La Carmen de Gades, ou l’éloge de la fidélité
Deux ans après la mort du maître, la compagnie créée peu avant son départ, reprend Carmen et la route, vingt ans après sa création. Ses danseurs, chanteurs, musiciens et sa directrice artistique Stella Arauzo qui danse le rôle-titre, possédés de la furia tragique du flamenco, s’emparent de l’héroïne imaginée par Bizet et font exploser le théâtre. Bizet, Gades : une inspiration au-delà des époques, des frontières, des modes. Carmen, robe rouge, un mythe. Celui de la liberté, la plus grande, celle qui redresse le dos, la tête, resserre les fesses, le ventre, tend la jambe, aiguise le regard. Carmen la flamboyante, celle qui se donne et ne se vend jamais. Et meurt plutôt que ne pas vivre selon son c¦ur. Elle l’attendait son Gades, et Gades ne pouvait pas la manquer, non. Le chorégraphe andalou dont le corps gardait encore la respiration de l’élève torero qu’il fut brièvement, en fit son héroïne, porteuse de l’âme flamenca. Il la met à mort, comme dans l’arène, on tue le taureau brave. "C’est la vie qui fait danser" disait l’enfant de l’Andalousie. La scène du théâtre n’existe plus, le spectateur regrette d’être assis, les veines martelées par le taconeo, le c¦ur emporté par les musiques croisées, la flamenca des six chanteurs et musiciens, celle des plus grands airs de l’opéra de Bizet qui reviennent "a veces" comme un retour aux sources. Oui Carmen ! Le passage du témoin n’en finit pas de se faire. Et franchement, mourir pour une femme, ça vous a, quand même, une autre gueule que de mourir pour du pétrole !
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