Les producteurs de lait de brebis attendent des signes forts
Avec 2200 producteurs, une dizaine d’entreprises de transformation et 50 millions de litres de lait collectés, la filière lait de brebis est le poumon économique de l’agriculture du Pays Basque nord. Il y a quelques jours, l’Interprofession ovine laitière a fêté ses 20 ans d’existence et d’organisation commune. Un bilan globalement positif est tiré de cette longue route. La mise en place de cette instance a servi à instaurer un dialogue, d’abord entre les différentes tendances syndicales chez les producteurs, puis entre producteurs et transformateurs. Toutefois les relations ont toujours été une question de rapport de force entre ces deux blocs. On se souvient en particulier de la crise de 1991 où les entreprises avaient imposé une brutale baisse du prix du lait mettant en avant une situation de surproduction. C’est à cette époque qu’avait été engagée la campagne, devenue annuelle depuis, de promotion des fromages AOC Ossau Iraty. Une initiative qui a porté ses fruits puisqu’en 15 ans, le volume de fromages produits a été multiplié par trois. Si la production était excédentaire en 1990 avec 27 millions de litres de lait, elle est aujourd’hui déficitaire avec 49 millions de litres.Cette évolution s’est néanmoins traduite par la disparition d’un millier de producteurs en 20 ans (soit 30%). Une tendance qui se poursuit aujourd’hui encore et qui inquiète le collège Producteurs de l’interprofession. "Si l’on veut maintenir un nombre de producteurs conséquents, il faut des signes forts en leur direction, et le premier d’entre eux devrait être la hausse du prix du lait", estime Arño Cachenaut, président du collège Producteurs. Ces quinze dernières années, le prix du fromage a augmenté de 15% mais le prix du lait acheté aux producteurs n’a quasiment pas évolué. "Si cette augmentation du prix de vente des fromages était également répartie entre les différents maillons de la chaîne de production, le prix d’achat au producteur aurait dû subir une hausse de 21 à 23%", affirme l’éleveur de Labastide. Il a déclaré qu’il fallait que des signes forts soient donnés au niveau des orientations de la filière pour montrer aux petits producteurs qu’ils seront soutenus. "Une partie du déficit de lait du bassin doit être comblée par les éleveurs locaux mais ce sont surtout les plus gros producteurs dont les volumes augmentent régulièrement", a fait valoir Arño Cachenaut. "La mission de l’Interprofession doit être de maintenir le maximum de producteurs donc en priorité tous ceux qui sont au-dessous d’un seuil de 20000 litres, c’est-à-dire la moitié des producteurs. Cela peut se traduire par l’instauration de taux bancaires plus bas pour eux, par le fait qu’ils soient prioritaires dans le financement des bâtiments ou d’autres mesures à imaginer", selon le président du collège producteurs. Pour lui, la bonne situation du marché ne doit pas se traduire par toujours plus de lait produit par toujours moins d’éleveurs.
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