Il était en retard, le 25 Novembre, le ministre Borloo malgré la réception en grande pompe que lui avait préparée "l’ami Jean" Grenet. Mais il a fini par arriver avec un paquet cadeau conséquent dans sa mallette : 29 millions d’euros pour la première partie du programme de rénovation du plateau de St Etienne (rénovation de la ZUP, nouveaux logements pour "classes moyennes" à Habas la Plaine, destruction/construction de logements sur Caradoc, salle des fêtes et piscine...).
On ne peut que se féliciter de la rénovation du plateau St Etienne, promise quand même pour 2003-2004 et de la création de structures telles que la salle des fêtes que l’élu de "Bayonne 100% à gauche" ne cesse de réclamer lors de chaque vote du budget.
Elections proches obligent, il s’agit d’un cadeau préférentiel et un coup de pouce électoral du ministre à son collègue du parti radical (de droite) qu’est Jean Grenet.
Interpellé à plusieurs reprises par l’élu 100% à gauche au sujet de la démolition des tours de la ZUP, M. Grenet avait fini par annoncer qu’il n’y aurait pas de destruction compte tenu du manque crucial de logements sociaux sur l’agglomération. Jugement on ne peut plus de bon sens!
Aujourd’hui, ce manque de logements sociaux est encore plus important puisqu’on est passé de 3000 à 4 000 demandes non satisfaites sur l’agglomération de Bayonne. Mais le docteur Grenet a changé d’avis, il opérera une intervention chirurgicale sur les logements sociaux de Bayonne. Ainsi la destruction des 5 à 6 immeubles de Caradoc compensée par la reconstruction d’un nombre de logements équivalent avec très certainement des loyers plus chers n’augmentera pas le parc de logements sociaux. Pourtant c’est améliorer l’existant et construire plus de vrais logements sociaux qu’il faudrait réaliser !
L’explication des choix du maire de Bayonne est simple, l’aberrante loi de cohésion sociale du ministre Borloo contraint de démolir quelques immeubles pour pouvoir bénéficier des fonds de l’Agence Nationale de la Rénovation Urbaine (ANRU).
Depuis plusieurs années, les politiques de la ville ont toutes échoué faute de s’attaquer aux effets "désagrégateurs" du libéral-capitalisme. Et il existe un profond décalage entre les politiques urbaines et l’appauvrissement des quartiers populaires. On observe une paupérisation croissante de la population du parc HLM. Celui-ci abrite actuellement 22% de chômeurs, soit deux fois plus que dans l’ensemble de la population, et 13 % de personnes qui vivent des minima sociaux. Aussi, les gouvernements successifs de droite comme de gauche nous assomment d’arguments sur la mixité sociale censée résoudre le malaise des quartiers populaires. On ne cherche plus à lutter contre la pauvreté mais on suppose que le fait de saupoudrer quelques ménages des classes "moyennes" dans les quartiers populaires est bénéfique pour les pauvres. Mais, comme me le disait récemment un habitant de la ZUP à Bayonne "On veut faire venir des riches dans nos quartiers mais, nous,ce qu’on veut, c’est surtout devenir plus riche".
C’est au nom de la mixité sociale que le plan Borloo a prévu en 2005 de démolir 80 000 logements sociaux sur 5 ans, ceci alors qu’il existe une demande non satisfaite d’1,3 million de logements sociaux en France. Ainsi le gouvernement fait peser les responsabilités du malaise des quartiers sur une question de béton à démolir alors qu’il renonce sur l’essentiel : l’emploi, l’éducation, la prévention, le pouvoir d’achat des plus démunis.
Cette destruction devait être compensée par la construction parallèle de 80 000 logements sociaux neufs dont la moitié construits par du locatif privé subventionné. Aussi, Borloo a-t-il mis en place d’importantes défiscalisations incitatives notamment avec la loi De Robien qui permet de défiscaliser jusqu’à 65% de l’investissement en logements destinés à la location privée. Mais ces énormes avantages fiscaux n’ont été assortis d’aucune exigence en matière de plafond de loyers et de ressources. Résultat, le dispositif De Robien a connu un grand flop, les loyers proposés sont trop élevés par rapport aux revenus de la plus grande partie des populations locales.
Par ailleurs, les démolitions se sont heurtées au goulot d’étranglement que constituent les importants retards pris dans la construction des immeubles neufs.
Le plan Borloo appliqué au Pays Basque est déjà un échec patent. Il repose sur deux piliers : la création de l’Etablissement public Foncier (E.P.F) et la construction de 2000 logements sur quatre ans. L’E.P.F devait être un outil destiné à faciliter l’achat de réserves foncières. Le gouvernement s’est engagé à ne payer qu’un tiers du surcoût du foncier, le reste étant à la charge des communes soit 3 millions d’euros. Mais la spéculation foncière est telle que ce financement est loin de suffire pour mener des acquisitions foncières conséquentes. La construction de 2000 logements sociaux est donc d’ores et déjà fortement compromise faute également de volonté politique de la part de nombreuses municipalités réactionnaires. Ainsi Bayonne ne construit pratiquement plus que du logement locatif privé dont les loyers sont deux fois plus chers que dans le public. Les municipalités de Biarritz et Anglet pensent que "leur ville n’est pas faite pour cela" et préfèrent payer des amendes. Quant aux maires des communes périphériques qui ont le courage, comme à Sames et Biriatou de construire des logements sociaux, ils se heurtent aux préjugés discriminatoires d’une partie des habitants vis-à-vis des populations nouvelles. Résultat : seulement 650 logements sociaux programmés en 18 mois parmi lesquels près de la moitié sont des faux logements sociaux de type PLS destinés à des locataires aisés.
Le maire de Bayonne va profiter de la règle de démolition pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé pour les prochaines années : faire passer Bayonne de 30% de logements sociaux qu’elle avait dans les années 90 à 20%, ceci pour satisfaire au strict minimum exigé par la loi de Solidarité et de Renouvellement Urbain (SRU). Il n’y a déjà plus que 25 % de logements sociaux sur Bayonne !