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Le JPB > Culture 2006-11-10
Les braves soldats "Y’a bon"
·Soldats Noirs, l’histoire oubliée, un film d’Eric Deroo présenté à la MVC Bayonne Centre-ville

Le film Indigènes sorti récemment sur les écrans, lève le voile sur une page de l’histoire oubliée, l’engagement des soldats algériens pendant la dernière guerre mondiale. Si oubliée que le chef de l’état, lui-même, s’en émeut et se lance, les larmes aux yeux, dans des promesses inconsidérées au sujet de la revalorisation des pensions des anciens combattants africains. Si Rachid Bouchareb le réalisateur d’Indigènes a choisi de zoomer sur les soldats nord-africains, il est intéressant de se souvenir qu’ils n’étaient pas seuls, des soldats noirs recrutés en nombre ont aussi quitté le continent pour défendre leur patrie en danger, la France.

Souvenir de la boîte de Banania d’antan : le tirailleur sénégalais, son bon sourire et sa chéchia ! On y est ! Et ce n’est pas nouveau, le Général Mangin avait déjà levé des troupes noires en 1914, et en 1939 c’est G. Mandel qui rappelle l’armée noire. Au total près de cinquante mille soldats venus non seulement du Sénégal mais de tous les pays d’Afrique occidentale Française, le Mali, la Haute-Volta devenue aujourd’hui le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée ainsi que Madagascar et Djibouti. Des Keita et des Koulybali en nombre, volontaires ou un peu forcés, fiers de défendre leur patrie, une sorte d’élite comme les présentait l’armée française. Avec une promesse : "en versant le même sang, vous gagnerez les mêmes droits." L’histoire se répète, Bush n’a rien dit d’autre aux "chicanos" pour les encourager à prendre un aller pour Bagdad !

Le réalisateur de ce documentaire, tourné en 1985, Eric Deroo, est anthropologue, chercheur au CNRS, il est aussi auteur de plusieurs ouvrages sur le sujet. C’est par hasard qu’il est tombé sur les traces de ces tirailleurs noirs, du côté de la ligne Maginot, là-bas, dans les sombres forêts des Ardennes. En 85, dans les bistrots des villages, quarante-cinq ans après les combats de mai/juin 1940, les gens se souviennent encore de ces régiments d’Africains costauds, durs au combat, et qui faisaient si peur aux "boches" qu’ils préférèrent contourner la forêt plutôt que de livrer des corps à corps avec les diables noirs. Hitler les traitait de sous-hommes et ceux qui se faisaient prendre étaient exécutés sur le champ. "Il venait chercher le lait à la ferme, on parlait, je n’ai plus eu de nouvelles...". Les villageois se rappellent d’eux avec émotion et regrettent de les voir enterrés si loin de leur famille.

Survivants

Pour rencontrer les survivants, Deroo est allé au Sénégal et au Mali. C’était en 1985, vingt-cinq ans après les indépendances, la date a son importance. Il a trouvé des hommes fiers, respectés, s’exprimant parfaitement, revivant inlassablement devant le village ce qui restait la grande affaire de leur vie : les années passées dans les rangs de l’armée française. Sans compter celles de captivité éventuellement. Ni héros ni victimes, ils avaient fait, tout simplement, leur devoir.

Aucune polémique en ce qui concerne les pensions. Pourtant celles-ci étaient cristallisées depuis l’indépendance en 1960, et le rapport entre les leurs et celle de leurs homologues français était de 12 à 1000. Il faut attendre 90 avec le renouveau de la xénophobie en France et la limitation des visas pour que l’injustice leur paraisse flagrante : ainsi les petits-enfants de ces hommes qui avaient donné leur vie pour la patrie ne pouvaient plus venir étudier, voyager, travailler en France? Ainsi le sang n’avait plus le même prix ! Se crée alors un conseil national pour la défense des droits des anciens combattants, au sein duquel de nombreux gradés français, fidèles à leurs anciens frères d’armes. Et plainte est déposée auprès du Tribunal de la Haye. On connaît la suite : une revalorisation indexée sur l’évolution du niveau de vie en Afrique...

Ah, être petite souris dans le bureau de J.C. (le vivant) ! "Bon, vous allez me calculer tout ça, les pensions. Oui et depuis quand ? Mais depuis toujours , enfin depuis... comment vous dites ? la cristallisation. Oui c’est sûr, quarante-six ans, c’est beaucoup. Oui ils sont morts, s’il faut payer le rappel aux familles ? Ah, voilà une bonne question. Il y a risque de déséquilibrer la société africaine ? Effectivement, faut réfléchir. Bon, mais aujourd’hui, à ce jour, il en reste combien ? Ah, bon, faites-moi un rapport."

· Histoire oubliée soldat noir
Samedi 11 novembre. 20h15. Lectures de textes de Léopold Sedar Senghor (Et si on racontait). Musique avec Eklake’s Tonik. Entrée gratuite.MVC Bayonne centre-ville.Tél. 05 59 25 57 94


 
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