. Francisco décédera à 20h ce 15 décembre 2006.


 
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