Une galerie de portraits comme un casse-tête chinois
Une galerie de portraits inattendue attend les visiteurs au Musée Asiatica de Biarritz.À partir d’aujourd’hui, et jusqu’au 31 décembre, une partie de la collection privée de M. Adrien Gallo y est exposée, consacrée aux portraits d’ancêtres chinois. Un style de représentation très apprécié en Chine, surtout à partir de la dynastie Ming (1368-1644). Des notables aux familles les plus pauvres, chacun veut son portrait. Loin du portrait à l’occidentale, le portrait d’ancêtre chinois répond à des critères très codifiés et assure de véritables fonctions rituelles...Les demeures des notables disposent d’une salle entièrement consacrée à la vénération des ancêtres ; sur ses murs sont suspendus les portraits des aïeuls, notamment lors des périodes de fêtes. La peinture remplace la présence physique des disparus, et, à ce titre, les descendants leur présentent régulièrement des offrandes diverses, mets et cadeaux, et brûlent de l’encens en leur honneur. Les portraits peuvent être individuels ou groupés, représentant plusieurs générations sur le même plan, surtout dans les provinces du Shanxi et du Shandong (Nord de la Chine). Lorsqu’ils deviennent trop nombreux pour être exposés ensemble, de larges armoires permettent de les ranger, enroulés les uns contre les autres. Souvent, en plus de la salle des portraits, il existe aussi une pièce de la maison où sont exposées les stèles votives de chacun des disparus. Faute d’espace, les familles les plus pauvres peuvent acheter des représentations peintes ou imprimées de ces salles d’ancêtres. Au fil du temps la famille inscrit le nom des disparus sur les stèles vierges. Ce genre de représentation ne suit pas une vocation artistique mais symbolique, et de ce fait, elle respecte des conventions très établies. Dans les exemples les plus courants, l’artiste présente un personnage assis, de manière frontale, toujours dans un vêtement d’apparat ; toute expressivité disparaît, les gestes sont pratiquement absents et le personnage semble figé dans sa pose, à la manière d’une sculpture. Le peintre dispose donc d’une marge de créativité très réduite. La physiognomonie, à savoir la science qui consiste à interpréter les particularités du corps, sert souvent de base à l’élaboration d’un portrait. De véritables codes de lecture des traits du visage sont établis et sont consultés comme références. Ainsi, pour exprimer la puissance d’un personnage, le peintre n’hésite pas à exagérer des pommettes hautes et saillantes. Le portrait s’éloigne donc de tout réalisme ; il ne s’agit pas de garder un témoignage fidèle et vivant de la personne disparue, mais d’honorer une représentation désincarnée, à l’image d’un être appartenant désormais à un autre monde. Déjà, le corps disparaît derrière un costume lourd au rendu très soigné. De plus, la plupart du temps, les personnages se détachent sur un fond neutre, sans trace matérielle du monde terrestre, si ce n’est le fauteuil recouvert d’une étoffe chatoyante ou d’une peau de bête, sorte de trône céleste. Parfois, des assistants accompagnent le personnage, porteurs d’objets à contenu symbolique. Exposition Portraits d’ancêtres chinois.Musée Asiatica.Biarritz.Jusqu’au 31 décembre inclus.Entrée libre.
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