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Le JPB > Pays Basque 2006-10-25
Le processus de paix gagne le Parlement de l’UE
·La motion proposée par le PSOE, votée ce matin, devrait obtenir un soutien majoritaire

Il n’y a pas une seule chambre d’hôtel de libre dans un rayon de 100 kilomètres autour de Strasbourg. C’est un des indicateurs de l’intérêt provoqué par le débat qui doit avoir lieu aujourd’hui au Parlement européen sur le processus de résolution du conflit basque. Il est certain que la plupart des clients qui ont augmenté l’activité hôtelière proviennent du Pays Basque et d’Espagne. Pour la plupart, ce sont des journalistes et des reporters d’images ibériques, mais ils ne sont pas les seuls. L’intérêt du débat dépasse les limites de la péninsule et plusieurs médias européens ont déjà été accrédités pour assister au débat ce matin dans l’hémicycle de la capitale alsacienne.

Beaucoup d’attente en effet, car le sujet n’est pas banal: mettre fin à l’un des derniers conflits à caractère politique qui subsiste encore à l’intérieur des frontières de l’Union européenne. Beaucoup d’attente surtout parce que cette question est devenue un outil de confrontation politique entre les principaux partis politiques espagnols, le PSOE, au pouvoir, promoteur de la motion qui doit être examinée ce matin, et le PP, qui s’oppose farouchement à la tenue du débat. Dimanche, le parti de droite a même court-circuité une réunion prévue entre deux eurodéputés espagnols, la socialiste Elena Valenciano et le conservateur Alejo Vidal Quadras, pour tenter un rapprochement autour d’un texte de consensus.

C’est le président du PP, Mariano Rajoy qui a, en personne, rappelé à l’ordre son parlementaire Alejo Vidal Quadras. "Après avoir divisé l’Espagne, le gouvernement veut diviser les Européens", a lancé Mariano Rajoy critiquant ainsi la tenue du débat. En début de semaine c’est son secrétaire général, Angel Acebes, qui a repris le fouet pour accuser le gouvernement socialiste d’avoir déjà donné satisfaction à l’ETA en portant la question basque devant le Parlement européen. Selon l’ancien ministre de l’Intérieur, le débat à lui seul remplit "l’un des deux ou trois objectifs" de l’organisation armée basque : "internationaliser le conflit".

Le numéro deux du parti socialiste, José Blanco, a accusé en retour la droite d’être "un obstacle à la paix". "Personne ne comprend, ni en Espagne ni en Europe, que les dirigeants du PP se soient convertis en obstacle sur le chemin de la paix", lui a rétorqué le dirigeant socialiste.

Le PPE votera la motion du PP

Mais malgré les propos de José Blanco, les pressions du PP au Parlement européen ont porté leurs fruits. En accord avec les conservateurs espagnols, le groupe du Parti populaire européen (PPE) a choisi hier de ne pas voter pour la résolution commune de la gauche et des libéraux-centristes qui soutient le processus de paix.

Selon le président du groupe PPE, Hans-Gert Poettering, les conditions pour le processus de paix "ne sont pas remplies tant que l’ETA et Batasuna n’ont pas demandé pardon aux victimes". "Nous pensons que tout processus de paix doit commencer par un acte de réconciliation entre l’ETA et ses victimes. Nous voulons que Batasuna présente ses excuses aux victimes", a-t-il insisté devant les journalistes.

Lundi, un groupe de personnes appartenant à l’association des victimes (AVT) s’est rassemblé devant le siège parlementaire pour protester contre l’initiative socialiste. Hier, par contre, c’était un autre groupe de victimes, dont la directrice du Bureau basque de service aux victimes, Maixabel Lasa, qui s’est présenté à l’hémicycle de Strasbourg pour montrer son soutien à la résolution. Au cours de l’après-midi, elles ont été reçues par l’eurodéputée Barbara Dührkop, veuve du sénateur socialiste Enrique Casas, tué dans les années 80 par les Commandos Autonomes Anticapitalistes.

