L’avant-garde théâtrale basque nous enivre
·Ander Lipus, directeur de la Fabrique de théâtre imaginaire (Bilbao), joue Ardoaz, monologue underground en euskara, samedi soir à Irrissarry
C’est une première en Pays Basque nord : la venue de Ander Lipus, l’un des représentants les plus imaginatifs de l’avant-garde théâtrale basque. Directeur de la Fabrique de théâtre imaginaire de Bilbao (lire en encadré), il est en outre un acteur époustouflant, qui sera seul sur les planches, jouant un monologue. Ardoaz (du vin), est le second volet d’une trilogie autour de l’underground, explorant les personnages de l’enfant, du fou et de l’ivrogne. Si ces figures sont issues d’une vieille tradition (pensons aux tout premiers cyniques), la modernité en est devenue obsédée. Pas étonnant que la compagnie se soit inspirée de Charles Bukowski, qui fut peut-être l’un des pères de la culture underground. "Les plus grandes vérités se cachent dans l'underground": cette tirade fut ainsi le point de départ du projet écrit par Josu Lartategi. L’histoire ? Celle, banale, d’un désespoir amoureux conduisant à l’alcoolisme. Nous sommes dans un tragique rompant ostensiblement avec les canons d’une noblesse romantique : ville industrielle (qui pourrait être Bilbao), prostitution... Et le vin n’est plus le lieu d’une fuite ou d’une consolation, c’est une mise à nu violente, cruelle et rigolarde. Car l’humour est bien là, tout comme la tendresse. Le centre culturel Haize Berri, officiant à Ostabat, accueille cette pièce pour entamer un projet 2007 axé sur le théâtre en euskara. Un défi à de nombreux titres, comme le rappellent les dirigeants : pour l’équipe, il s’agit de "préserver sur le territoire un espace d'expression pérenne à la culture basque, dans un environnement à l'horizon toujours menacé". La programmation d’Ardoaz bénéficie de soutiens de la
part des collectivités locales et territoriales, mais ce galop d’essai ne
saurait se passer de la présence nombreuse du public, principal soutien de la
création basque contemporaine, en difficulté de ce côté-ci de la Bidassoa.
Un laboratoire, pour fabriquer "son propre langage théâtral"
Antzerkiola Imaginarioa (FTI, fabrique de théâtre imaginaire) a été créée en 1998 à Bilbao, comme laboratoire d’investigation théâtrale.
Il s’agit pour la troupe de fabriquer son propre langage théâtral, issu de l’imaginaire collectif de ses acteurs. La forme est libre et varie ainsi au gré des désirs : texte, musique, espace, lumière, objets, jeu, danse...
Ce qu’on appelle souvent pompeusement la pluridisciplinarité, c’est ici bien plus que le croisement de disciplines codifiées. Et, curieusement l’avant-garde rejoint une pratique qui revient à une certaine origine du théâtre : le temps où une troupe était une famille et où sa créativité était directement issue de la personnalité de ses membres.
Ce qui ne veut pas dire que la compagnie soit coupée de la vie quotidienne : une partie de son activité est la formation.
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