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Le JPB > Culture 2006-11-24
Don Juan emporté par la force de la farce

Don Juan n’est plus ce qu’il était, depuis que le mythe est passé entre les griffes de la troupe suisse, qui brûlait les planches du théâtre de Bayonne mardi dernier. Un pur régal de comédie, faisant le grand écart entre la commedia dell’arte et une création d’images toute contemporaine.

Si le personnage du célébrissime séducteur est ici méconnaissable, c’est que la farce emporte une grande partie de ce que Molière lui avait apporté, à savoir la psychologie et la tragi-comédie. Ici, le public n’a pas vraiment accès à ce qui est censé faire vibrer les femmes, ou même Don Juan (qui d’ailleurs se décrit avant tout comme un "abuseur") : il est puissamment emballé par la force du comique, dont il avait oublié la fraîcheur du premier degré. À cet égard, le metteur en scène Omar Porras va jusqu’au bout, tout en évitant le kitch que ce déchaînement coloré pourrait involontairement convoquer.

Toute la science de la commedia dell’arte est là, tant dans ses accessoires (superbes masques et costumes) que dans sa gestuelle : déplacements, postures et autres mimiques....

Cette machine de précision n’est pourtant pas une farce comme les autres. Au milieu du flux burlesque se glissent des trouvailles scénographiques époustouflantes. D’autre part, des scènes où, justement l’on retrouve des éléments empruntés à Molière.La déchirante Elvire et la cocasse adaptation de M. Dimanche : quatre femmes réclament le mariage promis, ce qui donne lieu à un blasphème d’anthologie (Don Juan mimant le Christ : "Prenez ceci est mon corps"). Tour de force, tout ce que Molière avait amené par le texte, Porras le réinvente par la mise en scène. Ainsi cette posture qu’adopte Don Juan sur son fauteuil attendant le Commandeur : nul besoin de mots pour dire cet orgueil las qui fit périr le coquin.


 
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