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L’univers littéraire et musical basque à Durango
La culture basque voit émerger chaque année des constellations de livres, revues, comics, disques, vidéos, DVD, CD-RomŠ Et comme chaque année, Durangoko Azoka rassemble ces nouvelles productions dans un seul événement.La 41e édition de la foire du livre et du disque basques vient de démarrer sous le signe du voyage
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Un big-bang de la culture basque a lieu chaque année à Durango. L’univers littéraire et musical en langue basque se dessine ainsi pendant cinq jours sur le ciel de ce village de Bizkaia qui accueille depuis hier la 41e édition de la foire du livre et du disque basques, Durangoko Azoka.Des milliers de personnes sont attendues jusqu’à dimanche dans le salon des expositions Landako. Les premiers visiteurs ont parcouru hier les 317 stands qui reflètent le travail de 221 auteurs, artistes et maisons d’édition lesquels présentent au total 360 nouveaux titres. Une invitation à faire le tour d’une édition que l’association organisatrice, Gerediaga Elkartea, a consacrée aux voyages. Des conférences, tables rondes, expositions, projections et témoignages aborderont ce thème dans sa facette plus universelle, celle de la connaissance des cultures du monde. Dans ce sens, des documentaires tels que Gora Vasco racontant l’histoire d’un Iruindar qui se lance dans le pari de traverser à pied et en poussant une brouette l’Argentine, soit quelque 3500 km seront projetés à l’occasion de la foire. Hier cela a été le cas de Nomadak TX , le projet des txalapartari Oreka TX dont lejournal est partenaire et qui les a emmenés à travers les territoires sahraouis, lapons, mongolsŠ C’est aussi dans cette perspective de regard vers le monde que les organisateurs de la foire inaugurent une nouvelle section avec le partenariat de l’Association d’écrivains basques. À partir de cette année, chaque édition de la foire va zoomer sur une partie la littérature internationale. En cette occasion c’est la Slovénie le pays choisi et Vlado Zabot, président de l’Association des écrivains slovènes, l’auteur invité. Mais, la 41e édition de Durangoko Azoka proposera également d’autres voyages plus personnels, des passages à travers nos propres géographies intérieures, les sentiments intimes des créateurs qui ne sont que le reflet de nos propres sentiments. C’est quoi sinon la littérature et la musique?
En partance de Terre-Neuve
Pour ce qui est des voyages dans le sens le plus commun du terme, on peut citer le récit de l’aventure ŒApaizac Obeto’ en début d’été. A bord d’une txalupa du XVIe siècle, une équipe d’expéditionnaires basques et un représentant des tribus amérindiennes de Terre-Neuve a entrepris un périple de 3 500 km à la rame et à la voile sur les eaux du Saint-Laurent jusqu’à Red Bay, "la baie des baleiniers basques" dans la péninsule de Labrador. Le bertsolari Jon Maia, qui a fait partie de l’aventure, présente à Durango le cahier de bord intitulé, comme l’expédition, Apaizac Obeto. "Cette aventure que tout le monde aurait rêvée méritait bien un livre", selon Jon Maia. Une chronique obligée, puisque l’idée de l’expédition était non seulement de construire la réplique d’une chaloupe baleinière, mais de revivre le plus fidèlement possible l’un des épisodes les plus passionnants de l’Histoire des Basques. Et de le raconter par la suite, bien évidemment. Tout comme l’a fait, par le biais de la poésie, l’auteur Kirmen Uribe qui présente dans Portukoplak des textes inspirés des chants et des histoires liés à la mer. C’est d’ailleurs, l’écrivain ondarruar qui a ouvert cette 41e édition de la foire après, bien sûr, l’inauguration officielle réalisée par les responsables institutionnels. Évoquant le discours du Nobel de littérature Coeetze lors de la remise de ce prix en Suède dont la réflexion a plus tourné autour des oiseaux que de la littérature Kirmen Uribe a affirmé : "pour moi, inaugurer une édition de la foire est plus important que de recevoir le prix Nobel". Une affirmation sans doute exagérée mais qui montre l’importance d’un tel événement pour les auteurs basques, autant les vétérans que les débutants, Durango étant la plus grande vitrine à laquelle ils peuvent rêver. Ce n’est pas par hasard que la plupart d’entre eux présentent leurs créations à Durango. Parmi les écrivains consacrés on pourra apprécier le dernier travail d’Anjel Lertxundi, Ihes betea, ou Koiotearen arrastoa d’Edorta Jimenez, Sustrai Beltzak de l’auteur de livres de voyages Jon Arretxe, Mailuaren odola d’Aigeru Epalza, Hyde park-eko hizlaria de Joxemari sur les souvenirs d’un exilé de la guerre de 1936, le recueil de poèmes Rimmel de Koldo Izagirre, les derniers récits de Xabier Montoia réunis dans Euskal hiria sutan, le dernier ouvrage du jeune mais déjà reconnu Harkaitz Cano, Lesterren logika, adressé à un public encore plus jeune, le même public auquel est destiné Mattinen haserrea de l’Oiartzuar Antton Kazabon.