"Pourvu que cette résolution puisse voir le jour", a déclaré au journal Barbara Dührkop. "L’objectif est d’obtenir un texte de soutien au processus basque similaire à celui approuvé par le Congrès espagnol. Toutes les spéculations qu’on peut entendre autour ne sont que des bâtons dans les roues de l’effort du gouvernement pour en finir avec la violence. Ce que l’on veut, ce que beaucoup de victimes qui ne se sentent pas représentées par l’AVT souhaitent, c’est qu’il n’y ait plus une seule victime de la violence politique".

Barbara Dührkop a regretté l’attitude du PP "qui, dans le seul but de mener une opposition totale au gouvernement Zapatero, est rentré dans une voie sans issue". La députée européenne a enfin critiqué la politique partisane de la droite espagnole, relayée par les médias conservateurs. La bataille médiatique est d’une telle ampleur au sud des Pyrénées, que ses échos ont commencé à assourdir même les élus siégeant à Bruxelles et à Strasbourg.

Le chef de l’eurogroupe socialiste PSE, Martin Schulz, qui lors de la présentation de la résolution avait déclaré que "l’Union européenne ne peut pas refuser d’être solidaire avec un Etat membre qui veut écarter pour toujours la plaie du terrorisme", a regretté hier la "polémique exagérée" initiée par les conservateurs espagnols.Selon lui, le PP essaye "d’organiser le transport à Strasbourg d’une tension interne espagnole". "Il n’y a pas d’alternative au processus de paix. Le chemin choisi par le gouvernement de notre ami Zapatero est le bon", a-t-il précisé.

Le député angloy Alain Lamassoure n’est pas tout à fait d’accord. Interrogé par le journal, il s’est dit "très mal à l’aise" à cause de la situation provoquée, selon lui, par les socialistes espagnols. "Je ne comprends pas la stratégie du gouvernement espagnol; pourquoi saisir aujourd’hui le Parlement européen alors que les négociations avec l’ETA n’ont pas commencé et si elles ont déjà été entamées elles n’ont pour l’instant rien donné?". Et d’ajouter que: "nous avons l’impression très désagréable d’être instrumentalisés" par les socialistes. "Je m’exprimerais dans des termes similaires si j’avais senti du côté du PPune telle instrumentalisation", a-t-il précisé.

La médiation d’Alain Lamassoure

Selon le parlementaire basque, la question basque "est un problème interne" espagnol, dont la résolution "peut être encouragée par le Parlement européen". Sauf que "à ce stade" cet encouragement dont parle Alain Lamassoure "ne peut apparaître que s’il y a une unanimité entre la droite et la gauche espagnoles, ce qui n’est pas le cas". Le député européen angloy a avoué avoir consacré ces derniers jours à trouver, en vain, un texte de consensus où le PSOE et le PP pourraient se retrouver, "un texte qui pourrait être voté à l’unanimité". Interrogé sur les raisons qui ont pu pousser M. Rajoy à faire avorter la réunion de dimanche entre socialistes et populaires, Alain Lamassoure a été franc: "ça ne me regarde pas". Selon lui, la priorité est un texte de consensus sans lequel "nous allons tomber dans un vote classique droite-gauche qui n’aura pas d’effet sur le processus de paix" basque.

Un processus qui ne concerne pas la France si ce n’est d’un point de vue judiciaire. "Le jour où il y aura un accord politique en Espagne, la France apportera sa coopération notamment en matière judiciaire" a-t-il expliqué tout en ajoutant qu’à aucun moment "qui que ce soit à Madrid n’a demandé l’implication de la France" dans le processus politique.

Quant au vote qu’il devra émettre aujourd’hui, Alain Lamassoure a souhaité préciser qu’il ne soutiendra pas la résolution socialiste dans les termes actuels et avec l’opposition du PP espagnol. "Si les socialistes préfèrent s’en tenir à leur texte tel qu’il a été présenté, je le regrette mais je soutiendrai la motion de nos amis espagnols du PP", a-t-il expliqué.

