Dominika DAGUERRE / LAB
La violence est le résultat du mépris et de l’humiliation !
Depuis plusieurs semaines, les médias l’avaient annoncé. Tous étaient à l’affût de ce qui allait se passer lors de la date anniversaire des "émeutes" dans les banlieues défavorisées, provoquées en octobre 2005 par la mort de deux jeunes qui, par peur de la police, s’étaient réfugiés dans un transformateur électrique. Plusieurs jours et même semaines à l’avance, la même interrogation des journalistes: qu’est-ce qui va se passer ? est-ce que ça va recommencer ? ...bientôt suivie par des bilans, l’annonce, non sans une certaine jubilation, du nombre de voitures incendiées par exemple... De la même façon qu’en Irlande du Nord pendant les "troubles", les enfants proposaient aux nombreux journalistes présents de jeter des pierres contre les tanks de l’armée britannique et cela au risque et souvent au prix de leur vie, les jeunes desdits "quartiers" (bel euphémisme pour parler des banlieues, marginalisées, à la périphérie des villes et en voie de ghettoïsation !) ont ainsi été d’une certaine façon poussés à se mettre en scène et - eux qui sont oubliés par le reste de la société, invisibles la plupart du temps, ou encore désignés comme "délinquant(e)s" avérés ou potentiels se sont vu ainsi offrir l’occasion de faire de nouveau la Une des médias !Ajoutez à cela les proclamations sécuritaires et agressives des Sarkozy et consorts, véritables provocations à montrer que, non, les cars de CRS et les mesures répressives de plus en plus dures ne les empêcheraient pas de manifester leur colère. Et le drame est arrivé ! Les victimes en sont nombreuses et toutes originaires des quartiers défavorisés. Ce sont précisément les mêmes qui souffrent des conditions de vie, des discriminations et du mépris à l’origine de ce drame : la jeune femme gravement brûlée tout d’abord et sa famille, mais aussi les jeunes qui ont mis le feu, dont la vie est également brisée, et puis tous les habitants qui vont une fois de plus subir collectivement les conséquences des actes de quelques-uns, que ce soit les destructions ou la répression, les contrôles de police incessants... Avant même ces événements, Sarkozy annonçait un durcissement des mesures répressives et notamment de la loi en discussion au Parlement sur la prévention de la délinquance. Ces mesures stigmatisantes et discriminatoires ne font qu’augmenter les problèmes, la haine de certains et la ranc¦ur de tous d’autant plus qu’elles sont exclusives de toutes solutions de fond des problèmes quotidiens vécus par les habitants de ces quartiers. Ainsi l’association "AC le feu" (Association, collectif, liberté, égalité, fraternité, ensemble et unis) a réuni pendant un an les "doléances" des habitant(e)s desdits quartiers dans 120 villes de l’Etat français. Plutôt que d’ "émeutes", il est question de révolte. Révolte contre l’injustice, l’inégalité et les discriminations, révolte contre les contrôles de police systématiques et discriminatoires, sans compter les coups, les insultes... le harcèlement et les prétendues "bavures", tout cela largement couvert et justifié par la hiérarchie policière et le ministre de l’Intérieur lui-même. Tout cela n’est pas nouveau et a déjà donné lieu à des explosions à de nombreuses reprises depuis au moins le début des années 80. Les critiques et les propositions récoltées par "AC le feu !" confirment d’ailleurs l’état des lieux dressé dans diverses enquêtes et études, jamais prises en compte par les responsables politiques : chômage massif, notamment des jeunes, beaucoup plus élevé que dans l’ensemble de la société, emplois sous-qualifiés, discriminations à l’embauche, précarité, école discriminante et inadaptée, mépris des cultures autres que la culture "dominante" et non prise en compte de la diversité culturelle, histoire tronquée, problème d’accès au logement, absence de services publics, d’activités culturelles, sportives... Sont revendiqués le droit de vote pour les immigré(e)s et le respect des droits fondamentaux, au travail, au logement... et au respect. Les solutions sont bien sûr d’ordre social : il faut combattre la précarité et la pauvreté et pour cela répartir différemment richesses et revenus. Mais il faut aussi lutter contre les discriminations socio-spatiales, c’est-à-dire liées au lieu d’habitation, et/ou liées à l’origine culturelle. Pour cela, il faut tout d’abord en reconnaître l’existence ; reconnaître que la plupart des habitant(e)s de ces quartiers défavorisés sont victimes de racisme, de discriminations liées à leur origine et, qu’alors qu’on les somme constamment de s’ "intégrer" (ce qu’ils/elles ont fait depuis longtemps et cette injonction est en soi une humiliation supplémentaire !), on leur refuse leurs droits élémentaires et on les désigne comme responsables de leurs problèmes. Le mépris, l’humiliation, l’exclusion et l’absence de solidarité sont à l’origine des violences et c’est cela qu’il faut combattre.
|