La nouvelle politique linguistique se construit sur un socle de 2M€
·Max Brisson s’est réjoui de l’augmentation du budget de 20 %, souhaitant que cette base puisse évoluer dès 2008
L’Office public de la politique linguistique a fixé le budget de la nouvelle politique linguistique 2007-2010. Grâce à une augmentation de 20% de la contribution des différents partenaires, le seuil des 2 millions d’euros par ans a été dépassé pour les quatre prochaines années. Le Conseil général, le Conseil régional et l’Etat mettront 30 %du budget chacun, soit 100 000 euros de plus par an, 620 000 euros chacun. Le Syndicat intercommunal de soutien à la culture basque accompagne également la hausse avec 9% du budget.Pourtant, le Conseil général avait programmé 650 000 euros par an dans son budget 2007, soit 30000 euros de plus que l’apport final. Le sous-Préfet assure que ce n’est pas l’Etat qui a limité la hausse (voit par ailleurs). Vincent Bru, président du Syndicat intercommunal, affirme que les communes sont prêtes à en faire davantage même si leur participation a doublé en deux ans... "C’est une décision collective et d’ailleurs, il n’est pas sûr que l’on arrive à dépenser les 2 millions d’euros sur des projets de qualité", explique maladroitement François Maitia, vice-président du Conseil régional. "Non, la nouvelle politique linguistique n’est pas bridée. Non, le budget de la politique linguistique ne se limite pas au financement de l’Office public de la langue basque, et heureusement d’ailleurs", a souligné Max Brisson président de l’Office. "L’Office public doit servir de levier de la politique linguistique, mais ne doit pas être le moyen pour que les autres partenaires se dédouanent" a expliqué Jean-Claude Iriart, désormais directeur à plein-temps de l’Office public. Les responsables de l’Office public ont estimé que la nouvelle politique linguistique ne sera efficace que si tous les partenaires de l’Office public s’impliquent et destinent des financements à la langue basque. A l’image de l’Education nationale qui finance 300 postes d’enseignants bascophones, qui représentent un budget de près de 15 millions d’euros, les autres structures devront faire de même, selon Max Brisson et Jean-Claude Iriart. Et de citer l’exemple de la mise en place d’un réseau bascophone de la petite enfance ou la formation au basque des agents communaux. Néanmoins, et pour que "l’effet de levier" soit plus important, le président de l’Office n’exclut pas de revoir les statuts, "afin qu’elles ne limitent pas la participation financière de chacune des institutions qui voudraient en faire plus pour la langue". "La nouvelle politique linguistique se construira sur un socle de 2 066 000 euros, qui devra évoluer, si possible dès l’année prochaine" ont estimé Max Brisson et François Maitia. 306 000 euros seront destinés aux activités initiées par l’Office public ou par les collectivités locales en partenariat avec l’Office; 460 000 euros seront pour le fonctionnement et la mise en place du réseau de techniciens de la langue basque avec 7 agents ; 300 000 euros seront destinés au centre pédagogique Ikas. Par ailleurs, un appel à projets sera lancé, afin de décider des aides aux projets portés par les opérateurs associatifs. Un fond sera alimenté par un million d’euros, auquel les financements du Gouvernement de la Communauté Autonome Basque viendront s’ajouter. Enfin, une aide exceptionnelle de 30 000 euros a été décidée pour venir en aide à Gure Irratia et une étude sur les conditions de réception des émissions de la chaîne en langue basque d’ETB en Pays Basque nord sera réalisée afin d’en améliorer la qualité.
Le projet
Le projet de politique linguistique 2007-2010 a été adopté à l’unanimité après trois heures de débat jeudi soir. La version définitive sera dévoilée en début d’année, en ajoutant toutes les contributions des opérateurs.Max Brisson a retracé les traits essentiels du projet Euskara 2010. Une introduction générale rappelle en préalable les étapes successives de la structuration de la politique linguistique, les principes plus politiques qui prennent en compte les éléments de contexte géopolitique, sociolinguistique et juridique ainsi que le caractère concerté et partagé de son élaboration et de sa mise en oeuvre. La nouvelle politique linguistique s’appuiera sur trois axes définis sur 12 enjeux. La transmission de la langue par la transmission familiale ; la petite enfance et l’enseignement ; l’usage social de la langue par les médias, les loisirs, l’édition, la toponymie et la vie publique ; la vitalité de la langue par l’apprentissage aux adultes ; la qualité de la langue ; la recherche et la motivation. Pour chacun des enjeux des orientations stratégiques ont été fixées. En conclusion, le projet prend acte de la nécessité de procéder à une évaluation précise de la mise en oeuvre, afin de mesurer son impact sur la situation de la langue basque et son adéquation aux objectifs visés, par la mise en place d’indicateurs.