La surprise de M. Baron Crespo

"M. Lamassoure me surprend", a réagi le député européen socialiste espagnol Enrique Baron Crespo, porte-drapeaux avec le chef de l’eurogroupe socialiste PSE, Martin Schulz, de la résolution de soutien au processus basque. "Je connais depuis fort longtemps Alain Lamassoure en raison de nos mandats respectifs au Parlement européen. D’ailleurs, c’est notre amitié qui m’a poussé à le contacter début septembre pour qu’il nous aide à gommer nos différences", a-t-il déclaré au journal. "Je ne vois pas en quoi le texte que nous présentons peut lui poser problème. Je comprends qu’il puisse se sentir gêné par rapport à sa famille politique, mais je lui rappellerais que son gouvernement présidé par M.Chirac, qui appartient à son même parti politique, avait soutenu le processus en mars dernier", a évoqué le député socialiste. M. Baron Crespo a souligné que la résolution qu’il défend "condamne la violence terroriste", "exprime la solidarité du Parlement envers les victimes" et "soutient l’effort du gouvernement espagnol dans le chemin de la paix".

L’eurodéputé du PSOE a fait référence au vol, hier à Nimes, attribué à l’ETA [lire par ailleurs] pour affirmer que "c’est une raison de plus pour appuyer un processus qui ne cherche que la fin de la violence". Répondant à l’argument selon lequel les conditions ne sont pas remplies pour un dialogue avec l’ETA, Enrique Baron Crespo a évoqué le processus irlandais. "Le soutien parlementaire a été donné en 1993 et c’est treize ans après que l’IRA a déclaré formellement sa volonté d’abandonner de façon définitive la violence".

Dans ce sens, il a avoué qu’un éventuel vote contre de la part des conservateurs britanniques lui ferait mal. "En 1993 nous leur avons montré notre soutien, sans conditions. On leur demande seulement d’être solidaires, comme nous l’avons été il y a treize ans". "Il ne faut pas oublier que notre ennemi n’est pas le Parti Populaire, mais l’ETA", a-t-il ajouté.

La résolution alternative présentée par le PPE qui a peu de chance d’être adoptée si la consigne de vote est respectée dans les groupes majoritaires [lire par ailleurs] juge "contraire à la dignité" toute "concession politique à l’égard des organisations terroristes" et estime "que les changements nécessaires au sein de l’ETA n’ont pas été opérés". Gérard Onesta n’est pas du tout du même avis. Le vice-président parlementaire et responsable du Groupe de soutien au processus de paix basque au Parlement européen estime bien au contraire que "l’ETA a franchi un pas décisif", soulignant que le gouvernement espagnol a accepté le pari de donner une solution dialoguée au problème, et affirme que le rôle de l’Europe doit être révélateur dans cette affaire. "L’UE doit accompagner ce processus, parce qu’il ne s’agit pas d’un problème interne espagnol, mais d’un problème européen".

Interrogé par le journal, le député écologiste s’est adressé au gouvernement français pour lui rappeler que "le Pays Basque ne s’arrête pas aux Pyrénées" et qu’il y a un conflit de part et d’autre de la Bidassoa bien que les expressions de ce conflit soient différentes.

Réagissant aux propos du secrétaire du PP Angel Acebes qui a prévenu notamment le PS de l’éventuelle "québecquisation" du Pays Basque nord, Gérard Onesta a regretté le jacobinisme existant chez certains socialistes. "C’est en plaquant le couvercle que le problème finit par exploser", a-t-il prévenu à son tour évoquant le Yougoslavie. "Sans le respect et la reconnaissance des minorités, le modèle finit par s’effondrer".

