De lourdes peines ont été prononcées hier à l’encontre des avocats du barreau de Donostia-Saint-Sébastien Unai Errea et Itziar Larraz, accusés d’avoir transmis des documents de l’ETA à des prisonniers dans le cadre de leur travail. Le tribunal correctionnel de Paris les a respectivement condamnés à quatre et trois ans d’emprisonnement ferme. Tous deux ont également écopé d’une peine de 10 ans d’interdiction d’exercer leur métier et d’interdiction définitive du territoire français.Le président de la 10e chambre du correctionnel, Philippe Vandingenen, a décerné un mandat de dépôt à l’audience contre les deux avocats, qui ont été immédiatement arrêtés et incarcérés. Cette mesure est relativement rare dans les prétoires, a fortiori s’agissant d'avocats. Le 6 décembre dernier, le parquet avait requis quatre ans de prison ferme contre les deux prévenus pour "remise illicite de correspondance à des détenus" et "complicité d’association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste", mais sans demander de mandat de dépôt.
Accusés d’avoir transmis en 2003 des documents relatifs à l’organisation armée basque à quatre prisonniers politiques basque Ainhoa Mujika, Josetxo Otegi, Aintzane Orkolaga et Lorentxa Beyrie, les avocats ont été reconnus coupables de "remise illicite de correspondance à des détenus" et de "complicité d’association de malfaiteurs". Les quatre prisonniers ont quant à eux été condamnés à cinq ans d’emprisonnement ferme et tous sauf Lorentxa Beyrie, originaire de Cambo, à une interdiction définitive du territoire de l’Etat français.
La défense fera appel
À l’issue de l’audience, l’avocate de la défense Me Irène Terrel a dénoncé "une répression déraisonnable" à l’encontre de ses deux confrères incarcérés immédiatement. "Ce sont des gens libres, qui présentent toutes les garanties de représentation et on ne leur laisse même pas le temps d’exercer toutes les voies de recours avant de les mettre en prison", a protesté MeTerrel. La défense a annoncé qu’elle ferait immédiatement appel du jugement et déposerait une demande de mise en liberté.Askatasuna, l’association pour la défense des droits du Collectif des prisonniers politiques basques, a dénoncé que "ce procès est une mascarade dont le véritable but est d’entraver le plus possible le droit à la défense des prisonniers politiques basques".
"C’est une nouvelle attaque au Collectif", poursuit Askatasuna. "Après la dispersion meurtrière, après le rallongement arbitraire des condamnations jusqu’à la perpétuité, après la privation de soins et de droits, après le durcissement des conditions de détention, ce sont ses avocats qu’on emprisonne. Jusqu’où iront les deux États qui combattent Euskal Herria [Pays Basque] avec tant d’acharnement? Et croient-ils vraiment qu’il leur suffira ensuite de quelques petits retours en arrière pour nous donner l’illusion de grands pas politiques ?" s’interroge l’association.
Askatasuna précise que de tels faits relèvent habituellement d’une procédure administrative interne à la prison, et non d’une procédure judiciaire. "C’est une première, et cela montre la volonté des autorités françaises de s’aligner sur l’Espagne dans la recherche du moindre prétexte pour maintenir les prisonniers basques le plus longtemps possible derrière les barreaux". Les autorités espagnoles ont mis en place ces derniers mois des mesures juridiques afin de retenir les prisonniers qui se trouvent en fin de peine.