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Le JPB > Sujet à la une 2006-11-10
Le débat socialiste au Pays Basque évite Le bon, la brute, et le truand
·"Qualité et hauteur des débats" ont marqué le débat pour désigner le ou la candidate

Hier soir les trois candidats à la candidature socialiste pour l’élection présidentielle de mai et juin 2007 étaient à Toulouse. Leurs hérauts, mercredi à Boucau. Les militants du Pays Basque ont également pu assister et participer à un débat salle Apollo encore appelée Paul Vaillant-Couturier, mais il est vrai que c’était l’ancien directeur de L’Humanité. Environ 120 personnes ont assisté au meeting entre le député européen Gilles Savary, porte-parole de Ségolène Royale, Alain Bergounioux, historien et secrétaire national du PS chargé des études, défenseur de Dominique Strauss-Kahn, et le député et président du Conseil général du Gers, Philippe Martin, promoteur de la candidature de Laurent Fabius.

Tous ont salué "la qualité et la hauteur des débats", notamment télévisés, entre leurs trois champions. Constat partagé mercredi par Christophe Martin, adjoint au maire socialiste du Boucau et hôte de la soirée, ainsi que par Pierre Chéret, n°1 du PS 64, qui s’est félicité de "l’absence de débordements" durant cette campagne, et a rappelé qu’il faudra se rassembler derrière le ou la candidate choisi(e). Seules quelques petites huées auront ponctué la discussion en fin de soirée, lorsque Gilles Savary a estimé que "cette campagne interne (trois meetings, trois débats télévisés) [avait] été conçue pour faire tomber Ségolène".

Après tirage au sort, c’est l’euro-député qui a ouvert le bal. Gilles Savary a souligné, comme ses camarades par la suite, que tous étaient "liés par le projet socialiste" qui est "réaliste, responsable, dans le champ du possible". Une illustration de "l’intelligence collective des socialistes" estime P.Martin. Autre point faisant consensus, l’intérêt du débat interne, sa transparence. "D’ores et déjà, le Parti Socialiste a gagné quelque chose, il a bougé la démocratie française."

Pour l’ancien chef de file de l’opposition au maire de Bordeaux, "face à la profonde défiance civique, renforcée par la double imposture chiraquienne (la fracture sociale en 1995, et la sécurité en 2002)" qui s’est traduite, "ne nous le cachons pas, par les classes populaires allant vers le vote Le Pen ou l’abstention, Ségolène est une chance car elle incarne cet autre chose, dans des m¦urs politiques fossilisées". "Elle est en empathie avec le peuple, elle affronte le réel face aux concours de beauté doctrinaux." Et l’ancien fabiusien de tacler, en évoquant "des luttes d’hommes plutôt que des luttes idéologiques, ce qui permet les volte-face et de soutenir le contraire de ce que l’on pouvait dire il y a cinq ans".

"Les tabous" de la gauche

G.Savary a vanté les qualités d’une candidate qui lève des tabous, ce qui lui vaudrait d’être particulièrement attaquée. Le premier tabou serait "de ne pas laisser la droite préempter un problème qui existe, de ne pas l’abandonner à l’adversaire", G.Savary déplorant que cela se traduise automatiquement par "l’accusation d’être droitier". Deuxième tabou: "ne pas défriser notre électorat". "Il ne faudrait pas parler de réforme de l’Education, de réforme de l’Etat,..." L’eurodéputé de décliner enfin les axes de "l’ordre juste" proposé par la candidate: démocratie participative, excellence environnementale, aide à la famille ("à la source de beaucoup de difficultés"), recherche, éducation,... sont quelques-uns des maîtres mots.

L’historien strauss-kahnien problématise de façon synthétique. Quelle est la meilleure façon de mettre en oeuvre le projet socialiste et qui peut gagner l’élection présidentielle. Alain Bergounioux loue en DSK le "socialiste réformiste qui assume pleinement". "Nous ne sommes plus en 1997, il nous faut des outils nouveaux; ce n’est pas 81, ni l’air du temps, le problème c’est anticiper" lance dans un double crochet l’historien. Il a plaidé pour "une croissance équilibrée, fondée sur la demande et l’investissement (éducation et recherche)". Parmi les nouveaux outils de justice sociale, A.Bergounioux de proposer non plus la protection du poste de travail il évoque dans l’actualité l’installation prévue pour 3 ans de Sony à Strasbourg mais celle de la personne dans une "sécurité professionnelle". Le PS se doit de promettre "protection et promotion". Ainsi DSK sera le candidat qui mettrait "la société en mouvement, avec une grande négociation salariale, car si Fabius a raison sur le pouvoir d’achat, on ne peut smicardiser toute la société".