Concernant le contenu de la résolution, Gérard Onesta a expliqué qu’elle est "très courte, parce qu’on s’est dit que l’essentiel était d’atteindre un vote massif. Le PP l’a bien compris et c’est pour cette raison qu’il a déclenché une campagne de pressions impressionnante".

Des pressions dénoncées du côté des libéraux-centristes de l’ALDE dont font partie l’UDF et le PNV. L’élu catalan Ignasi Guardans, de Convergencia i Unió (CiU), a affirmé hier que "dans le cadre d’une stratégie organisée et systématique, des députés du PP ont convoqué un par un les parlementaires du Groupe Libéra pour leur expliquer des choses qui n’ont rien à voir avec la réalité". Selon cet élu, les conservateurs affirment dans leurs rencontres que le processus basque camoufle "un agenda caché" qui représente entre autres "une attaque aux victimes" ou "le droit à l’autodétermination".

Enfin, lors d’une conférence de presse à Strasbourg, les membres du bureau de Batasuna Xabi Larralde et Joseba Alvarez, accompagnés de l’ancien député européen Koldo Gorostiaga, se sont félicités de la tenue d’un débat qualifié d’"historique". Le parti de la gauche abertzale a souligné le caractère politique d’un conflit "qui concerne deux Etats, la France et l’Espagne". Batasuna a réaffirmé sa "volonté de trouver une issue dialoguée au conflit" et a souligné le rôle important de l’UE sur le chemin de la paix.



Un groupe de femmes protagonistes et victimes des conflits politiques soutient le processus basque
I.L.

Des femmes de plusieurs pays ayant participé à des processus de paix ou étant des victimes de conflits politiques ont rendu publique hier une déclaration de soutien au processus de résolution du conflit basque. C’est dans le cadre du congrès international "Des femmes générant la paix" organisé à Saint-Sébastien à l’initiative d’Emakunde, l’Institut basque de la femme, que le manifeste a été réalisé..

La représentante de l’Initiative des femmes colombiennes pour la Paix, Patricia Buriticá, a donné lecture d’une déclaration signée par une dizaine de participantes au congrès. Il s’agit de femmes originaires de pays tels que la Colombie, Israël et la Palestine, l’Irlande, l’Argentine, la Serbie ou le Kosovo qui considèrent que "le processus de dialogue pour la recherche de la paix et la solution du conflit basque s’est ouvert en Euskadi". Ces femmes estiment que "le chemin de la parole, de la compréhension mutuelle et de la négociation est le seul valable pour surmonter les problèmes politiques et pour construire une paix véritable et durable".

Le texte, rédigé en euskara, castillan et anglais, évoque par ailleurs l’importance de la contribution des femmes dans les différents processus de paix mis en place partout dans le monde. Dans ce sens, les signataires considèrent "indispensable" la participation des citoyennes basques dans le processus de résolution du conflit.

Aux côtés de Patricia Butiricá, ont souscrit Olga Lucía Ramírez, membre de la Route pacifique des femmes de Colombie, Nora Cortiñas, porte-parole des Folles de la place de Mai, Ann Hope, de l’association Northern Ireland, Etweda A. Cooper, de Liberian Women’s Initiative, Luljeta Vuniqui, de Kosovar Women´s Network, Amal Khereishe, de Jerusalem Center for Women Palestinian, Debby Lerman, du collectif israélien Bat Shalom, et Stasa Zajovic de l’association de Belgrade Women In Black.

Le document a été remis à la directrice d’Emakunde, Izaskun Moyua, laquelle, lors de l’inauguration lundi du congrès, avait expliqué que le but de la rencontre était de recueillir les expériences des femmes ayant subi des conflits politiques et ayant participé à leur résolution. Elle s’était alors adressée "à tous les agents qui doivent s’asseoir et diriger le processus de paix et de réconciliation" pour qu’ils prennent en compte "le fait que la moitié de la population est faite de femmes et que cette moitié devra être représentée dans ses propres intérêts et ses propres expériences, toujours dans le but de construire, toujours dans le but d’additionner les forces".


 
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