Le coup est rude. Dans les locaux ravagés de Gure Irratia, les salariés mesurent encore l’ampleur des dégâts. L’incendie n’a pas fait que détruire le matériel et les bureaux de la radio basque, installée à Ustaritz depuis peu. Il a réduit à néant un projet de vingt-cinq ans qui devait se célébrer ce 24 décembre, en mesurant sans doute avec satisfaction le chemin parcouru depuis les premiers pas d’une radio associative, jusqu’à ce statut de média professionnel qui avait enfin les moyens de ses ambitions. C’est cette ambition qui est aujourd’hui la proie des flammes, même si les neuf salariés de Gure Irratia sont déjà mobilisés pour mener un nouveau combat. En partant de zéro.
Selon les premiers éléments de l’enquête, un court-circuit pourrait être à l’origine du sinistre qui a causé l’interruption des programmes. Tout un symbole pour un projet court-circuité. Déjà, "l’incendie n’a pas fait de victime" relève le coordinateur de la radio, Jokin Zaldumbide.
"La première image" de ce journaliste en découvrant les bureaux calcinés, a été celle d’un collègue faisant du montage et pour lequel il aurait été "impossible de sortir". Le scénario aurait été possible. L’incendie s’est déclaré vers 21h et même les pompiers ont eu du mal à approcher le foyer (lire aussi ci-contre). Par chance, les locaux de Landagoyen, appartenant à la mairie, étaient vides mardi soir.
Souscription
La radio avait inauguré ses nouveaux bureaux dans ce local municipal en juin dernier. Son installation avait été financée pour plus de 180 000 euros par les collectivités publiques, un fond de solidarité des communes des sept provinces historiques du Pays Basque et une souscription des auditeurs. Un nouvel appel à souscription a été lancé hier par les salariés de Gure Irratia qui ont reçu des messages de soutien d’une grande partie des médias du Pays Basque et des pouvoirs publics. Les salariés espèrent recommencer à émettre lundi, dans des locaux spontanément mis à disposition par le maire d’Ustaritz, au rez-de-chaussée du même bâtiment. Pour l’heure, Irulegiko Irratia a pris le relais sur les ondes du 106.6 de la bande FM.
Au milieu des décombres calcinés, le président de l’Office public de la langue basque, Max Brisson, a promis hier "un accompagnement direct" et "la mise en place d’un tour de table" entre les différents partenaires de ce Groupement d’intérêt public. Une aide en deux temps qui doit d’abord répondre à l’urgence et ensuite contribuer à la rénovation des locaux de la radio. Comme Jean-Jacques Lasserre, le président du Conseil général, qui constatait peu avant les dégâts, Max Brisson a évoqué "toute la solidarité du Pays Basque" en citant "les bénévoles qui accompagnent la radio", "les gens qui vont aider Gure Irratia" et "les pouvoirs publics aussi".
Solidarité
Ne pouvant que constater "le travail de deux ans balayé", Max Brisson a estimé également que "dans ce pays on redresse la tête face à l’épreuve". Pour le président de l’Office public de la langue basque, "la radio doit fonctionner", évoquant sa nécessité comme un "vrai service public de la langue basque". Jokin Zaldumbide n’a pas dit autre chose en clamant que "le 106.6 doit continuer". Ni les nombreux messages de soutien adressés à l’équipe de Gure Irratia qui estime son audience à 24000 personnes.
"Les auditeurs sont venus proposer aide et matériel" a expliqué Naroa Gorostiaga, journaliste de Gure Irratia. La plupart des médias du Pays Basque ont également affirmé leur solidarité à la radio en proposant notamment des encarts publicitaires pour relayer l’appel à souscription.
Le Club de la presse du Pays Basque a appelé "tous les professionnels de l’information et de la communication à accompagner l’effort des salariés et de l’équipe de Gure Irratia pour donner les moyens à une radio d’expression basque", en espérant organiser d’ici peu une soirée de soutien. L’Institut culturel basque s’est dit "prêt à apporter une aide immédiate pour répondre au plus urgent afin que Gure Irratia puisse redémarrer ses activités le plus rapidement possible". Une façon de rendre hommage au "travail considérable effectué depuis des années en faveur de la langue et de la culture basques". L’Institut a également mis une adresse postale à disposition pour recueillir des dons du public (Gure Irratia BP 6 64480 Uztaritze).
Pour l’heure, l’équipe de Gure Irratia est à pied d’¦uvre et constate qu’il manque non seulement du matériel, mais aussi des tables et des chaises. Les salariés repartent de rien et cherchent du matériel en toute urgence. Une campagne de trois semaines est donc lancée pour pallier les premières urgences et reprendre l’antenne dès lundi.
Au milieu de la salle de rédaction carbonisée, deux dictionnaires en langue basque ont miraculeusement survécu, à peine gondolés par un ourlet de flammes. Un détail symbolique qui n’a pas échappé à Jokin Zaldumbide pour reprendre courage dans cette nouvelle croisade pour l’expression en langue basque.
Un sentiment d’apocalypse règne dans la pénombre, presque la sensation qu’une bête sauvage est passée par là, détruisant tout sur son passage, faisant tomber les plafonds, noircissant les murs, imprégnant l’air d’une odeur de plastique brûlé.
Une heure auparavant, vers 21 heures, des habitués de la piscine d’Ustaritz ont vu des flammes surgir des locaux du deuxième étage du bâtiment Landagoyen. Les pompiers avertis, c’est Michel Sarratia, collaborateur de la radio et lui-même pompier volontaire à Ustaritz, qui a informé les salariés de Gure Irratia du sinistre.
Dépêchés sur place, les journalistes et administrateurs de la radio bascophone n’ont pu que constater l’ampleur des dégâts. Le hall d’accueil ravagé, la rédaction détruite, tables et chaises brûlées, ordinateurs, fax et différents matériaux radiophoniques fondus sous la chaleur.
C’est grâce à l’intervention courageuse des pompiers d’Ustaritz et de Cambo, qu’une partie des locaux récemment inaugurés a pu être sauvée. Une chance également que les portes coupe-feu aient fonctionné, même si la fumée a atteint tout le matériel le recouvrant d’un manteau gris.
Entre fumée et odeur étouffante, les pieds dans l’eau, le faisceau lumineux des lampes éclaire sporadiquement dans la nuit des visages marqués, consternés, stupéfaits, frappés. Presque désorientés, Mikel, Jokin, Iñaki, Naroa, Agus, Mattin, Maddi et les autres hésitent à marcher sur les cendres d’un projet qui leur tient à c¦ur. Ils n’ont qu’un seul mot en bouche "ez da posible!".
Hur GOROSTIAGA
USTARITZ