Anthologie de Lourdes Iriondo
Sur le marché de la musique, touché par la disparition cette année de la maison d’édition Metak, l’une des nouveautés de l’année est l’anthologie réalisée par Elkar sur la figure de Lourdes Iriondo, la voix féminine du mouvement Ez Dok Amairu, l’initiative culturelle créée sous l’égide de l’artiste Jorge Oteiza et qui a eu comme principale conséquence la gestation de la "nouvelle chanson basque" dans les années 60. Chanteuse, compositrice et écrivaine, Lourdes Iriondo est décédée l’an dernier, quelques jours après la clôture de la foire de Durango.La toute puissante Elkar présente aussi les derniers travaux de deux musiciens consacrés, Sorminetan d’Anje Duhalde et Memoriaren mapan de Ruper Ordorika. La maison d’édition Gaztelupeko Hotsak présente quant à elle les derniers travaux de Bide Ertzean, Karidadeko Benta, Keu, Jerónimo Martín Trío ou Joseba Tapia. GOR présente Kerobia, Stupenda Jones et Skalariak, alors que la firme hondarribiar Hirusta Records lance à Durango une nouvelle voix, Garbiñe Insausti, qui vient d’éditer Ibilian un disque de pop aux réminiscences de jazz. Et tout cela n’est qu’un petit résumé de l’univers que
l’on peut regarder, lire et écouter de près jusqu’à dimanche. Un voyage à travers les constellations littéraires et musicales qui vaut vraiment la peine.
Jakin reçoit le prix "argizaoila" pour 50 ans de travail en faveur de la langue et de la culture basques
La 41e édition de la Foire du livre et du disque basques
rend un hommage particulier à la revue Jakin, dont les représentants recevront
le "Prix Argizaiola" en reconnaissance de 50 ans de travail en faveur de la
langue et de la culture basques.
Née en 1956 sous la protection du monastère franciscain
du sanctuaire d’Arantzazu, la revue Jakin a eu comme occupation et préoccupation
principales la langue basque et son unification. C’était une époque difficile où
l’euskara était proscrit en Pays Basque sud en raison de la dictature franquiste
et ignoré en Pays Basque nord par l’administration française en raison de son
jacobinisme monolingue. Au-delà des difficultés, pendant 50 ans, Jakin a
travaillé pour que la langue basque se mette au même niveau que les principaux
idiomes du monde d’un point de vue d’utilité dans tous les domaines de la vie,
du social à l’académique.
Cela dit, les premiers exemplaires de Jakin avaient
comme thèmes principaux la religion et comme principaux destinataires, les
séminaristes. C’est en 1967 que la revue subit un changement profond devenant
une publication à caractère général. En prenant comme modèle la revue française
Esprit, Jakin commence à traiter les sujets socio-politiques et idéologiques. Un
choix qui n’est pas sans conséquence. La dictature interdit la revue, une mesure
qui se prolongera même après la mort de Franco. En 1977 les responsables et
collaborateurs de Jakin ont repris le travail sous la direction de Juan Mari
Torrealdai.
Aujourd’hui, Jakin, qui publie aussi des livres, est
forte de 1.300 abonnés et de quelque 6.000 lecteurs.
«Le Pays Basque nord devrait être plus visible à la foire de Durango »
Pantxoa ETCHEGOIN
/ ICBPantxoa Etchegoin, président de l’Institut Culturel
Basque, est l’un des habitués de la foire de Durango.
Durangoko
Azoka est la vitrine annuelle de la production en langue basque. Quelle est son
importance pour les créateurs du Pays Basque nord ?
La Foire de
Durango est très importante pour tout le Pays Basque, puisque nous nous rendons
compte du nombre de productions qu’il y a dans notre pays en langue basque. Pour
les acteurs du Pays Basque nord il s’agit également d’un rendez-vous très
important, puisque le travail réalisé pendant l’année peut être présenté devant
un grand nombre de personnes. Le plus difficile est d’avoir les moyens d’être
présent.
La production du Pays Basque nord est pourtant méconnue
pour certains… Comment y faire face ?
Le Pays Basque nord est
assez petit, même si d’un point de vue culturel il est richissime dans plusieurs
domaines. Les productions sont donc moindres qu’en Pays Basque sud. Il est vrai
que le Pays Basque nord devrait être plus visible à la foire de Durango. Hormis
la maison d’édition Elkar qui s’étend des deux côtés de la frontière, la
diffusion du Pays Basque nord n’est pas assez visible. Les petites associations
n’ont toujours pas le moyen d’y être présentes, le loyer des stands leur
revenant assez cher. C’est pour cette raison que l’Institut Culturel Basque va
lancer une réflexion avec les organisateurs de la foire pour que l’année
prochaine il y ait une vitrine dans laquelle les productions et créations du
Pays Basque nord soient plus connues et diffusées.
Vous-même
êtes-vous un habitué de Durangoko Azoka ?
J’essaie chaque année
de faire un petit tour en tant que fidèle ‘veilleur’. D’abord j’y vais pour
regarder de près les nouveaux livres et disques, mais aussi pour rencontrer des
amis. La foire est un lieu merveilleux pour s’entretenir avec des euskaltzale
que l’on n’a pas rencontrés durant l’année, pour donner des nouvelles, pour
évoquer des projets que l’on peut préparer… Ce monde est fait pour aller très
vite et parfois ça fait du bien de prendre une pause de quelques heures, pour
converser tranquillement avec les gens, parce que le premier but de la culture
est de la partager.
Quel est le livre, l’écrivain, le disque ou
le musicien que vous mettriez en avant aujourd’hui ?
Ce n’est
jamais facile de faire un choix. Mais pour rester en Pays Basque nord je peux
mentionner les derniers travaux d’Anje Duhalde ou du groupe Izate, le
merveilleux double disque de Kantuketan réalisé en partenariat avec l’ICB sous
le label Ocora de Radio France, le disque de Haurock ou le groupe Kantiruki.
Sans oublier le dernier travail de Pantxoa eta Peio. J’ai aimé aussi le disque
Minuette de Niko Etxart. Et concernant les livres, je peux citer en gros Griot
de Jon Arretxerena, Mahatsaren Begia d’Eneko Bidegain, le livre de poèmes
d’Itxaro Borda Hautsak errautsa bezain, ou encore Euskara jendea de Xamar. Ou
les poèmes de Kirmen Uribe traduits en français Entre-temps, donne-moi la main…
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