Enfin, "Dominique" serait le meilleur pour gagner face à Sartkozy car "le problème ce n’est pas les sondages, les Français seront dans l’élection à partir de février-mars, il faudra alors une confrontation projet contre projet, il faudra convaincre les Français que nous pouvons changer les choses". Et de lancer à l’auditoire que "si vous pensez que c’est le meilleur pour gouverner, c’est qu’il sera le meilleur pour gagner".

Philippe Martin a l’introduction plus légère. Plus drôle aussi. L’ancien militant de la section de Ciboure, et ancien préfet des Landes, évoque le dernier sondage auprès des sympathisants socialistes donnant Fabius à 6%, entendu à la radio en venant, et l’envie qui lui a pris d’aller boire des coups dans le petit-Bayonne se lamenter des mauvais résultats de l’Aviron... [brouhaha dans l’assistance], et que non, et de marteler que "c’est aux militants seuls de choisir, de se demander qui sera le candidat, mais surtout pour quoi faire". Et d’indiquer que Laurent Fabius a "des propositions précises, avec un calendrier".

P.Martin revient en arrière. 21 avril 2002, seuls 13% des ouvriers votent Jospin, la gauche n’est pas au second tour, 2003 mouvement social contre la réforme des retraites et celle de Fillon dans l’Education, 2004, victoires électorales du PS aux cantonales, régionales, mais aussi européennes sur le thème Et maintenant l’Europe sociale!, 2005 division des socialistes et le Non qui l’emporte, 2006 mouvement anti-CPE "avatar du libéralisme". Déduction et conclusion: "pour gagner il faut une ligne authentiquement antilibérale". Et de rappeler que ce qui s’est passé avant 2007 ne disparaît pas avec l’élection présidentielle.

Référendum... dans le Gers

Le "Gascon" d’affirmer aussi que "oui, Fabius a changé" justement à cause de ces événements. Les principales attaques de celui qui a organisé un référendum sur les OGM dans son département visent la favorite des sondages. "Oui, je sais qu’il y a 10 à 20% de gens qui fraudent le RMI, comme certains fraudent la carte scolaire, l’Impôt sur le revenu,.... faut-il pour cela supprimer la carte scolaire, le RMI, l’Impôt sur le revenu?!" Philippe Martin enfonce le clou: "avoir comme fil à plomb l’opinion publique? On a tous en tête la position de Mitterrand sur la peine de mort en 1980".

Il ajoute que oui, il y a des problèmes avec les 35h (il cite l’absence d’embauche correspondante dans les hôpitaux), avant d’indiquer aussitôt que les manières de les critiquer, ou encore de s’emparer des problèmes soulevés par la droite, seraient autant de signaux négatifs lancés "au peuple de gauche".

Le député du Gers termine en rappelant quelques mesures phares de son préféré: Smic à 1500 euros brut "de suite", ou si "la loi SRU [sur les 20% de logements sociaux, ndlr] n’est pas respectée par des communes, possibilité pour l’Etat de se substituer". Sur la Sécurité? "c’est d’abord l’échec cuisant de Sarkozy (+12% de violences aux personnes depuis 2002), Sangatte existe toujours mais un petit peu partout dans les rues,..." Et le tribun de boucler sa boucle: "cela vaut mieux que 6%, cela vaut la victoire de la gauche".

Tous les intervenants sont applaudis à tour de rôle. Poliment. Le micro baladeur fait alors le tour de la salle. Les interventions du public portent sur les jeunes qui supporteront la dette et les retraites de leurs aînés, sur l’Europe (et la Turquie), les OGM, le rôle des médias, le supposé populisme des candidats, le pouvoir d’achat, le mandat unique,...

Gilles Savary pense qu’il faut "réfléchir au format des administrations publiques, à l’allongement de la durée du temps de travail pour les retraites,...". En revanche, comme ses voisins de tribune, il y a la bonne dette, celle qui permet l’investissement, les grands travaux à long terme.

Le fabiusien parle de la création d’une cinquième branche maladie (handicap-vieillesse), avec une hausse de la CSG pour la financer. Quant au "socialiste réformiste assumé", dans cet "exercice contraint de publicité comparative" il propose la règle des trois tiers avec une redistribution des ressources dans le pouvoir d’achat, l’investissement et le remboursement de la dette.

