On le dit Bayonnais à sa mort, sans doute, mais le 31 octobre 1825, le jour de sa naissance, il était de Saint-Esprit, commune rattachée à la juridiction des Landes voisines comme Saint-Etienne et Boucau. Jusqu’à la loi du 1er juin 1857 qui rattache les trois entités aux communes des Basses-Pyrénées !
Il en sera de même, par la suite, pour les registres paroissiaux, qui furent "annexés" au Diocèse de Bayonne, le 6 octobre 1861. Autant dire que de 1857 à 1861, nos citoyens landais reconnus par l’état civil voisin, n’avaient pas recueilli l’hospitalité religieuse des Bayonnais ; ainsi va l’histoire le temps de la vacance administrative a dû combler d’impatience ces nouveaux administrés à devenir de plein-droit des citoyens bayonnais à part entière ! Et pour être précis, c’est par une Bulle datée à Rome du 10 juillet 1859 que les trois entités régularisent leur situation religieuse.
Quand Lavigerie meurt en 1892, il est donc Bayonnais, par adoption.
Connaissait-on l’ampleur du personnage, depuis les années d’études à Paris de 1849 à 1861, et ses débuts à la direction de l’‘uvre d’Orient de 1857 à 1861, ses bons offices à Rome pour internationaliser le Saint-Siège (le Vatican) de 1861 à 1863, sa nomination à Nancy de 1863 à 1867 où la devise du jeune évêque est "charité", qu’il épanouira sous le soleil d’Alger de 1866 à 1867, avant de partir vers l’Afrique noire, de 1867 à 1877.
Dire que Lavigerie intervient aux franges de l’Eglise tout autant que dans l’Eglise elle-même, est peu dire. Le pape Léon XIII recueille auprès de lui le soutien nécessaire dans les deux casŠ
On imagine sans doute mal ce que durent être les années de ces Européens entrant dans les terres profondes du continent africain : la lutte de Lavigerie et des missionnaires d’Afrique contre les pratiques de l’esclavagisme à grande échelle, l’intolérance romaine à reconnaître à des chrétiens d’Orient leur juste place dans l’église catholique, et enfin, pour notre gouverne, les relations en France entre l’Etat laïc et l’Eglise qui, modelées à la vie et à l’histoire personnelle de Charles Lavigerie, vont permettre des relations apaisées et de meilleure tolérance entre la République et l’Eglise définie par le mot de "ralliement", au cours du célèbre toast d’Alger, de noble mémoire, prononcé le 12 novembre 1890 au Palais de Saint-Eugène, en présence de quarante officiers de l’escadre de la MéditerranéeŠ
Difficile d’oublier le tout de son ¦uvre première, poursuivie par les siens par-delà 150 ans de l’‘uvre même d’Orient. Rien ne semblait lui faire peur, connaissant parfois la résistance des uns, les bassesses des autres, mais sans abandon, de poursuivre sa mission.
Le peintre bayonnais Bonnat le représente la plume à la main, à la façon d’Erasme, mais sa plume devient à ses heures tranchante, son humanisme le guide vers un exotisme qui, pour l’époque, était lointain. Le sculpteur Falguière préféra le représenter en Algérie et à Bayonne, la croix orientale à la main, tournée vers le lever de lumière. Autant évoquer les deux visages intérieur et extérieur de l’homme qui transgresse les images figées du passé et transporte son esprit vers l’ailleurs !