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Le JPB > Pays Basque 2006-10-28
"Les représentants politiques de 400 millions d’Européens ont soutenu le processus basque"
·La délégation de la Table pour l’Accord qui a assisté au débat parlementaire qualifie la session d’"historique"

De retour de Strasbourg, les membres de la délégation d’élus et de représentants associatifs présents à l’hémicycle mercredi à l’initiative de la Table pour l’Accord, ont fait un bilan hier lors d’une conférence de presse à Bayonne. "Journée historique" a été le mot le plus employé pour décrire le débat parlementaire qui a abouti à l’approbation de la résolution de soutien au processus de paix en Pays Basque.

"Il s’agit d’un débat très important dans le contexte actuel mais aussi à long terme, parce que pour la première fois le problème politique d’un petit pays situé en plein c¦ur de l’Europe a été soulevé au Parlement européen, parce qu’une réponse commune a été donnée à un pays divisé en deux administrations", a déclaré Arritxu Santamaria, coordinatrice de la Table pour l’Accord. Cela dit, la résolution adoptée mercredi n’est pas celle que les membres de la Table pour l’Accord auraient souhaitée, car "si la tenue du débat montre d’elle-même l’existence d’un problème politique, le texte cautionné ne reflète pas le caractère politique du conflit basque".

Arritxu Santamaria a tout de même souhaité souligner les aspects positifs de la journée de mercredi à Strasbourg : "pour la première fois, l’Europe reconnaît l’existence d’un problème qui n’est plus un problème interne à l’Espagne, et pour la première fois l’Europe prend ses responsabilités quant à la solution de ce problème". Avec le soutien du processus basque, "une nouvelle voie s’ouvre" sur le chemin de la paix, selon la Table pour l’Accord. "À partir de maintenant, la résolution est entre les mains de la Commission européenne, laquelle devra prendre des responsabilités et des décisions".

Mais ce n’est en aucun cas à l’Europe de trouver des solutions. "L’Europe peut appuyer et doit appuyer le processus, mais c’est au pays Basque de trouver l’issue", précise-t-on.

"Parce que j’en ai marre"

Une idée relayée par le maire d’Hendaye, Kotte Ecenarro, selon qui "c’est aux Basques de trouver la solution, c’est aussi à nous les élus de prendre nos responsabilités". Le maire socialiste, qui s’est exprimé hier dans nos pages, s’est dit "très satisfait" du résultat du vote et du débat lui-même, mais il a insisté sur la nécessité d’aller de l’avant. "On ne peut pas se permettre l’échec, il faut qu’on aboutisse à une paix durable en Euskal Herri".

Interrogé sur l’absence lors du débat de certains eurodéputés, dont des élus socialistes de la circonscription du Grand Sud-Ouest comme la tête de liste Béatrice Patrie, Kotte Ecenarro a fait appel à la responsabilité de chacun. "Je ne connais pas leurs raisons, mais le Parti Socialiste est un parti libre et moi je m’exprime librement. ça va m’attirer peut-être les foudres de mon parti, mais moi personnellement j’ai décidé de prendre mes responsabilités, parce qu’il se trouve que je suis fils de réfugiés de 36, parce que j’ai vécu ce conflit de près pendant des années, parce que je suis maire d’Hendaye, parce que je suis le seul maire socialiste de la Côte basque, parce que j’en ai marre, parce qu’il faut s’en sortirŠ pour toutes ces raisons j’ai décidé de m’engager dans ce processus".

Être à la hauteur de l’Europe

Le terme "journée historique" a été également employé par Jakes Abeberry, l’adjoint à la culture de la mairie de Biarritz. Il a tenu à souligner que même si le vote a été serré (321 voix contre 311), "ce sont les représentants politiques d’une assemblée démocratique de plus de 400 millions d’Européens qui ont porté leur soutien au processus de paix". Un soutien qui "transcende les Etats et les idéologies", a ajouté Jakes Abeberry, selon qui "c’est maintenant à nous d’être à la hauteur".