Sur les OGM, tous soutiennent José Bové et le fauchage, jusqu’à un certain point. Philippe Martin rappelle que le gouvernement a presque constitutionnalisé la Charte de l’Environnement (qui inclut le principe de précaution) et permis par la nouvelle loi de décentralisation, l’organisation de référendums locaux. Ce qu’il a fait avec le conseil général sur les expériences en plein champ "vécues par les maires et les agriculteurs bio comme une violence". "Or quand on applique la loi, j’ai le préfet qui fait tous les efforts pour faire annuler le référendum et me met au Tribunal administratif; on peut comprendre l’exaspération démocratique." Plus d’un militant socialiste aura fait une association d’idée avec la situation locale. Questions locales spécifiques au demeurant absentes des échanges. L’historien socialiste souligne l’absence de débat public (et remercie en cela le militant altermondialiste) mais qualifie d’"obscurantiste le fait d’en prohiber la recherche qui de toute façon se fera ailleurs".

G.Savary affirme ne pas être "amateur de désobéissance civique" mais souligne certains comportements prédateurs d’industriels (sur l’amiante par exemple). Mais surtout, l’eurodéputé fustige "l’agriculture intensive qui est passée de l’autre côté du miroir". "Les maïsculteurs puisent de l’eau qui est un bien public pour zéro centime et se plaignent après sur la sécheresse, pleurent sur les nappes phréatiques". Une nouvelle fois, chacun aura pu penser à des situations près de chez soi.



Les soutiens de Ségolène, Dominique et Laurentau Pays Basque
A une semaine du scrutin interne, les positionnements des uns et des autres s’affichent. Parmi les soutiens à la favorite des sondages on pouvait apercevoir mercredi soir au Boucau les conseillers généraux de Garazi François Maitia et de Bayonne-Ouest Monique Larran-Lange, le conseiller municipal de Bayonne Philippe Cazenave, ou encore le maire d’Hendaye Kotte Ecenarro. Pour soutenir Dominique Strauss-Kahn, l’ancien maire d’Orthez et actuel conseiller régional René Ricarrère a fait le déplacement, rejoignant ainsi le conseil municipal de Biarritz André Labéguerie ou encore le militant issu de l’abertzaléisme Vianney Cier. Quant à Laurent Fabius, il dispose des faveurs du Premier secrétaire de la fédération des Pyrénées-Atlantiques, Pierre Chéret, et de celui de l’antenne de Bayonne Pierre Favraud. Quant aux conseillers généraux du courant NPS (Emmanuelli), Jean Espilondo, Christophe Martin, Jérôme Aguerre ou le conseiller régional Philippe Pouymayou, ils ne se sont pas encore prononcés. Ils devraient faire connaître leur position commune très prochainement.



Les douze sections au Pays Basque votent le 16 novembre
Un premier tour le 16 novembre. Les militants soutenant Ségolène Royal entendent bien faire gagner leur championne dès le premier tour. "Il ne faut pas une victoire au rabais" a lancé mercredi soir l’eurodéputé girondin Gilles Savary à l’auditoire basque, soulignant en creux que, mieux élue serait la candidate du PS, mieux elle pourrait rassembler par la suite. Les soutiens des deux autres candidats à la candidature ne doutent pas de la tenue d’un second tour le 23 novembre. Chacun pariant que c’est son candidat qui arrivera en seconde position.

Les douze sections du Parti Socialiste au Pays Basque [Anglet, Bayonne, Biarritz, Boucau, Cambo, Ciboure, Hendaye, Mauléon-Soule, St-Jean-Pied-de-Port, St-Jean-de-Luz, Saint-Pierre-d’Irube, Urcuit] ouvriront un lieu de vote le 16 novembre (et si besoin le 23) de 16h à 22h. Ils étaient 358 à voter en novembre 2005 lors du congrès du Mans, et 462 lors de la désignation des candidats pour les élections législatives en juin. Ils devraient être davantage encore pour départager les candidats à la présidentielle. Dans la fédération départementale le nombre d’adhérents à jour de cotisation est passé de 1 200 militants lors du Congrès du Mans, a environ 2 000 aujourd’hui. Preuve du succès de la campagne d’adhésion à 20¤ pour pouvoir désigner le candidat.


 
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