EHE : "Il est temps de faire un bond en avant"
Le manque d’officialité de la langue basque "réduit les bascophones à être des citoyens de deuxième catégorie" ,selon Euskal Herrian Euskaraz, association pour l’officialisation de la langue basque, qui constate que la langue basque n’est pas reconnue au même titre que le français. Le fait d’être traité de par la loi comme langue de "deuxième catégorie" est à l’origine des attitudes qualifiées de "méprisantes" selon Yves Machicote, évoquant le dernier débat à l’assemblée nationale sur le changement de l’article 2 de la Constitution, l’attitude du directeur régional de la SNCF comme les différentes positions exprimées cette dernières années par des magistrats à l’encontre de l’euskara. "En ne demandant pas l’officialisation de la langue basque, l’Office public contribue à cet état de fait" selon Euskal Herrian Euskaraz, qui rappelle que la loi reconnaîtrait les droits des locuteurs, qui serait applicable à tous les niveau de la vie publique. En ce qui concerne l’Office public de la langue, EHE dénonce le fait que "l’Office se soit lancé dans une campagne médiatique qui n’a d’autre but que de faire semblant de faire quelque chose pour la langue, alors qu’ils n’en ont pas les moyens". Euskal Herrian Euskaraz estime que les deux Etats "souhaitent gérer la disparition de la langue basque". Unai Larreategi a pour sa part estimé que la politique linguistique doit répondre à la volonté des citoyens du Pays Basque, souhaitant que les Etats respectent leur volonté. Sans en rester aux "déclarations de bonnes intentions", EHE estime qu’il est temps de "faire un bond en avant" afin que la langue basque soit officiellement reconnue, "l’officialisation, la possibilité de donner à tous et à chacun de nous les moyens d’apprendre et de pratiquer le basque, étant le seul moyen de sauvegarder et de développer la langue".
Plaisanterie
Yves Machicote en a profité pour évoquer le démontage de panneaux unilingue en début de mois en Soule, action jugée comme "une plaisanterie qui a coûté 80 000 euros" par Jean Jacques Laserre. Pour Yves Machicote, c’est plutôt l’Office public qui est "une plaisanterie", souhaitant "des moyens plus efficaces" en faveur de la langue basque.
"Tout repose sur la bonne volonté"
L’annonce du nouveau budget de l’Office public de la langue n’a pas surpris Jakes Borthayrou, qui reconnaît qu’il ne s’attendait pas à des sommes mirobolantes. Néanmoins le porte-parole d’Euskal Konfederazio (fédération des associations ¦uvrant pour la langue basque) a fait part de l’inquiétude des différents opérateurs, estimant qu’un "budget limité obligera à faire des choix parmi des dossiers très importants" pour la langue basque, craignant également un "saupoudrage" alors que plusieurs chantiers demandent des "investissements stratégiques conséquents sur plusieurs années".Euskal Konfederazio attend de voir la mouture finale avant de juger le projet 2007-2010. Néanmoins Jakes Borthayrou regrette que le gouvernement n’ait pas profité du denier débat à l’assemblée nationale "afin de marquer le cap en matière de langue basque". "Sans protection de la loi, nous nous retrouvons encore une fois suspendus à la bonne volonté des différentes structures", constate-t-il, revenant sur les propos du directeur régional de la SNCF. "Si l’Etat avait une réelle volonté, il aurait donné un signe en ce sens en soutenant la motion pour le changement de l’article 2, même s’il n’est pas sûr qu’il aurait obtenu une majorité. Aujourd’hui, tout repose sur la bonne volonté des différents partenaires", regrette-t-il. En ce sens, Jakes Bortayrou rejoint Max Brisson et Jean-Claude Iriart sur le fait que la récupération de la langue basque "nécessitera l’implication de toutes et chacune des collectivités". Et d’évoquer le rôle primordial que devront jouer l’Education nationale, les organismes de formation, les communes, les syndicats etc. Enfin, il se réjouit de voir que la Ville de Bayonne s’inscrit dans une démarche favorable à la langue basque et de voir que les membres institutionnels de l’Office de la langue affichent le souhait de développer la langue basque. Un changement d’attitudes qu’il estime être "le fruit de dizaines d’années de militance et de persévérance".
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