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Le JPB > Culture 2006-12-23
Le Pays Basque nord en peinture
·Un collectif réuni autour des éditions Pimientos publie un beau livre en images sur Un siècle de peinture en Pays Basque

"La peinture basque existe-t-elle?" questionne avec une fausse candeur Olivier Ribeton, en guise d’introduction au remarquable ouvrage que viennent de publier les éditions Pimientos, Un siècle de peinture au Pays Basque.Bien sûr, le conservateur du Musée basque et de l’histoire de Bayonne est là pour répondre seul à cette question.Mais s’il choisit l’interrogative pour débuter l’ouvrage, c’est que l’affirmation ne s’impose pas sur la période étudiée et richement illustrée, de 1850 à 1950.

Car pour que la peinture basque existe dans cette durée, encore faut-il y définir une école ou à défaut, un mouvement.C’est du reste le propos de ce très beau livre qui marque le pas de la référence.Un ouvrage bien colossal pour la toute petite maison d’édition, Pimientos, qui a pu voir le jour grâce à un collectif réuni autour d’Alexandre Hurel, éditeur donc, et également écrivain, auteur de nombreux ouvrages consacrés au Pays Basque.Outre Olivier Ribeton, cet ouvrage collectif a également vu les collaborations de Michel Jauréguiberry, collectionneur passionné de peinture basque, Yves Carlier, conservateur du musée de Fontainebleau également installé à Saint-Jean-de-Luz, et le très soigneux Patxi Lascarai, photographe ayant pignon sur les ruelles de la cité corsaire.

École de peinture

Définir une école de peinture nécessite de réunir au moins trois concepts, de temps, de lieu et de style.Difficile alors d’en relever une pour évoquer la peinture régionaliste qui fleurit en Pays Basque nord avant 1950, c’est-à-dire avant qu’une avant-garde basque ne naisse de l’autre côté de la frontière, dans la lancée de Jorge Oteiza et de ses pairs.Jusque-là, bien peu d’artistes vont faire la jonction entre deux pays basques que dissocie l’histoire.On retiendra cependant le célèbre Ramiro Arrue, qui aurait pu jouer ce rôle de chef de file de la peinture basque en exposant à Paris, à Londres ou en Amérique Latine et fréquente surtout les milieux artistiques des sept provinces du Pays Basque. D’autant qu’il a un style très affirmé, qui fait dire aujourd’hui à Olivier Ribeton que son "sillon pictural est tracé avec une telle constance et une telle conviction jusqu’à la deuxième guerre mondiale qu’il aurait mérité de faire école".

Guerre et discrétion

Le mot est lâché, mais cette école ne sera jamais une réalité. A cause, en partie, du caractère même de Ramiro Arrue, le Bizkaitar dont la famille est installée du côté de Ciboure."Sa timidité et sa discrétion freinent la reconnaissance de ses pairs et la formation de disciples", raconte Olivier Ribeton.Et puis surtout, la guerre civile éclate en Espagne en 1936, et sa violence au Pays Basque interrompt brutalement l’émergence d’une expression picturale commune. Sans compter les artistes qui y laissent leur vie, comme le très prometteur Nicolas Lekuona, Gipuzkoar, qui, a 24 ans, n’aura eu le temps que d’esquisser les formes nouvelles du surréalisme, établissant un étrange parallèle avec le peintre bordelais Félix Tobeen, dont les séjours au Pays Basque nord marquent les esprits avec notamment, des Pelotaris tout en courbes et angles qui figurent le cubisme.Bref, l’histoire sépare les peintres des deux côtés de la frontière et l’ouvrage des éditions Pimientos s’attache à suivre une parallèle qui mène, à grand renfort de scènes de vie dans une société rurale, de pêches, de paysages ou d’innombrables parties de pelote ou de danses basques vers un Pays Basque de l’âge d’or, plus rêvé que vécu par les peintres.C’est dans cette affirmation qu’Olivier Ribeton procède finalement à la convergence, en évoquant "des images devenues intemporelles qui fixent à jamais une peinture basque que les années ont unifié".



Arrue et Tobeen, des petits pains
Après le succès de la vente Tillac, l’Hôtel des ventes de Pau était samedi dernier à nouveau le théâtre d’une exceptionnelle vente aux enchères au cours de laquelle les artistes basques eurent à nouveau la vedette. Au jeu de la spéculation, leurs tableaux se vendent comme des petits pains. Ramiro Arrue, Félix Tobeen, Louis Floutier, Antonio Uria Monzon emportèrent des enchères de haute volée, le premier se distinguant par un prix record. Fandango était un Ramiro Arrue d’exception par sa taille (87 x 300 cm) mais surtout par sa qualité. Une pièce d’autant plus rare qu’elle est représentative de la plus belle période d’Arrue : les années 30, dont le style transparaît nettement dans l’oeuvre. Avec une enchère de 119 500 euros (frais compris), ce tableau a battu le record des ventes d’oeuvres de Ramiro Arrue en enchères publiques. Les pelotaris au fronton d’Urrugne (65 x 46 cm), de Félix Tobeen a été adjugé 46 428 euros (frais compris). Félix Tobeen est un artiste d’origine bordelaise, quasiment inconnu en France mais extrêmement prisé aux Pays-Bas. Il faisait partie du fameux groupe de la Section d’Or à l’origine du cubisme. Les historiens de l’art disent que Tobeen était un membre très influent de ce groupe à tel point que certains avancent (à tort ou à raison) qu’il aurait influencé Picasso. Tobeen a produit quelques tableaux évoquant le Pays Basque et ils sont rarissimes. Certains figurent également dans l’ouvrage Un siècle de peinture au Pays Basque.


 
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