Evoquant le vol d’armes de Nîmes attribué à l’ETA [lire aussi en page 6], Jakes Abeberry s’est voulu rassurant. Il a rappelé les années de plomb du post-franquisme, avec la fusillade des ouvriers à Vitoria-Gasteiz, l’assassinat des avocats d’Atocha à Madrid ou même le coup d’Etat déjoué du lieutenant-colonel de la Garde Civile Antonio Tejero. "Certes, ça met du temps pour changer d’une phase à une autre", a-t-il dit.

Le représentant de l’association Anai Artea a lui aussi jeté un regard vers l’histoire du Pays Basque, de la guerre de 1936 jusqu’à nos jours. "On ne peut pas sauter d’un seul coup 70 ans" a souligné Michel Mendiboure, selon qui l’Europe doit "s’acquitter de ses dettes" envers le Pays Basque.

La porte-parole d’Abertzaleen Batasuna Mertxe Colina a dressé un bilan positif de la journée de mercredi, où "le mot le plus entendu a été : parrainer", a-t-elle affirmé. "Parrainer le processus ça veut dire adhérer, s’engager, poursuivre sur cette voie". Une autre phrase qui l’a marquée: "Pour construire la paix il faut se rapprocher de l’ennemi".

"On a pu voir une jolie photo au Parlement européen". Xabi Larralde a lui aussi tiré des points positifs du débat de Strasbourg et a souligné l’engagement de la gauche abertzale avec le processus, "malgré les obstacles": interdiction de Batasuna, convocations, mises en examenŠ "L’engagement pris par la gauche abertzale à Anoeta (en novembre 2004) est toujours d’actualité".

Enfin, le prêtre Mikel Epalza a remercié le groupe de parlementaires qui "pendant dix mois ont travaillé pour que ce débat ait lieu". Il s’est dit "étonné" d’avoir vu un vote divisé alors qu’il a entendu les intervenants de tous les groupes parlementaires "parler en faveur de la paix". Selon lui, l’enjeu à partir de maintenant est de mobiliser tous les habitants "du Pays Basque sud et du nord en faveur de la paix, parce que la paix nous concerne tous". Et d’ajouter un dernier clin d’¦il rappelant que l’Alsace "s’est rattachée à la France en appliquant le droit à l’autodétermination".



"M. Lamassoure, si tout le monde était d’accord, on n’aurait plus besoin de vous"
La position du député européen Alain Lamassoure, aligné sur les thèses du Parti Populaire espagnol, a été vivement critiquée hier par les membres de la délégation, lesquels ont constaté le "manque d’engagement" de l’eurodéputé angloy concernant la paix. "Sa position est vraiment condamnable, d’autant plus qu’il s’agit d’une personnalité politique qui n’est pas étrangère au sujet. Et, au contraire, M. Lamassoure connaît assez bien la question", a regretté le porte-parole de Batasuna Xabi Larralde.

"À l’heure où le Pays Basque a besoin de forts engagements pour tourner une page d’histoire, Alain Lamassoure, parlementaire basque, a décidé de tourner le dos au problème" , a déploré l’élu abertzale bayonnais. "C’est l’image de M. Lamassoure en train de voter contre le processus de paix, qui va être fixée pour toujours dans l’Histoire".

Le maire adjoint de Biarritz, Jakes Abeberry, n’a pas non plus caché son "étonnement" de voir l’eurodéputé angloy défendre des positions contraires au processus de paix. "Mercredi on l’a croisé trois fois, par hasard, dans l’hémicycle et on a eu l’occasion d’échanger quelques mots. Il a justifié son attitude affirmant qu’il est solidaire de son parti, solidaire du PP. C’est étonnant de sa part, puisqu’il se dit aussi solidaire du gouvernement de Vitoria-Gasteiz".

"M. Lamassoure nous a précisé qu’il aurait voté favorablement si un consensus avait été atteint entre les uns et les autres. Mais M. Lamassoure, si tout le monde était d’accord on n’aurait plus besoin de vous", a ironisé l’élu abertzale, regrettant l’attitude "non originale" et "peu courageuse" du secrétaire en charge des questions européennes de l’UMP.


 
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