Médecins et infirmiers bloqués dans leur coopération transfrontalière
·Réunis à Bidart pour la première journée transfrontalière en médecine d'urgence ils défendent un protocole d'action commun
Depuis 5 ans, la CPAM et l'Ordre des médecins, ne répondent pas aux soignants de Bayonne, St-Sébastien et Pampelune
La rumeur raconte que l’ambulance de Donostia a eu des problèmes pour passer la frontière lors de l’exercice simulant un accident d’avion à Parme mercredi. Réelle ou imaginaire, l’histoire est révélatrice de l’état de la coopération transfrontalière en matière médicale. Pourtant, ce n’est pas la (bonne) volonté qui manque. Ainsi, près de 200 médecins et infirmiers des centres hospitaliers de Pampelune, Saint-Sébastien, Bayonne et du sud Aquitaine ont participé, à une première journée d’échanges sur leurs pratiques en médecine d’urgence à Bidart.Lucie Bortayrou infirmière au centre hospitalier de Bayonne n’est pas mécontente du résultat: "face à la forte demande, on a dû bloquer les inscriptions". A l’image d’acteurs sanitaires particulièrement mobilisés sur cette question, elle a bénévolement passé une journée et une nuit aux urgences de Donostia et une journée à celles de Pampelune, pour présenter leur schéma d’organisation des deux côtés de la Bidassoa et du Baztan. Le docteur Tarak Mokni, responsable du SAMU, brosse le tableau: "alors que les savoirs médicaux sont universels, nos systèmes d’organisation différents influent sur nos pratiques." Résultat, "alors que les va-et-vient sont faciles de part et d’autre de la frontière, les patients se trouvent happés par le système". Jusqu’à l’absurde. "Si un Landais tombe malade dans les Pyrénées-Atlantiques, cela devrait pouvoir se passer de la même façon que pour un Gipuzkoan qui a un problème à Bayonne". Il n’en est rien. Un Bayonnais qui serait victime d’un infarctus à Hondarribia est traité de la même façon que s’il était à Marrakech, peste Tarak Mokni. "Nous souhaiterions, dans le cas d’accidents légers, que l’on puisse amener le malade de là où il vient." En l’occurrence, que le malade soit amené à Bayonne plutôt qu’à Donostia.
Jusqu’à l’absurde
De la même façon, en cas de catastrophe, "il faudrait que l’on puisse s’entraider: les recours sanitaires les plus proches d’ici sont à Dax et Saint-Sébastien, avant Pau !". Ainsi, si une ambulance du Gipuzkoa roulait gyrophare et sirène hurlante sur l’A63, elle est susceptible de se faire verbaliser par la police ou gendarmerie. Il serait presque plus facile d’intervenir au Pakistan s’agace le praticien.Où se situe le verrou? Il est administratif, plus que financier répond immédiatement le chef des urgences. Pourtant la coopération transfrontalière en matière de santé, "tout le monde est pour,... mais cela fait 5 ans qu’on attend l’avis du Conseil de l’Ordre (sur la question de la responsabilité sur un éventuel cas d’erreur médicale par un médecin bayonnais exerçant en Navarre), ou celui de la CPAM (sur le remboursement d’un transport effectué Outre-Bidassoa)!" Néanmoins, quelques financements ont pu être dégagés dans le cadre de l’Eurocité Baiona-Donostia pour des missions, dont l’étude du transfert d’appel entre le 112 de Bayonne et celui du Gipuzkoa. A ce jour, les praticiens travaillent toujours sans filet. Les interventions du Centre hospitalier de Bayonne à Urdax ou à Dancharia sont courantes (en cas de problème cardiaque par exemple). "On le fait mais nous sommes dans l’illégalité." En attendant que lois et réglementations prennent acte des réalités, rendez-vous a été pris pour une deuxième journée transfrontalière en octobre 2007 à Pampelune, sur le thème de la médecine d’urgence et extra-hospitalière, en associant cette fois les ambulanciers.
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